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LE COMBAT NOIR AMÉRICAIN JUSQU’EN 1960



LES PREMIERS NOIRS ET L’ESCLAVAGE AUX ÉTATS-UNIS


En 1619, les premiers Noirs foulent le sol américain, débarqués d’un navire hollandais, pour travailler dans les plantations de Virginie aux côtés de serviteurs blancs venus d’Europe. Pendant plusieurs décennies, et alors qu’ils commencent à affluer vers toutes les colonies américaines, leur statut n’est pas déterminé. Mais dès 1640, dans les constitutions du Maryland et de la Caroline, l’esclavage est attesté. Progressivement, des esclaves d’Afrique sont installés dans les colonies centrales et du nord, certains venant aussi des Antilles ou du Brésil.

En 1700, l’esclavage est devenu une réalité pour les colonies du Sud qui possèdent des « codes noirs », privant les Noirs de leurs droits, et en faisant des esclaves à vie et héréditairement. Pendant le XVIIIème siècle, les arrivées d’esclaves sont massives, le besoin de main d’œuvre étant grandissant dans les champs de coton du Sud, fournisseurs des industries européennes.

Au moment de l’indépendance des Etats-Unis, en 1776, on estime le nombre de Noirs à 750 000, 90 % se trouvant dans les colonies du Sud. Pour les 75 000 Noirs du Nord et du Centre, l’esclavage institutionnalisé est alors en voie de disparition : en 1783, le Massachusetts a aboli l’esclavage, tandis que les esclaves new-yorkais sont progressivement libérés par leurs maîtres entre 1785 et 1799 ; et dans chacun de ces Etats, des mouvements humanitaires et sociaux s’opposent à l’esclavage.

Cependant, et malgré les idées abolitionnistes de Jefferson et Washington, la Constitution de 1787 est muette sur l’esclavage et le reconnaît en fait implicitement. Officiellement, le Congrès abolit la traite en 1808, et le trafic cesse à partir de cette date, hormis une traite clandestine relativement négligeable. Mais l’esclavage n’en prospère pas moins, se déplaçant à l’Ouest vers l’Alabama, le Mississippi, la Louisiane puis le Texas. En 1830, on estime le nombre d’esclaves à 2 millions, et à 4 millions en 1860.

Dans le Nord, le statut d’homme libre donné aux Noirs ne promet en rien l’égalité : ils sont exclus du vote (sauf en Nouvelle-Angleterre), des écoles, des églises et des moyens de transport. Ces Noirs du Nord voient leur nombre augmenter avec l’arrivée d’esclaves fugitifs du Sud, dont on estime le nombre à 75 000 dans la première moitié du XIXème siècle. Sous la pression des planteurs du Sud furieux de voir leurs esclaves s’échapper, le Congrès vote en 1850 une loi contre ces esclaves fugitifs.

La question noire naissante fait envisager à certains des solutions diverses : en 1822, la création de l’Etat du Libéria en Afrique de l’Ouest s’accompagne d’une association encouragée par le Congrès, l’American Colonization Society, visant à « rapatrier » des Noirs sur le continent africain ; une hostilité naît parmi les Noirs américains, certains voyant ce projet comme une volonté de déportation forcée. Surtout, entre 1830 et 1860, le Nord voit le développement d’une campagne abolitionniste, à travers des associations diverses souvent menées par des Blancs humanistes. Les Noirs eux-mêmes s’organisent et créent la Convention nationale noire en 1830, mais leur poids contre les esclavagistes s’avère moins décisif que celui des Blancs abolitionnistes du Nord.

Avant même la guerre de Sécession, les Noirs sont devenus l’enjeu d’un conflit moral opposant grossièrement le Nord au Sud, les abolitionnistes aux esclavagistes.


LES NOIRS ET LA GUERRE DE SÉCESSION


En novembre 1860, Abraham Lincoln est élu président. Les Etats du Sud quittent l’Union, et la guerre civile éclate le 12 avril 1861. Si Lincoln est personnellement opposé à l’esclavage, il ne souhaite pas véritablement l’abolir ; l’objectif du président est bien de sauver l’Union, et non de libérer les esclaves ; par ailleurs, quatre Etats esclavagistes n’ont pas fait sécession, et les Noirs voulant s’engager dans l’armée du Nord sont éconduits.

Cependant, par le déroulement des évènements, les armées de l’Union se transforment de fait en armées d’émancipation des Noirs lorsqu’elles envahissent les territoires confédérés. De plus, en 1862, le Nord accepte la présence de Noirs dans l’armée du Nord, et prépare un plan d’émancipation graduelle. A l’été 1862, l’esclavage est aboli dans l’Ouest, le district de Columbia et les Etats du Sud occupés par le Nord.

Le 1er janvier 1863 est publiée la « Proclamation d’émancipation » qui libère les esclaves des Etats rebelles. Les esclaves se considèrent dès lors libres dans les territoires occupés par l’Union, et presque 190 000 s’engagent dans l’armée du Nord ; dans le Sud, des Noirs se mettent au service du Nord et effectuent des missions d’espionnage, de sabotage, ou de guide.

Le 9 avril 1865, le général Lee capitule. La victoire du Nord met fin à presque 250 ans d’esclavage : le XIIIème amendement adopté la même année abolit l’esclavage sur tout le territoire (« Ni esclavage, ni servitude involontaire, si ce n'est en punition de crime dont le coupable aura été dûment convaincu, n'existeront aux Etats-Unis ni dans aucun lieu soumis à leur juridiction »).


LE SORT DES NOIRS APRES LA GUERRE DE SÉCESSION ET L’ABOLITION : UN « ESCLAVAGE » DE FAIT


Le nouveau président Andrew Johnson demande aux Etats du Sud de modifier leur Constitution afin d’être intégrés dans l’Union. De nouveaux « codes noirs » sont mis en place, mais ils n’ont que peu de différences avec les anciens, et livrent en réalité les affranchis aux planteurs. La majorité des Noirs reste à la campagne, en attendant la redistribution des terres promises après l’abolition. Les planteurs blancs voient en eux des éléments subversifs, alors que la grande majorité des Noirs se serait contentée de ces terres. La redistribution promise n’a bien entendu pas lieu, et la plupart des terres vendues aux affranchis sont rachetées par des Blancs rebelles libérés, qui emploient leurs anciens esclaves... Les piliers de la Confédération, dans le Sud, entendent bien « maintenir le Noir à sa place ». Des sociétés secrètes et le Ku Klux Klan agissent en ce sens, en brûlant par exemple les maisons et les récoltes des Noirs. Les Sudistes ont ainsi réussi à maintenir la suprématie blanche en termes économiques, et veulent désormais l’inscrire dans la loi et les institutions.

Face à ces Sudistes, le Bureau des Affranchis, créé en 1865 par Lincoln, œuvre pour la construction d’écoles et l’intégration de Noirs dans la vie publique. Par ailleurs, et toujours dans cette logique, les amendements XIV et XV adoptés respectivement en 1868 et 1870 émettent des promesses de citoyenneté et d’égale protection de la loi. Mais les Sudistes font tout pour maintenir les Noirs à l’écart des urnes, en compliquant l’inscription sur les listes électorales ou en menaçant violemment les affranchis potentiellement électeurs, tandis que les membres du Parti démocrate, en gain de pouvoir dans le Sud, accusent le Bureau des Affranchis d’incapacité et de corruption.

En 1877, les troupes fédérales quittent le territoire de l’ancienne Confédération à la suite d’une promesse électorale du candidat républicains Hayes faite aux votants du Sud. Le Nord abandonne ainsi les Affranchis aux mains des Sudistes.


L’ECHEC D’UNE ÉBAUCHE D’ORGANISATION POLITIQUE MILITANTE DEVANT LE RACISME PERSISTANT DANS LES MENTALITÉS ET DANS LA LOI


Dans le Sud toujours majoritairement agricole, les fermiers souffrent de la chute des prix et certains s’organisent dans des associations agraires radicales, qui collaborent parfois avec des organisations noires. Ainsi, en 1896, les Républicains noirs et le Parti populiste obtiennent ensemble la majorité à la législature de Caroline du Nord. Mais ce rapprochement n’a été qu’éphémère, les Noirs ne pouvant raisonnablement pas prendre une importance trop grande sur l’échiquier politique américain. De plus, de nombreux Blancs craignent pour leurs emplois, et la classe dominante blanche fait tout pour priver les Noirs de leurs droits civiques, effrayée de l’éventuel rôle politique qu’ils pourraient jouer ; de la même manière, beaucoup de fermiers pauvres blancs réclament que le droit de vote dépende ouvertement de la couleur de la peau.

La « clause du grand-père » inscrite dans la loi de Louisiane en 1896 exclut d’office du vote tous les affranchis en ne donnant le droit de vote qu’à ceux dont le père ou le grand-père était électeur en 1867 : dans cet Etat, le nombre d’électeurs noirs passe de 130 344 en 1896 à 5320 en 1900. La Cour suprême s’allie aux Sudistes en déclarant en 1873 qu’il existe « deux citoyennetés, fédérales et régionales. Le XIVème amendement ne concerne que la première ». En 1883, elle déclare que ce même amendement « interdit aux Etats et non aux individus de pratiquer la discrimination raciale », et en 1986 l’arrêt « Plessy versus Fergusson » met en place pour longtemps la doctrine « separate but equals », « séparés mais égaux », qui donne son aval à la ségrégation dans les écoles.



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