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LES NOIRS ET LE MILITANTISME DANS LA CRISE : UNE APPROCHE « SOCIALE »


La crise de 1929 a raison de l’euphorie des années folles et anéantit les frêles espoirs des Noirs. Avant la grande dépression, la crise agricole dans le Sud et la réadaptation industrielle faisaient déjà souffrir la population, et en 1929 de nombreux Noirs sont déjà au chômage. La crise accélère le processus, les Noirs étant licenciés les premiers et chassés de leurs logements. Dans certaines campagnes du Sud, une forme d’esclavage réapparaît. Exclus des syndicats, les Noirs ne possèdent aucun moyen de défense. En 1934, 17 % des Blancs sont incapables de subvenir à leurs besoins, et 38 % des Noirs…

Pourtant, les Noirs commencent à prendre conscience de leur poids politique, tandis que les leaders se tournent vers une approche plus économique et sociale que raciale : Dubois est membre du parti socialiste dès 1911, tout comme Philip Randolph qui le rejoint en 1916. La NAACP reste très prudente, et Dubois, de plus en plus imprégné d’idées marxistes, quitte le mouvement en 1934. La classe ouvrière noire ne peut cependant se retrouver ni dans le parti socialiste, ni dans la NAACP. Le parti communiste décide alors de se tourner vers eux, en instaurant une égalité raciale systématique dans ses rangs. Ainsi, dès 1925, l’American Negro Labor Congress avait été créé, réunissant les syndicats noirs sous la houlette des communistes. Entre 1928 et 1934, sous l’initiative d’idéologues moscovites, le PC américain milite même pour la création d’un 49ème Etat américain qui constituerait une République noire indépendante… cette conception ignore cependant la réalité noire et est vouée à l’échec, même si elle contribue à populariser le syndicalisme chez les Noirs et à attirer l’attention de la « gauche » américaine sur le « problème noir ».


1932, LA TENTATION DÉMOCRATE : L’ÉLECTION DE ROOSEVELT ET LE NEW DEAL


Signalons avant toute chose qu’une infime proportion de Noirs vote à cette époque, puisqu’ils sont assez systématiquement maintenus à l’écart des urnes dans le Sud.

En 1928, le républicain Hoover mène une campagne présidentielle pour renforcer ses positions dans le Sud, et donnent des gages aux racistes. Des Noirs se tournent alors de plus en plus franchement vers le parti démocrate : en 1932, Franklin D. Roosevelt obtient un quart du vote noir. Entre 1932 et 1936, le glissement du vote noir vers le parti démocrate s’accentue. Pourtant, Roosevelt n’attaque jamais la ségrégation, même si aucune mesure du New Deal n’exclue en théorie les Noirs. Mais beaucoup de Noirs sont privés de fait de la « sécurité sociale » instaurée par Roosevelt, qui ne prend pas en compte les domestiques et les travailleurs agricoles. Les ouvriers noirs demeurent licenciés en priorité par les patrons. L’alphabétisation et les conditions de logement progressent cependant, tandis que certains paysans noirs bénéficient de prêts et peuvent ainsi acheter des terres.


LE « NATIONAL NEGRO CONGRESS »


Philip Randolph, président du syndicat des porteurs de wagon-lit (emploi exclusivement noir), réussit en 1925 à s’imposer comme partenaire des négociations avec la puissante compagnie de chemins de fer Pullman, et organise des boycotts et piquets de grève. Au même moment, le CIO, syndicat nouvellement créé, recrute des Noirs dans ses rangs : les syndicats représentent dans les années 30 un rôle essentiel dans la constitution d’un front populaire contre le fascisme, et cela s’avère peu compatible avec la ségrégation exercée par l’AFL. En février 1936, 500 organisations forment le National Negro Congress contre la discrimination et le fascisme, présidé par Randolph. Ce front populaire éclate cependant en 1939 après la signature du pacte germano-soviétique. Randolph quitte le mouvement en dénonçant la domination exercée par le PC et le CIO.

Par ailleurs, une nouvelle floraison culturelle et intellectuelle (l’écrivain Richard Wright) naît à la même époque, tandis que Jesse Owen triomphe aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936.


LES NOIRS DANS LA SECONDE GUERRE MONDIALE : L’ÉCLATEMENT AU GRAND JOUR DES PARADOXES HONTEUX DE LA SOCIÉTÉ AMÉRICAINE


Au début de la guerre, le gouvernement recommande que la conscription et l’embauche soient exemptes de discrimination, sans pour autant intervenir directement en ce sens : ainsi, l’armée demeure ségréguée à l’entrée en guerre en décembre 1940. Une protestation s’enclenche avec Philip Randolph, qui veut organiser une marche sur Washington en janvier 1941. Pressé par les craintes de Roosevelt devant ce mouvement populaire, le Congrès annonce la déségrégation de l’industrie de guerre et de l’administration en juin 1941, et la marche est finalement annulée. C’est la première position officielle prise contre la discrimination au travail. Le Fair Employment Practice Committee est mis en place, mais rien ne bouge cependant dans le Sud.

Pendant la guerre, l’armée et le gouvernement assouplissent quelque peu dans les faits la règle stricte de séparation des races. L’armée demeure cependant ségréguée jusqu’en 1945 : il existe toujours des unités dites « de couleur ». Trois millions de soldats noirs sont sous les drapeaux, dont 500 000 sont envoyés outre-mer. Certains Noirs sont acceptés dans l’aviation, tout comme dans la marine, ce qui est une modification radicale, ainsi que des parachutistes noirs parmi les marines. Dans les camps d’entraînement, la tension monte parfois à cause de la ségrégation. Le général Eisenhower ne tolère ni dénigrement, ni vexation envers les Noirs. En 1945, il intègre des sections de soldats noirs à des régiments blancs sur le Rhin, et cette opération est un succès.

Dans les corps auxiliaires, l’industrie de guerre, les Noirs bénéficient également d’un rôle nouveau, certains se voyant enfin confier des emplois qualifiés, le nombre de ces derniers étant cependant très limité. Les Noirs rencontrent en réalité toujours des difficultés pour se faire embaucher, dans une société où l’économie tourne pourtant à plein régime, au sein d’un pays en guerre contre l’Allemagne raciste…

Par ailleurs, l’immigration du Sud vers le Nord se poursuit, et des émeutes éclatent à l’été 1943, à Detroit, à New York ou encore à Los Angeles, faisant des dizaines de morts.


L’APRÈS-GUERRE : SAUVER LES APPARENCES


Après la guerre, le retour des Noirs dans le Sud s’accompagne d’attaques et de lynchages : l’année 1946 est une des plus sombres selon la NAACP, et beaucoup de vétérans se réengagent dans l’armée.

Des observateurs et des journalistes noirs se sentent concernés par les idéaux humanitaires de la toute nouvelle ONU, ainsi que par la question de la décolonisation. En 1948 est publiée la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui rend de plus en plus évident le paradoxe américain. En 1946, une pétition est déposée par des militants noirs au Conseil économique et social pour demander l’aide de l’ONU dans la lutte contre la discrimination raciale. De la même manière, en 1951, le Civil Rights Congress dépose une pétition à l’ONU accusant le « génocide » subi par les Noirs aux Etats-Unis. Le département d’Etat américain affirme que le problème noir est un « problème intérieur » et ne relève pas des compétences de l’ONU. Le gouvernement essaie de sauver les apparences en confiant des postes à l’ONU à des Noirs.

Pendant ce temps, lentement, la cause de la déségrégation avance sous l’impulsion de militants.



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