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LA PROTESTATION NOIRE SOUS WILSON : UN POIDS POLITIQUE QUASI-NUL DEVANT LE RACISME PERSISTANT


Les militants noirs sont traditionnellement fidèles au Parti républicain, mais les présidents - même Theodore Roosevelt - se contentent d’appuis symboliques finalement décevants. En 1912, pour la première fois, avec la candidature de Woodrow Wilson, certains Noirs votent démocrate, le candidat promettant la justice, une égalité de traitement, et la lutte contre les monopoles et les privilèges.

Mais le mandat de Wilson s’avère décevant pour les Noirs, la question raciale étant reléguée au dernier rang de ses préoccupations, derrière la situation internationale et le poids des autres réformes intérieures. De plus, Wilson, démocrate et homme du Sud, demeure convaincu des vertus de la ségrégation : il signe plusieurs décrets autorisant la séparation des races dans l’administration fédérale, tandis que la Poste et le Trésor relèguent les agents noirs dans des pièces séparées.

En 1915, le film Birth of a nation de Griffith renforce le mythe du Noir corrompu et violeur et fait l’apologie du Ku Klux Klan, qui renaît de ses cendres la même année et organise quantité de lynchages.


LES NOIRS ET LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE


A l’entrée en guerre en avril 1917, l’armée refuse d’abord les Noirs qui se portent volontaires. Mais en mai, alors que la mobilisation est enclenchée, de nombreux Noirs sont engagés, et des exemptions sont même refusées. Représentant 10 % de la population américaine, les Noirs forment 13 % du contingent. Les soldats noirs sont souvent décrits comme enthousiastes, voyant cet engagement comme un facteur d’intégration et d’une reconnaissance de leur qualité d’Américains. Preuve en est les actions de la NAACP et des étudiants, qui mènent une campagne pour autoriser l’accès des Noirs aux écoles d’officiers, qui demeurent exclus des corps militaires les plus prestigieux et subissent insultes et humiliations au sein de l’armée. Dans le Sud, la vue de soldats noirs en armes suscite l’hostilité des Blancs et des incidents ont lieu.


LA FUITE VERS LE NORD ENTRE 1917 ET 1920


La guerre modifie considérablement l’organisation de la société américaine. Pour les Noirs, cela se traduit par la fuite du Sud vers le Nord en pleine expansion : entre 1917 et 1920, 300 000 à 400 000 Noirs vont dans le Nord, pour travailler dans les industries des grandes villes. Le flot d’immigrants européens ayant été interrompu, les Noirs travaillent dans les usines d’armement, l’industrie alimentaire, les chantiers navals, l’industrie automobile ou encore les mines de charbon. Cette venue provoque l’agressivité et la fuite des Blancs : 57 lynchages sont répertoriés dans le Nord en 1918. En juillet 1917 se produisent des émeutes à East Saint Louis dans l’Illinois. Wilson condamne les lynchages et la violence, mais ne remet pas en cause la ségrégation

Dans le Nord, les villes sont ségréguées de fait. Par exemple, le quartier de Harlem à New York, peuplé de Blancs de classe moyenne, voit l’arrivée progressive de Noirs de la même classe sociale. Mais les Blancs fuient le quartier et des Noirs plus pauvres l’envahissent, cet entassement entraînant déjà des conséquences sanitaires et sociales graves, comme l’envolée du taux de mortalité infantile ou le développement d’une importante délinquance.

Les ouvriers noirs de ces grandes villes du Nord ne peuvent attendre un quelconque soutien de la part des syndicats : l’American Federation of Labor (AFL) se disait au départ opposée à la ségrégation, mais le syndicat renonce à cette revendication devant l’hostilité de la majorité des syndicalistes et des représentants locaux. Le patronat profite de cet abandon pour utiliser les ouvriers noirs en cas de troubles, et ces derniers en retirent une réputation de « briseurs de grève ». Et s’il existe quelques syndicats noirs, leur influence demeure très limitée.


L’APRÈS-GUERRE : VIOLENCES RACISTES, MARCUS GARVEY ET « RENAISSANCE DE HARLEM »


La réinsertion des vétérans s’avère difficile, et des grèves et affrontements ouvriers éclatent après la guerre. En 1919, le Ku Klux Klan connaît un véritable essor, et on estime le nombre de ses partisans à plus de deux millions dans les années 20, désormais également dans le Nord et dans l’Ouest. L’ « été rouge » de 1919 voit plus de 15 émeutes se dérouler, l’une d’entre elles faisant 37 morts à Chicago. La NAACP et d’autres associations condamnent cette violence, mais le Congrès ne vote aucune loi permettant une justice égale pour tous.

La NAACP ne touche en vérité qu’une minorité cultivée, tandis que les masses ouvrières et paysannes, sont en attente d’un leader qui saura leur parler et prendre en charge leurs problèmes. Marcus Garvey a pu sembler exercer ce rôle ; originaire de Jamaïque, il crée en 1914 l’Association Universelle Pour le Progrès Noir, avant de prêcher à Harlem un nationalisme noir souhaitant et organisant le « retour » en Afrique, exaltant la fierté de la race noire et glorifiant l’Afrique. En 1921, il s’autoproclame « président de l’Empire d’Afrique ». Méprisé par la NAACP, il jouit cependant d’une popularité et d’une écoute sans commune mesure avec celles de l’association ; mais son projet demeure lettre morte : en 1923, il est arrêté pour corruption et fraudes.

Pendant ces années 20 à Harlem, des Noirs venus du Sud participent à une explosion littéraire, musicale et plus globalement artistique considérable, appelée « Renaissance de Harlem ». Les auto-proclamés « negroes » refusent tout stigmate d’infériorité et font jaillir des pensées et revendications universelles de liberté depuis leur amertume et leur insatisfaction. Outre des artistes entrés dans la postérité comme Duke Ellington, Louis Armstrong ou Bessie Smith, des historiens se consacrent à l’étude de la vie et de l’histoire noires, comme Carter Woodson qui crée un journal d’histoire noir, l’éducation étant au centre des préoccupations des intellectuels noirs.



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