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LA LOI MAJEURE DE 1964 CONTRE LA SÉGRÉGATION CACHE LA SITUATION MISÉRABLE DE LA GRANDE MAJORITÉ DES NOIRS : DES ÉMEUTES RÉPONDENT AUX PLUS GRANDS PROGRÈS LÉGISLATIFS JAMAIS SIGNÉS EN FAVEUR DES NOIRS


Le 2 juillet 1964, Martin Luther King assiste à Washington à la signature par Johnson de la loi sur les Droits civiques, plus importante loi jamais votée : elle bannit la ségrégation dans les lieux publics, élargit encore la compétence du ministre de la justice pour imposer des écoles intégrées, crée une commission d’égalité des chances dans l’emploi et un service de relations communautaires chargé de régler les différends engendrés par la déségrégation.

Cependant, la pleine citoyenneté ne peut exister sans le droit de vote et un véritable pouvoir politique, loin d’être acquis dans le Nord et surtout dans le Sud. L’insatisfaction des Noirs des grandes villes menace également de plus en plus la paix sociale dans le Nord. A l’été 1964, des émeutes éclatent à New York, dans le New Jersey, en Pennsylvanie et dans l’Illinois ; le maire de New York appelle Martin Luther King pour calmer les émeutiers, ce qui est vu d’un très mauvais œil par de nombreux Noirs. King déclare que « la paix sociale naît de la justice économique ». L’agitation dure encore, mais la répression et la lassitude des émeutiers a raison du mouvement.

Le 14 octobre, Martin Luther King reçoit le Prix Nobel, qui consacre la reconnaissance du mouvement des Droits civiques par la communauté internationale. Beaucoup de Blancs conservateurs voient en lui un moindre mal, véritable rempart contre l’influence de leaders plus radicaux, qui veulent un renversement immédiat de l’ordre établi et en ont assez d’attendre et de subir.


MALCOLM X


Les Black Muslims de la Nation of Islam, fondée en 1925, comptent environ 100 000 membres. Après l’intervention italienne en Ethiopie en 1935, de nombreux Noirs toujours solidaires du destin africain se sont ralliés, dirigé à partir de 1934 par Elijah Muhammad.

Malcolm X est l’un d’eux ; délinquant arrêté en 1946, il passe sept ans en prison où il découvre l’organisation et se convertit à l’Islam. Il devient le second du président Elijah Muhammad, et est en vérité le porte-parole officiel du mouvement. La doctrine d’Elijah Muhammad affirme la supériorité de la race noire et prône un séparatisme radical en plus d’un renoncement aux vices de la société occidentale ; mais il ne préconise aucunement la violence car il refuse tout activisme.

Malcolm X, quant à lui, affirme le droit à l’autodéfense, et fait beaucoup parler de lui dans les médias en raison d’un grand charisme et d’une culture impressionnante alliée d’une rhétorique habile. De ce fait, il irrite bon nombre de Black Muslims. Après l’assassinat de JFK, il fait des déclarations où il semble se réjouir de la mort du président, et ces écarts de langage permettent à Elijah Muhammad d’invoquer ce prétexte pour l’interdire de toute déclaration publique pendant plusieurs mois ; cette bataille ne relève pas d’un simple conflit de personnalité, mais bien de divergences idéologiques profondes.

En mars 1964, Malcolm X quitte la Nation of Islam et fonde son propre mouvement, Muslim Mosque puis l’Organization of Afro-American Unity. Elijah Muhammad refusait de passer aux actes tout en prêchant l’autodéfense et plaidait pour la cause d’un Etat noir séparé mais n’espérait pas vraiment voir ce projet se concrétiser. Il refusait par ailleurs toute participation au mouvement des Droits civiques ainsi que l’usage du vote. Malcolm X, lui, croit au vote et à la protestation, et en un nationalisme noir, musulman ou pas.

En mars 1964, il plaide toujours pour un Etat séparé ou pour le retour en Afrique, mais à partir de mai, il admet que les Noirs doivent rester aux Etats-Unis et obtenir le respect de leurs droits et libertés, et ceci « by any means neccessary », « par tous les moyens nécessaires ». Il rejette catégoriquement la non-violence.

Il se rend à La Mecque en 1964, et représente son mouvement au sommet africain du Caire, où il essaie de convaincre les chefs d’Etat de remettre en cause le gouvernement américain devant l’ONU en étendant la protestation aux Droits de l’Homme.

Au retour de son voyage et en particulier de son séjour dans la ville sainte où il a pu rencontrer des musulmans de toute origine, Malcolm X change son discours et déclare : « je n’approuve pas la condamnation d’une race entière […]. Je ne suis pas raciste et je n’approuve aucune croyance raciste ».

En mars 1964, il rencontre brièvement Martin Luther King ; ce dernier dénonce le danger que peuvent représenter les groupes violents. Malcolm X révolte le pasteur par quelques tristes déclarations antisémites, mais King n’excluait pas un rapprochement avec lui, tous deux croyant par exemple en le combat pour l’inscription sur les listes électorales du Sud. Au début 1965, Malcolm X appuie même la campagne du SCLC et du Snick menée à Selma, en Alabama.


SELMA : LE DERNIER TRIOMPHE DE MARTIN LUTHER KING (1965)


Johnson est déterminé à agir pour les Noirs, mais son administration ne le lui permet pas. Martin Luther King sait qu’un nouvel acte de protestation peut accélérer le processus. Il choisit la ville de Selma, située dans le comté de Dallas, où les Noirs représentent 57 % de la population et où moins d’1 % d’entre eux sont inscrits sur les listes électorales.

Les militants locaux prennent contact avec la SCLC, et King arrive au début de l’année 1965. Le 18 janvier, 400 manifestants marchent vers le tribunal ; le lendemain, plus de 60 manifestants sont arrêtés. Cet événement fait les gros titres de la presse nationale. Les enseignants noirs de la ville se lancent dans le mouvement ; la répression policière est comme souvent sauvage, mais la télévision est sur les lieux.

Le 1er février, King est arrêté avec de très nombreux autres militants ; il écrit depuis sa prison une lettre publiée dans le New York Times où il déclare très ironiquement : « Il y a plus de Noirs avec moi en prison que sur les listes électorales ». Malcolm X se rend à Selma pour soutenir Luther King et signifier aux autorités qu’elles feraient mieux d’obtempérer face aux non-violents avant de subir la foudre des radicaux. Le 21 février 1965, il est abattu à Harlem.

Les marches se multiplient dans d’autres villes d’Alabama, et un manifestant noir est tué dans l’une d’entre elles. Une marche est alors organisée début mars de Selma à Montgomery, capital de l’Etat. Le 7 mars, à Montgomery, la répression se fait sauvage, et ce jour sera baptisé « dimanche sanglant » ; son retentissement est considérable, les images étant diffusé en direct à la télévision nationale. Le 8 mars, King lance un appel à « tous les hommes de bonne volonté » pour venir protester à Selma. 2000 marcheurs s’y rendent. Devant un barrage de police, les manifestants s’agenouillent et font une prière avant de faire demi-tour ; pour les étudiants du Snick, cet acte constitue une trahison, un signe de lâcheté. Les dissensions entre le Snick et la SCLC éclatent au grand jour.

Des manifestations de solidarité sont organisées dans les villes du Nord face à la violence des Sudistes, en particulier après la mort d’un pasteur Blanc tué par des suprémacistes. Stokeley Carmichael du Snick est indigné que la protestation des citoyens vienne après la mort d’un Blanc, et il agite de plus en plus l’étendard de la révolte. Le Snick se retire de la campagne de Selma.

Le président Johnson se dit révolté par la répression, et il présente le 15 au Congrès un projet de loi destiné à éliminer toute restriction légale au droit de vote.

Le 17 mars, le juge local Frank Johnson approuve le projet de marche de Selma à Montgomery et exige la protection de la police pour la manifestation. Le gouverneur de l’Etat, Wallace, raciste notoire, refuse de la garantir. Le président l’impose finalement en fédéralisant la garde nationale de l’Etat. Le 21 mars, après 5 jours de marche, 25 000 personnes entrent dans Montgomery, 10 ans après le boycott des bus. Martin Luther King arrive triomphant, et il prononce un discours pour la liberté et la non-violence sur les marches du Capitole au sommet duquel flotte… le drapeau de la Confédération. Le même jour, le Ku Klux Klan abat une femme venue de Detroit pour manifester.

Le 6 août 1965, Johnson signe la loi sur le droit de vote ; les officiers fédéraux arrivent dans de nombreuses villes pour contrôler et faciliter les inscriptions des Noirs sur les listes électorales. La loi a changé, certes, mais dans les faits les Noirs du Sud craignent toujours autant de se diriger vers les bureaux de vote...



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