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LE COMBAT NOIR AMÉRICAIN DE 1960 A 1992



LES ÉTUDIANTS NOIRS ENTRENT EN LUTTE : LE « SNICK »


Le mouvement des Droits civiques commence à prendre de l’ampleur à la fin des années 50, notamment grâce à la prise de conscience politique grandissante parmi les jeunes Noirs : la jeunesse organise dans le Sud les premiers sit-in pour protester contre la ségrégation. Les militants prêchent toujours la protestation non-violente en occupant pacifiquement les lieux ségrégués. Les magasins de la chaîne Woolworth, qui interdisent aux Noirs de fréquenter les comptoirs de leurs bars, se voient ainsi envahis.

En février 1960, des sit-in sont organisés dans 30 villes du Sud, et le boycott des magasins Woolworth est également encouragé dans le Nord. A Nashville, plus de 500 étudiants se regroupent dans les bars ségrégués ; fin février, les Noirs sont attaqués par des racistes dans un magasin avec la complicité de la police. Les étudiants ne répliquent pas. La police arrête 77 noirs et 5 blancs. A la fin mars 1960, plus de 2000 étudiants sont arrêtés dans 66 villes du Sud ; les commerçants en perte de profit s’alarment et les hommes d’affaires envisagent de négocier. A Nashville, les commerçants déségréguent leurs magasins.

En avril 1960, les étudiants contestataires forment leur propre organisation, le Student Nonviolent Coordinating Committe (SNCC ou « Snick ») , que King aurait aimé intégrer au SCLC.


LE SOUTIEN DE MARTIN LUTHER KING AUX SIT-INS ET L’ÉLECTION DE KENNEDY


En janvier 1960, Martin Luther King s’installe dans sa ville d’origine, Atlanta, où se trouve le siège du SCLC. En octobre, une querelle oppose les étudiants du Snick et l’élite conservatrice noire. Les leaders noirs « traditionnels » condamnent catégoriquement les sit-in ; cependant, Martin Luther King est attiré par l’enthousiasme des étudiants, dans lesquels il voit une force vive pouvant être décisive dans la lutte. Il participe à un sit-in à Atlanta, et il est arrêté avec 35 étudiants ; tous choisissent de rester en prison plutôt que de payer la caution. Finalement, les étudiants sont libérés, mais King est condamné aux travaux forcés : le candidat aux présidentielles John Fitzgerald Kennedy exprime sa compassion à la femme du pasteur, et le leader est libéré et exprime sa reconnaissance à JFK.

En novembre, JFK est élu président, avec 70 % du suffrage noir en sa faveur, et grâce entre autres à la distribution de tracts démocrates devant les églises et écoles noires. Cependant, les premiers mois de l’administration démocrate sont décevants, et le président ne propose pas de nouvelle législation. Les sit-in continuent.


LES « VOYAGES DE LA LIBERTÉ » : LA LUTTE GAGNE TOUT LE SUD


En décembre 1960, la Cour suprême ordonne la déségrégation des gares assurant les liaisons inter-Etats. Pour tester le respect de cette nouvelle législation, le président du Congress of Racial Equality, James Farmer, organise un « voyage de la liberté » dans le Sud en mai 1961.

Les voyageurs sont attaqués par des opposants, et la ville de Birmingham se trouve en état de siège. Les journalistes affluent, tandis que la gare routière est bloquée par le Ku Klux Klan. Les étudiants veulent reprendre le voyage. Le 17 mai, ils sont arrêtés dans la gare de Birmingham par la police qui les expulse de l’Etat. Ils retournent cependant dans la ville.

Le ministre de la justice Robert Kennedy décide alors d’intervenir : il fait escorter les voyageurs, qui arrivent finalement à Montgomery, où la foule raciste se jette sur eux avec la complicité de la police. Robert Kennedy envoie les troupes fédérales et Martin Luther King se rend à Montgomery.

L’église noire est assiégée, et l’armée escorte les militants. Le « voyage de la liberté » s’est transformé en une véritable opération militaire. Cependant, les voyageurs arrêtés dans le Mississippi sont condamnés à un séjour au pénitencier. Et tout l’été, des voyageurs continuent d’arriver à Jackson et à remplir le pénitencier, toujours dans le respect de la doctrine non-violente prônée par les militants. Le mouvement contre la ségrégation est désormais enclenché dans tout le Sud.

Martin Luther King rencontre le président Kennedy en octobre.


ALBANY : LA REMISE EN CAUSE DE LA NON-VIOLENCE


En Georgie, à Albany, les étudiants subissent les brutalités policières et les décisions arbitraires de la justice, mais ils sont arrêtés sous des prétextes légaux sans lien avec la ségrégation qui sauvegardent les apparences : lors des procès, les avocats des Noirs ne peuvent remettre en cause le système de la ségrégation.

En janvier 1962, un mouvement de boycott des autobus précédemment enclenché redémarre. La compagnie se dit prête à déségréguer, mais la municipalité le lui interdit. Les militants organisent marches de protestation et sit-in. En juillet, les affrontements entre les étudiants et la police éclatent après une série de violences policières.

L’opposition est grandissante entre le Snick et la SCLC, car beaucoup d’étudiants soutiennent alors que la non-violence est un moyen, mais pas une fin en soi. Martin Luther King désapprouve cette idée et quitte la ville en août. Le mouvement se poursuit mais échoue.

La position de King est alors affaiblie : tenter de négocier obstinément avec les autorités était vain, les Noirs ne jouant aucun rôle dans les élections et ne pouvant peser en aucun cas dans la balance. L’administration Kennedy est sans doute également plus attachée à la paix sociale qu’à la justice, et n’est pas intervenue à Albany…

Au même moment, King critique ouvertement le FBI de Edgar Hoover, ennemi déclaré du mouvement des Droits civiques, allié aux polices majoritairement racistes du Sud.


L’AFFAIRE JAMES MEREDITH ; VERS L’APOGÉE DU MOUVEMENT DES DROITS CIVIQUES


Au début des années 60, le Mississippi est l’Etat américain le plus pauvre et le plus ségrégationniste ; près de la moitié de sa population est noire. Un militant étudiant est abattu en septembre 1961, et une marche de protestation est lancée. La NAACP préfère rester prudente et tenter d’obtenir un début d’intégration scolaire, mais le Snick se lance contre l’avis de la NAACP dans un projet d’ « éducation électorale », visant à faire s’inscrire les Noirs sur les listes électorales. Les églises et les maisons des étudiants sont incendiés. Kennedy se dit « indigné ».

James Meredith, étudiant dans une université noire, cherche à s’inscrire dans l’université blanche. La Cour suprême lui confirme le droit de s’y inscrire, dans un Etat où les sénateurs et la majorité de la population sont ouvertement racistes. Robert Kennedy est déterminé à imposer la décision de la Cour suprême, mais il veut éviter un affrontement entre le gouverneur et le président.

Escorté, Meredith pénètre dans l’université. Les opposants s’en prennent aux journalistes et aux troupes qui avaient l’ordre de ne pas tirer ; la police locale, raciste, a quant à elle disparu. Robert Kennedy envoie les soldats fédéraux ; les affrontements font deux morts et une centaine de blessés. Meredith est entouré de gardes du corps pendant toute l’année scolaire…

Le mouvement de protestation est dès lors lancé dans un mouvement irrépressible dans tous les Etats du Sud. Les « libéraux » du Nord, étudiants ou intellectuels, prêtent main forte au mouvement. Des Noirs du Nord, subissant la misère et le chômage dans le ghetto, rejoignent les militants. Et désormais, l’Administration écoute les voix des protestataires.



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