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LA SCISSION DU SNICK ET LA RÉORIENTATION DE LA SCLC


Cette année marque l’effondrement du mouvement des droits civiques et l’éclatement de la fragile coalition des militants noirs : le Snick rejette les « valeurs bourgeoises » prônées par King, défendu par la presse et soutenu par les forces gouvernementales. Surtout, beaucoup ne croient plus à la non-violence et à l’intégration, devant la banalisation des brutalités policières ou individuelles envers les Noirs et le nombre de Noirs jetés en prison sans jugement équitable.

Martin Luther King est très conscient de ces idées et se tourne alors vers les graves problèmes économiques et sociaux rencontrés par les Noirs, et déclare à Selma qu’il marchera contre les ghettos et la pauvreté. En avril 1965, il annonce que la SCLC ne limitera plus son action au Sud.


LE RAS-LE-BOL DU NORD : LA LOI NE CHANGE RIEN POUR LES GHETTOS


Dans le Nord, si aucune loi n’impose la ségrégation, les écoles des ghettos sont ségréguées de fait et même plus parfaitement que les écoles du Sud, et les Noirs subissent un taux de chômage très élevé, en pleine période de prospérité.

Les Blancs libéraux de Nord soutenaient les marches de King dans le Sud, mais leur soutien semble bien plus compromis face à des militants, non-acquis à la non-violence jugée par beaucoup stérile, et remettant en cause leur bonne conscience quelque peu paternaliste et leur mode de vie.

Dans ces grandes métropoles, pas de pasteurs pour brider les velléités, et le crime règne dans nombre de ghettos. Malcolm X, bien plus que Luther King, incarne cette frustration et ce désespoir du ghetto ; depuis son assassinat, ses thèses connaissent une popularité sans cesse grandissante.


Sous la présidence de Johnson, le climat est propice aux réformes sociales, une « guerre contre la pauvreté » ayant été déclarée. Johnson reprend le principe de l’affirmative action adopté par JFK en 1961, promettant un avantage aux plus défavorisés au départ de la compétition économique. Le Congrès approuve ces réformes.

Mais la loi ne change rien pour les ghettos et les Noirs en ont assez d’attendre.


LES ÉMEUTES DANS LES GHETTOS ENTRE 1965 ET 1968


Le 11 août 1965, des émeutes éclatent à Watts, le quartier noir de Los Angeles peuplé de 250 000 Noirs. Dans un été extrêmement chaud, les incidents avec la police raciste se multiplient. Le 11 août, après l’arrestation d’un conducteur, un groupe de Noirs entourent la patrouille. Les policiers demandent des renforts. Pendant six jours, le ghetto prend feu. Les jeunes bombardent la police avec des briques et des cocktails molotov, incendient la ville et pillent les magasins, brûlent les voitures. 14 000 hommes de la Garde nationale sont envoyés pour quadriller le quartier. Après six jours, on dénombre 34 morts, 900 blessés et plus de 4000 arrestations, ainsi que 30 millions de dollars de dégâts.

La même semaine, Chicago et Springfield s’embrasent selon des schémas assez similaires. Les étés 1966 et 1967 voient l’embrasement de nombreux ghettos dans plus d’une centaine de grandes villes à travers le pays. A Newark, dans le New Jersey, les émeutes font plus de 20 morts ; en juillet 1967, Detroit brûle pendant six jours et fait 43 morts : ville symbole de la prospérité, Detroit interdit de fait aux Noirs de nombreux emplois et le logement dans les quartiers résidentiels. Entre 1965 et 1968, 250 noirs périssent dans les émeutes, qui font plus de 8000 blessés.

Cette révolte regroupe des personnes de tout âge, de toutes conditions, mais elle n’a rien d’une insurrection concertée ou d’une révolution anti-capitaliste. Il s’agit d’un mouvement spontané non encadré résultant d’un ras-le-bol populaire, contrairement aux autres mouvements sociaux de l’époque type féminisme ou mouvement étudiant, qui reposent sur une base idéologique. Cette base est bien-sûr présente chez les militants noirs, mais les émeutiers ne sont pas acquis dans leur ensemble à une cause proprement politique.

Johnson, déboussolé, forme une commission pour étudier les origines de ces révoltes. Le rapport met en accusation la pauvreté, les taudis, le chômage, et la ségrégation scolaire, et propose la mise en place d’un programme d’actions fédérales. Mais à ce même moment, le Vietnam prend de plus en plus d’importance et Johnson ne peut plus faire face aux programmes sociaux de sa « Grande Société », au sein desquels le problème noir n’est pas en tête de liste


STOKELY CARMICHAEL À LOWNDES


En Alabama, dans le comté de Lowndes, les habitants sont noirs à 81 %, et aucun n’est inscrit sur les listes électorales en 1965. En août, des agents fédéraux surveillent les inscriptions ; les Noirs, influencés par le travail éducatif du Snick, sont parfois accompagnés de planteurs voulant contrôler le vote de leurs ouvriers. Carmichael et le Snick constituent la Lowndes County Freedom Organization, et choisissent comme symbole une panthère noire. Le parti n’obtient aucun mandat local en novembre 1967, les paysans noirs cédant en grande majorité aux pressions des propriétaires terriens.

En janvier 1966, un étudiant noir est abattu en Alabama pour avoir tenté d’utiliser des toilettes soi-disant « réservées » aux Blancs. Quelques jours plus tard, le Snick publie une déclaration condamnant le racisme et la guerre du Vietnam : la rupture est désormais définitive avec Johnson. Devant cette radicalisation, l’ancienne coalition interraciale qui avait soutenu économiquement le mouvement des Droits civiques se décompose.


CARMICHAEL ET LA RADICALISATION DU SNICK


En mai 1966, Carmichael prend la tête du Snick, prenant la place de John Lewis, jugé trop modéré et proche de Martin Luther King. Floyd McKissick, idéologiquement proche de Carmichael, est élu à la tête du CORE.

En juin 1966, James Meredith, désormais étudiant en droit à Columbia, parcourt à pied la route Memphis-Jackson pour inciter les Noirs du Mississippi à s’inscrire sur les listes électorales ; un Blanc lui tire dessus sur la route. Ce fait divers se transforme en affaire nationale. La NAACP et la Ligue urbaine veulent organiser une marche interraciale pour demander une nouvelle législation sur les Droits civiques. Carmichael et McKissick veulent organiser une marche exclusivement noire contre Johnson et le parti démocrate, en se faisant protéger par une milice noire armée.

Martin Luther King plaide le juste milieu : la marche sera interraciale et non-violente, et le Snick pourra dénoncer le gouvernement. Le 7 juin, les militants se rendent dans les plantations pour inciter les Noirs à voter.

Le 16, Carmichael est arrêté, puis relâché. Il déclare : « dès demain, il serait de bon de mettre le feu à tous les tribunaux du Mississippi », et en fait appel au « Black power ! ». King lui demande d’abandonner cette formule, car selon lui les Noirs ne peuvent parvenir au pouvoir politique en s’isolant, ni créer des emplois ou des logements suffisants pour sortir de la misère. La presse, elle, s’empare de l’expression, et concentre son attention sur les violences potentielles.

Le 26 juin, la marche arrive à Jackson. King prononce un discours non-violent tandis que Carmichael prononce un discours véhément et s’inscrit contre la « souffrance rédemptrice » prônée par le pasteur : « Nous devons […] construire dans ce pays une base de pouvoir si solide que nous mettrons [les Blancs] à genoux chaque fois qu’ils nous provoqueront ». La presse, les « libéraux » et les militants noirs modérés condamnent ces propos.



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