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"Nuit d'automne à Paris" : les évènements du 17 octobre


Dès l’annonce de la mise en place de ce couvre feu, le F.L.N. décide, comme en 1958, de le boycotter ; le 7 octobre, une circulaire de la direction du F.L.N. en Allemagne exige de ses militants l’arrêt des attaques contre les policiers français, mettant ainsi fin à la campagne d’attentas en métropole : il s’agit pour le F.L.N., en passant de la clandestinité et de la violence à l’action pacifique de masse, de renverser l’opinion publique française. Cette action de masse, menée au grand jour et pacifiquement, le F.L.N. la programme pour le 17 octobre : la manifestation en protestation au décrêt doit avoir lieu dans tout Paris, le long des artères principales de la ville, et le F.L.N. souhaite y voir participer les familles entières.

Les consignes du F.L.N. sont claires : ne répondre à aucune provocation, ni à aucune violence ; les manifestants sont systématiquement fouillés par des cadres du F.L.N, pour s’assurer qu’ils n’ont aucun objet suscpetible de servir d’arme (des images ont été tournées dans les bidonvilles de Nanterre, où l’on voit clairement ces fouilles menées très consciencieusement).

Mais la police parisienne sait qu'une manifestation de masse se prépare… des cars de police quadrillent la ville, des policiers cernent les bouches de métro aux portes de Paris, par lesquelles les manifestants vont arriver : à la sortie des métros Étoile, Opéra, dans les couloirs de la station Concorde, sur les Grands Boulevards, les manifestants seront systématiquement matraqués, à coups de crosse, de gourdin, de bâton, souvent jusqu'à ce qu'ils s'effondrent. Les policiers frappent au visage, au ventre, des manifestants qui ne font preuve à aucun moment de violence ou de résistance, comme il le leur a été demandé. Sur le boulevard Bonne-Nouvelle, au pont de Neuilly, au Pont-Neuf d'Argenteuil et en d'autres lieux, les policiers tirent sur les manifestants. Sur les ponts aux portes de Paris et sur le pont Saint-Michel, des hommes sont précipités à la Seine : cette image d’un fleuve où tombent et se noient les cadavres est celle qui interpelle les témoins, comme le futur journaliste Daniel Mermet, qui insistent impuissants à ce déferlement de haine et de violence.

En plein Paris et pendant plusieurs heures se déroule une véritable ratonnade, une chasse au faciès, à laquelle la population parisienne assiste et collabore même parfois. Papon suit toutes les opérations et se rend lui-même à l'Etoile, pour constater leur "bon déroulement" . Il a aussi connaissance de toutes les liaisons radio de la police, et ne démentit pas les faux messages d'information qui circulent, selon lesquels des policiers auraient été tués, ce qui augmenta encore plus la violence et la barbarie de certains policiers à l’égard des manifestants.

Plus de dix mille Algériens sont interpellés. Ils sont internés au palais des Sports, au Parc des Expositions, au stade de Coubertin, au Centre d'Identification de Vincennes, pendant près de quatre jours. Quatre jours pendant lesquels les violences continuent. A leur arrivée, les manifestants sont systématiquement battus. Dans l'enceinte des lieux d'internement, on assiste à des exécutions et nombreux sont ceux qui meurent de blessures non soignées.


"Le silence du fleuve" : le mensonge et l'oubli...


Au lendemain de la manifestation, le bilan officiel est de… deux morts algériens. La presse et la préfecture de police parlent de « tirs échangés » entre la police et les manifestants. Malgré les efforts de quelques parlementaires, le gouvernement empêche la création d'une commission d'enquête. Aucune des plaintes déposées, pourtant nombreuses, n'aboutira. Le mensonge est tel que le drame du métro Charone (la mort de neuf militants communistes manifestant contre l'OAS le 8 février 1962), apparaîtra au journal "Le Monde" comme "le plus sanglant affrontement entre policiers et manifestants depuis 1934"... S'il n'est pas possible de déterminer exactement le nombre d'Algériens tués le 17 octobre 1961 et les jours suivants, il reste que le chiffre de plusieurs centaines de morts, avancé par J-L. Einaudi dans son livre "La Bataille de Paris" à partir de l'étude de registres de cimetières, de témoignages et de documents internes du F.L.N., est le plus vraisemblable. De nombreuses archives administratives qui auraient été essentielles au dénombrement des victimes ont aujourd'hui disparu. Ceci explique pourquoi les recherches menées dernièrement par le gouvernement français se fondant sur les archives existantes de la préfecture de Police concluent à un nombre de morts bien inférieur - autour d'une quarantaine. Le mensonge plâne sur ces cadavres noyés dans la Seine, et l’oubli les raye de l’Histoire : les manuels scolaires de Terminale ne font pas état de la répression de cette manifestation du 17 octobre 1961, qui n’est d’ailleurs pas même évoquée dans la plupart d’entre eux. A nous de nous souvenir, de chercher la vérité et de la diffuser.


PJ
mise en ligne : 16.09.2002




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