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LE « BLACK POWER »


Carmichael et les autres militants radicaux sont héritiers de Malcolm X, partisans de l’autodéfense et d’un nationalisme noir. Ils citent Frantz Fanon, qui justifie l’emploi de la violence dans toute lutte anti-coloniale, car selon Carmichael « les Noirs dans ce pays forment une colonie » .

Mais cet appel au pouvoir ne s’accompagne pas d’un véritable programme politique ; ce « Black power » est selon Luther King un « concept affectif », un état d’esprit pouvant aller de l’organisation de secours sociaux à l’encouragement à la guérilla urbaine.

Les militants renversent toutes les icônes, de l’Establishment jusqu’aux libéraux en passant par les Noirs modérés. Ces revendications s’incarnent par exemple dans la figure emblématique du boxeur Mohammed Ali, qui affirme la beauté noire, la fierté des origines africaines, et le rejet de la haine de soi par l’affirmation de sa puissance. C’est à cette époque qu’est également popularisé le slogan « Black is beautiful ».

A la fin des années 60, seule une petite minorité de Noirs se dit prête à suivre Carmichael, McKissick et les autres radicaux comme Huey Newton ou Bobby Seale, futurs fondateurs du Black Panther Party.

Mais leur impact culturel, psychologique et artistique est considérable ; les étudiants se révoltent contre les valeurs et le savoir des programmes universitaires traditionnels. En 1964, à l’université de Berkeley, éclate une révolte étudiante au sein de laquelle les Noirs sont très actifs ; mais un fossé se creuse entre les « libéraux » blancs et les partisans du « Black power » depuis l’éclatement du mouvement des Droits civiques. Les étudiants noirs demandent le développement de programmes d’ « études noires », où ils exigent d’être séparés des Blancs.

En avril 1967, Mohammed Ali refuse la conscription et déclare ne rien avoir contre le Vietcong.

En février 1968, une violente répression policière s’abat sur ne manifestation étudiant en Caroline du Sud et fait trois morts. Les étudiants de Howard, université de Washington, envoient une lettre ouverte au président de l’université et demandent sa démission, la création d’un centre d’études noires et la réinsertion d’activistes radiés l’été précédent. Ils occupent l’université dans le calme jusqu’à la fin mars.


INTERPRÉTATIONS DIVERSES DU « BLACK POWER » : ENTRE COMBAT INSTITUTIONNEL ET LUTTE RADICALE


Une partie non négligeable du mouvement noir interprète de manière légale et pacifique les aspirations du « Black power » et se tourne activement vers la lutte politique : Carl Strokes est élu maire de Cleveland en 1967, c’est la première fois qu’une grande métropole élit un maire noir.

Au contraire, les leaders initiaux du « Black power » durcissent leurs positions : le Snick et le CORE condamnent fermement Israël en 1967 et s’aliènent définitivement le soutien traditionnel des Juifs libéraux. Carmichael encourage les Noirs à devenir « les bourreaux de nos bourreaux » ; il se rend à Cuba, puis au Nord Vietnam et déclare : « Nous souhaitons n’avoir rien en commun avec le gouvernement des Etats-Unis ou le régime américain. Nous sommes des révolutionnaires ». H. Rap Brown devient président du Snick et pratique également une escalade verbale.

Au printemps 1967, plusieurs émeutes ont lieu dans des universités du Sud.


LA NAISSANCE DU BLACK PANTHER PARTY


En octobre 1966, Bobby Seale et Huey Newton, étudiants à l’université d’Oakland en Californie, fondent le Black Panther Party pour l’Autodéfense, qui reprend le symbole du Snick d’Alabama.

Les inspirations idéologiques clamées sont le communisme révolutionnaire en premier lieu, puis Frantz Fanon, Malcolm X, Mao, le nationalisme noir et révolutionnaire.

Les Black Panthers se défendent des fréquentes accusations de racisme, et évoquent leur combat comme un combat internationaliste et populaire, et non lié à une race : « Le parti a conscience du fait que le racisme est ancré dans une grande partie de l'Amérique blanche, mais il sait aussi que les sectes embryonnaires qui prolifèrent à l'heure actuelle dans la communauté noire ont à leur base une philosophie raciste […]. Nous ne combattons pas le racisme par le racisme. Nous combattons le racisme par la solidarité. Nous ne combattons pas le capitalisme exploiteur par le capitalisme noir. Nous combattons le capitalisme par le socialisme. Nous ne combattons pas l'impérialisme par un impérialisme plus grand. Nous combattons l'impérialisme par l'internationalisme prolétarien. […] Nous croyons que notre combat est une lutte de classe et non pas une lutte raciale » (extraits de A l'affût, histoire du Parti des Panthères noires et de Huey Newton de Bobby Seale).

Ils publient un programme en 10 points, réclamant la liberté, le plein-emploi, des logements décents, l’exemption du service militaire pour tous les Noirs américains, la libération des détenus noirs et la fin des brutalités policières. Ils veulent également l’organisation d’un plébiscite dans « toute la colonie noire […] pour déterminer la volonté du peuple noir quant à son destin national ». A Richmond, en 1968, Cleaver déclare : « Ce dont nous avons besoin, c’est d’une révolution dans la métropole blanche et d’une libération nationale pour la colonie noire ».

« Le programme du Black Panther Party vise en réalité à instaurer le pouvoir populaire. Nous, la colonie noire d’Amérique, nous voulons contrôler notre destin, et c’est ça le Black power »

Le parti conjugue dans son idéologie nationalisme (les Noirs forment un nation), internationalisme (« les Noirs sont des Vietnamiens de l’intérieur », soutien à tous les peuples colonisés) et socialisme (il faut détruire le capitalisme, qui engendre le racisme). Cet activisme déborde de tout ce qui avait été dit et fait avant.

La loi de Californie autorisant le port d’armes, les Black Panthers patrouillent dans le ghetto dans des voitures bourrées d’armes à feu, de livres de droit et de tracts du parti. Lorsque la police interpelle un Noir, ils se postent à côté de la patrouille, lisent les droits à l’interpellé et l’escortent si besoin est jusqu’au commissariat.

Mais ils lancent un surtout un programme d’aide communautaire, en offrant le petit déjeuner aux enfants pauvres, en collectant des vêtements, en proposant une assistance médicale et légale, et en luttant pour réintégrer les locataires expulsés. Angela Davis, militante du parti, met en place un réseau de distribution de sacs de provisions. Des écoles de « libération » et d’histoire noire sont créées. Tout ce service social n’intéresse pas la presse et les Black Panthers ont une très mauvaise image dans l’opinion américaine. Les médias retiennent leur armement, leurs discours provocateurs et insurrectionnels et leur uniforme spectaculaire (veste en cuir, pantalon et béret noirs).

Les Panthers s’entraînent au maniement des armes, à la guérilla urbaine, à fabriquer des cocktails molotov et des grenades. Eux-mêmes déclarent que cet arsenal est purement défensif.

Le langage est très important dans la communication du parti, et Huey Newton excelle dans ce domaine, où il propose par l’utilisation de termes propres aux Noirs de changer l’image que les Noirs ont d’eux-mêmes et de ce qui les entoure : « Nous de définissons pas le tout-puissant administrateur comme « l’homme »… nous le nommons porc »...

En 1967, Elridge Cleaver devient porte-parole du parti, après être sorti de prison pour viol et tentative de meurtre. Il crée l’hebdomadaire The Black Panther, en plus d’écrire pour divers journaux d’extrême gauche ; il réclame une « liberté totale pour le peuple noir ou une destruction de l’Amérique ».

Pour Hoover et le FBI, le BPP constitue la plus grave menace pour la sécurité intérieure des Etats-Unis.

En mai 1967, le parti investit le Sénat de Californie à Sacramento, arme au poing, pour protester contre le projet de loi tendant à limiter le port d’armes.

En octobre 1967, Huey Newton est inculpé pour le meurtre d’un policier. En février 1968, le parti fusionne avec le Snick et Carmichael est nommé « premier ministre » du gouvernement Black Panther.



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