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Des responsabilités partagées, des entreprises politiciennes et des intérêts ambigus


Les responsabilités sont bien-sûr partagées par les deux Etats protagonistes dans la non-résolution du conflit cachemiri. Outre la discordance fondamentale et première quant à la Partition, l'Inde et le Pakistan ont également des intérêts politiques antagonistes et des attitudes très critiquables.

L'Inde, qui s'autoproclamait "plus grande démocratie du monde", n'a pas pu satisfaire la population cachemirie dans ses revendications d'autonomie, bafouant de surcroît régulièrement les Droits de l'Homme, créant un climat de méfiance et souvent de haine à son égard parmi la population du Cachemire et une radicalisation en même temps qu'une popularité grandissante des partis séparatistes cachemiris, de plus en plus islamisés, et ce depuis la radicalisation de la lutte après le retrait soviétique d'Afghanistan en 1988, qui a abouti sur le début de l'insurrection anti-indienne au Jammu et Cachemire.

Depuis cette période en effet, le Cachemire est entré dans un cycle de violence alimenté par l'intransigeance indienne qui retarde et truque les élections pouvant voir la victoire des séparatistes du Front de Libération du Jammu et Cachemire, que le Pakistan a commencé à soutenir en décelant dans cette lutte un instrument de domination et de pouvoir interne mais aussi international ; le soutien pakistanais se porte cependant bien plus vers des groupes souhaitant le rattachement du Cachemire au Pakistan, au dépends des indépendantistes ; ces groupes pro-pakistanais islamistes radicaux tels que le Hezbollah Mudjahidin prônent la guerre sainte et sont alimentés par les anciens combattants d'Afghanistan venus de nombreux pays musulmans, que le Pakistan souhaite voir se fédérer autour de lui pour peser plus lourd contre l'Inde dans le jeu de puissance asiatique. Le soutien pakistanais à ces groupes se traduit par la présence de camps d'entraînement militaire islamistes sur le territoire pakistanais mais également par une collaboration étroite entre l'armée, le pouvoir, et les islamistes.


La troisième guerre au Cachemire, le 11 septembre et la situation actuelle


En février 1999, devant la violence incessante, les gouvernements indiens et pakistanais se lancent dans des négociations ; mais, tandis que le premier ministre pakistanais Sharif discute avec son homologue indien, l'armée indienne découvre en mai l'infiltration des troupes du chef de l'armée pakistanaise, Pervez Musharaf, sur les hauteurs de Kargil, leur permettant un contrôle de la route reliant Srinagar, Kargil, et Leh. C'est le début de la guerre de Kargil ou guerre des glaciers, menée jusqu'à 6 000 m d'altitude.

Les troupes indiennes contraignent le Pakistan au retrait, et la guerre prend fin en juillet. Suite à cette défaite, Musharaf arrive au pouvoir par un coup d'Etat... et le cycle des violences se poursuit, à mesure que l'intransigeance indienne doublée d'augmentation des dépenses militaires s'amplifie et que les attentats et agressions des forces islamistes se multiplient, soutenus et dirigés pour beaucoup par les services secrets pakistanais, qui recrutent de plus en plus parmi la population cachemirie et font de moins en mois appel à des combattants étrangers, créant ainsi des groupes d'agitateurs au sein du territoire indien pour ébranler le gouvernement de Delhi.

S'il est indéniable que les militaires indiens qui quadrillent le Cachemire violent assez systématiquement les Droits de l'Homme, les dénonciations de ces délits par le Pakistan auprès des Etats-Unis se sont avérées plus délicates après les attentats du 11 septembre : Islamabad a été le premier soutien du régime taliban en Afghanistan, et les attentats commis régulièrement par les islamistes pakistanais ou pro-pakistanais au Cachemire et en Inde permettent à l'Inde d'assimiler auprès des Etats-Unis les séparatistes cachemiris à des terroristes, et donc de décrédibiliser les dénonciations pakistanaises ; le massacre en décembre 2001 de 13 parlementaires indiens par cinq islamistes combattants pour la cause cachemirie a par exemple donné à l'Inde un argument de taille dans ce jeu de dénonciations avec les Etats-Unis, au même moment où Musharaf assurait Bush de son soutien dans la lutte contre le terrorisme international...

Pendant ce temps, la situation au Cachemire reste dans l'impasse et toute tentative de négociations semble vouée à l'échec et de plus en plus improbable à mesure que les haines grandissent en même temps que la fermeté et la détermination des deux Etats, "frères ennemis" depuis leur naissance, depuis cette Partition aveugle, orchestrée par un colon démissionnaire, à la source de problèmes que l'on pourrait croire à jamais insolubles, tant ils touchent profondément aux sensibilités et fiertés nationales et religieuses des Indiens et Pakistanais.


PJ
mise en ligne : 07.06.2003




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