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ÉTAT DES LIEUX DU MOUVEMENT NOIR AU MOMENT DE L’ÉLECTION DE NIXON


En novembre 1968, Nixon remporte les élections, après avoir mené une campagne contre les programmes sociaux ; le candidat Wallace, ouvertement raciste, a obtenu 13,5 % des suffrages. Nixon souhaite nommer des juges sudistes à la Cour suprême, ne porte que très peu de considération pour les Droits civiques, et ne fait appliquer les lois en faveur des Noirs qu’avec laxisme.

Par ailleurs, les mouvements militants sont fermement surveillés et le mouvement noir est dissipé. La NAACP se limite à un combat judiciaire, la SCLC est paralysée par des querelles de succession, le Snick a disparu, le CORE regroupe une poignée de nationalistes, tandis que les Black Muslims de Farrakhan prônent un séparatisme absolu, empreint de racisme.


GEORGE JACKSON ET ANGELA DAVIS : LE COMBAT DANS LES PRISONS


Angela Davis, membre du Parti communiste et compagnon de route du Black Panther Party, obtient un poste à l’université de Californie en 1969. Mais elle ne peut pas dispenser de cours, congédiée par la direction dont fait alors partie Ronald Reagan pour cause de communisme... La militante entame alors une action en justice et proteste contre le politique de Reagan tout en donnant des séminaires de formation politique.

Parmi ses multiples actions, elle soutient le combat de George Jackson, prisonnier à Soledad après un vol de 70 dollars. Du fond de sa cellule, il dénonce le racisme des autorités carcérales ainsi que l’encouragement délibéré par les autorités pénitentiaires à la haine raciale entre les prisonniers dans le but prévenir toute révolte concertée.

Le 7 août 1970, le frère de George Jackson prend un juge en otage au tribunal et exige la libération de son frère ; il est tué par la police dans la fusillade qui se déclenche, ainsi que le juge et deux autres prisonniers. Angela Davis est accusée d’avoir fourni les armes, et elle est poursuivie par la police. Deux mois plus tard, elle est arrêtée à New York, emprisonnée 16 mois avant d’être finalement innocentée. George Jackson, transféré dans une autre prison, est tué par un garde en août 1971.


LA RÉVOLTE D’ATTICA


A Attica, dans l’Etat de New York, la prison rassemble 2200 prisonniers, 54 % sont noirs, et aucun gardien ne l’est. Les prisonniers sont systématiquement maltraités avec l’aval des autorités pénitentiaires.

En septembre 1971, la prison est le théâtre d’une mutinerie et d’une prise d’otages. Les exigences des révoltés sont avant tout humanitaires :

« Nous, prisonniers d’Attica, cherchons à mettre fin à l'injustice dont souffrent tous les prisonniers, quelle que soit leur race, leur confession, leur couleur. La préparation et le contenu de ce document ont été établis grâce aux efforts unifiés de toutes les races et de toutes les catégories sociales de cette prison. Il est établi, et de notoriété publique, que l'administration pénitentiaire de New York a transformé des institutions initialement prévues pour corriger socialement des individus en ces camps de concentration que l'on trouve dans l'Amérique actuelle. Compte tenu du fait que la prison d'Attica est l'une des institutions les plus classiques de cruauté organisée exercée sur les hommes, la liste de revendications qui suit a été adoptée. Nous, les prisonniers d’Attica, nous vous disons à vous les bien-pensants de la société : le système carcéral que vos tribunaux ratifient est la grimace terrifiante du tigre en papier, du pleutre au pouvoir. Manifeste respectueusement présenté à la société à titre de protestation contre les marchands d'esclaves, abjects et corrompus : le gouverneur de l'État de New York, le département pénitentiaire de l'État de New York, l'assemblée législative de l'État de New York, les tribunaux de l'État de New York, les tribunaux des États-Unis, le département des libérations conditionnelles de l'État de New York. Et ceux qui soutiennent ce système d'injustice. Cette liste de revendications va vous être présentée. Nous essayons d'agir selon la voie démocratique. Nous avons le sentiment qu'il n’est pas nécessaire de dramatiser ces demandes. »

Suivent 26 revendications parmi lesquelles on trouve le droit à l’éducation, la journée de travail de 8 heures, les droits syndicaux, la possibilité de se doucher régulièrement, une nourriture digne de ce nom, l’accès aux soins, etc.

Des militants noirs se rassemblent autour de la prison pour soutenir les révoltés et sensibiliser les citoyens comme les politiques aux revendications énoncés. Tandis que des négociations devaient débuter, des troupes fédérales et la garde nationale de l’Etat sont envoyées pour mener l’assaut, le 13 septembre, après l’annonce de la mort d’un gardien blessé pendant la révolte. En moins d’une heure et au prix d’une opération d’une rare violence, le contrôle d’Attica échappe des mains des insurgés : l’assaut fait 43 morts, dont dix otages, et 200 blessés. Les dix otages sont morts sous les balles des assaillants, et non la gorge tranchée par les révoltés comme l’a prétendu l’administration de la prison.

Ce drame déclenche une série de révoltes dans les prisons américaines.


L’ÉVOLUTION DU BLACK PANTHER PARTY A LA FIN DES ANNÉES 60 ET DANS LES ANNÉES 70 : VERS LA DÉCOMPOSITION


Le Black Panther Party cherche du soutien hors de la communauté noire, par exemple au sein du Peace Freedom Party, avec lequel il participe aux élections (Huey Newton se présente au Congrès, Seale à la législature californienne et Cleaver à la présidence). Mais les rivalités intestines se font de plus en plus importantes, et poussent Carmichael à quitter le parti.

Le 6 avril 1968, Bobby Hutton, un jeune militant du parti, est tué par la police ; des membres du parti avoueront plus tard que l’embuscade avait été tendue à la police par Elridge Cleaver entre autres, et que ce n’était pas la police qui avait agressé… Depuis sa prison, Huey Newton s’oppose à Elridge Cleaver, en disant qu’il confond violence et révolution. Le FBI se précipite alors dans la brèche entre les deux leaders pour l’accentuer, par l’envoi de lettres anonymes ou l’accusation de détournement de fonds. Les Black Panthers sont arrêtés pour un oui ou pour un non, et le FBI sème la méfiance dans les groupes susceptibles de s’allier avec le parti. A mesure que le temps passe, des membres du parti s’entretuent quand d’autres meurent sous les balles de la police, et le parti semble se désagréger tout seul.

En 1968, une nouvelle branche du BPP est créée à Chicago par Fred Hampton et Bobby Rush. En décembre 1969, la police, alliée au FBI investit l’appartement d’un des Panthers. Hampton est tué à bout portant ainsi qu’un autre militant, et sept autres son jetés en prison pour tentative de meurtre sur les policiers. Une nouvelle enquête menée en 1970 met en cause la police.

Lorsque Huey Newton sort de prison en 1970, il veut donner une nouvelle direction au parti, il parle alors d’ « intercommunalisme révolutionnaire », ce qui signifie qu’il préconise une alliance entre toutes les communautés opprimées du monde pour détruire « l’Empire américain » et instaurer le communisme. Il s’adresse sans distinction aux hippies, aux ouvriers, aux étudiants, aux paysans, aux pauvres et aux minorités. Mais son autorité s’effrite. Elridge Cleaver, de son côté, réfugié en Algérie, a pris contact avec le Vietcong. La rupture publique entre les deux hommes est consommée en février 1971, et le parti se divise.

En 1974, avant de s’enfuir à Cuba, Huey Newton accusé de meurtre confie le parti à Elaine Brown ; à Oakland, le BPP devient alors une force politique non négligeable, Brown siégeant au Conseil pour le développement économique de la ville. En 1974, le parti soutient le démocrate Jerry Brown ; Elaine Brown, déléguée de la Convention, se présente aux municipales en 1972 et 1975. En 1977, le premier maire noir de la ville d’Oakland est élu, appuyé officiellement par le BPP. Mais Newton fait son retour sur la scène en 1978 et sème la discorde au sein du parti. Le Black Panther Party se décompose.

La fin du BPP sonne le glas d’un radicalisme organisé porteur d’un véritable projet politique, qui s’inscrivait bien dans la mouvance révolutionnaire de l’époque propre aux pays occidentaux, et qui a pour cela subi les traques et obstacles mis en place par le FBI qui ont eu raison de son existence ; la surveillance et la répression dont ont été victimes les Panthers et plus globalement les militants noirs peut être illustré par l’enfermement après un procès grotesque de Mumia Abu-Jamal, ancien membre du parti. Mais la mort du parti est tout autant liée aux tensions internes et personnelles entre leaders parfois mégalomanes et quelque peu paranoïaques du parti. Les deux facteurs sont cependant complémentaires et on ne saurait expliquer la décomposition du BPP par l’un ou par l’autre uniquement.



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