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La seconde guerre au Cachemire et le gel des négociations


Profitant d'une faiblesse présumée de l'armée indienne, vaincue en 1962 par la Chine (qui, comme nous l'avons vu, annexe à la suite d'une agression la région de l'Aksai Chin), le Pakistan lance en août 1965 l'"opération Gibraltar" visant à provoquer un soulèvement des populations du Jammu et Cachemire pour ensuite proclamer dans tout le Cachemire la prise de pouvoir par un gouvernement de libération. Cette campagne est un triple échec pour Islamabad, l'armée indienne se faisant menaçante pour le territoire pakistanais, les musulmans du Jammu et Cachemire restant passifs et les Etats-Unis cessant temporairement après cette agression son soutien au Pakistan. Un cessez-le-feu est imposé par l'ONU en septembre 1965.

Les tentatives de négociation finissent systématiquement en impasse, les arguments des uns et des autres étant trop forts et trop ancrés pour pouvoir espérer un compromis. Outre des intérêts économiques évidents et indéniables (liés à la richesse de la région, et en particulier aux ressources en eau), le Cachemire constitue un point névralgique des sentiments nationaux pakistanais et indiens.

Pour le Pakistan, le Cachemire aurait dû être intégré à l'Etat musulman dès 1947, et son intégration à l'Inde est une erreur de la Partition, qui ne sera véritablement achevée que lorsque le Cachemire sera pakistanais. Le thème de la lutte pour le Cachemire contre l'Inde, jugée bourreau perpétuel des musulmans, est bien-sûr également très important pour les hommes politiques et les gouvernements successifs au Pakistan qui tiennent là un sujet mobilisateur, justifiant les budgets militaires lourds et la puissance politique de l'armée, puisque touchant profondément les Pakistanais dans leur sentiment national.

Pour l'Inde, la nation est également en jeu, et l'argument est formidable : c'est justement parce que le Cachemire est majoritairement musulman qu'il doit rester indien et qu'il a sa place dans l'Inde séculaire de Gandhi et des constituants indiens de 1950, multiculturelle et multiconfessionnelle.

Le problème est donc très aigu puisqu'il touche les convictions profondes (et plus ou moins manipulées et instrumentalisées) des deux pays : pour le Pakistan, la religion fait la nation, et il est inacceptable qu'un territoire musulman soit indien ; pour l'Inde, qui n'a jamais accepté la Partition et pour qui la théorie pakistanaise ne tient pas la route (si la religion faisait la nation, le Bangladesh n'aurait pas fait sécession en 1971), le Cachemire est un problème interne au pays, devant se régler dans le cadre de la Constitution indienne et de négociations strictement bilatérales, entre l'Inde et le Pakistan, qui souhaite, lui, internationaliser la question cachemirie autour du droit à l'autodétermination des peuples, et fait en ce sens régulièrement appel aux occidentaux pour qu'ait lieu le référendum prévu par la résolution de 1949. L'Inde a d'ailleurs imposé sa vision des choses lors des négociations ayant suivi la guerre indo-pakistanaise de 1971 concernant le Bangladesh, en faisant signer au Pakistan vaincu un texte selon lequel les pourparlers sur le Cachemire ne pourront être que bilatéraux. Dès lors, toute tentative de discussion est vouée à l'échec.



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