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Impressions à vif, avant propos

Le ton y est différent du texte présenté précédemment. Je l’ai rédigé sur place. La visite d’un pays en guerre où violences et injustices sont le lot quotidien m’a profondément affecté. Il n’y a pas de "guerre propre", le dire ce n’est pas faire acte de résignation ou de fausse philosophie mais de lucidité. L’empathie pour le peuple palestinien que l’on côtoie quotidiennement lors d’un voyage en Cisjordanie dans l’oppression ne doit cependant pas obscurcir la faculté de jugement. Il y a des assassins en Israël c’est un fait inhérent à la place d’occupant, mais il y en a aussi en Palestine, elles aussi victimes du fanatisme. Le récent attentat d’Haïfa en est une bien triste preuve ; tout comme les bombardements des F-16 de l’IDF. J’ai mis quelques liens vers des associations dissidentes israéliennes dans la page consacrée à cet effet. J’espère ainsi montrer qu’il existe une résistance sur place, aussi fragile soit-elle depuis la seconde Intifada. La volonté de ces liens est aussi d’éviter aux gens de tomber dans des maladresses, des amalgames et des facilités manichéennes voulant faire d’Israël et donc des Israéliens autres choses que ce qu’ils sont : un peuple désorienté à la recherche de sa Matzpem.

Villes martyres, Hebron, 14.07.2003

Salut a tous, le voyage rallongé d une semaine, des nouvelles perspectives s’offrent a nous. J’ai dû quitter Dheishe, le camp de réfugié Bethlehem construit en 1954, pour Tel-Aviv afin de changer mon billet et les idées... je vous passe les détails administratifs... Dheishe est une concentration au sens premier du terme : 12 000 personnes sur un demi km², plus exactement une bande de 500 m de large sur 1 km de long. La tension y est très forte, nous avons rencontré des gens du collectif Ibdaa, un centre culturel financé en partie grâce à leur troupe de danse traditionnelle. La population y était littéralement parquée jusqu'à peu de temps. La seule sortie était un tourniquet renforcé par lequel juste une personne à la fois pouvait sortir. la ville de Bethlehem vient d’être remise sous autorité palestinienne, selon les habitants du camp de réfugiés cela ne change rien et de toute façon la police n'ose même pas y rentrer [dans le camp] tant c’est chaud. Concrètement notre statut d’International et qui plus est de Français est une chance inconsidérable (merci Chirac ha ha ha). Accompagnés par un jeune du camp nous avons fait le tour du camp bien rapide et au combien explicite. Il nous a raconté le couvre-feu de trois jours durant lequel toute personne sortant de chez elle était tirée à vue, les jeunes soldats (israéliens) terrorisés par les ruelles étroites, les chars dégageant les murs pour faciliter l'entrée des troupes, les impacts de balles, les graffitis faucille et marteau ou Che Guevara disséminés un peu partout, accompagnant comme un dernier hommage des affiches à l’image des martyres. Si nous n’avions pas été accompagnés cela aurait été plus que tendu. Mais comme à chaque fois l'hospitalité palestinienne a été au rendez-vous... Cependant au-delà du sourire des enfants, la douleur et la souffrance, les 99% de chômage et autres frustrations quotidiennes sont plus que perceptibles. Un jeune homme nous a raconté calmement, avec un recul plus que surprenant, comment il travaillait avant l’interdiction de quitter Bethlehem. Afin de nourrir ses enfants il devait construire les colonies autour de son camp, en construisant les colonies, il aidait le développement des implantations sionistes, en aidant ce développement il creusait sa propre tombe...

Après la virée administrative à Tel-Aviv, j’ai laissé les autres à Jérusalem pour partir a Hebron, d’autres aventures m’y attendant. La ville étant bouclée, il a fallu prendre 3 taxis rejoignant chaque portion de route coupée a travers les champs ou les monticules de terre. Les 3 loustiques m’ont rejoint en début d'après-midi. Nous sommes allés a la rencontre des TIPH, "force" d'observation internationale visant à faire des rapports sur le quotidien d'Hebron, nous avons rendez vous demain matin...




La ville d’Hebron est sous couvre-feu pendant le Shabbat, des colonies sont en effet installées en plein centre de la vieille ville. Nous avons visité ce qui correspond à l’ancien souk avec un activiste du CPT, militants pacifistes protestants. Ils aident à rédiger des rapports sur les violations des droits de l’Homme et autres humiliations. Leur centre d’observation est installé à la limite entre les colonies et le quartier palestinien. En signe de bienvenue à deux observateurs noirs, les colons, d’origine principalement française, ont marqué sur le mur d’en face : « White power, kill all nigers », tout un programme... Les rues du souk sont quasi désertes à l’exception des enfants jouant aux billes, avec leur vélo, ce qu’ils trouvent... Notre camarade du CPT nous explique le bouclage de la ville par l'armée, le rôle (occasionnel) tampon de Tsahal entre les colons et les Palestiniens mais aussi la différence de traitement et l’injustice quotidienne. Si un enfant palestinien balance une pierre ou un cocktail, alors il y a couvre-feu sur la ville. Si un colon tire sur un Palestinien, alors couvre-feu sur la ville pour éviter les débordements... Les rues sont criblées d’impact de balles, certaines rues trop étroites sont définitivement fermées, sécurité oblige... des check-points tout autour, des abris blindés, camouflés, des soldats nous tiennent en joue de derrière leurs bunkers... rien à voir avec le paintball...

Cette visite de plus d’une heure a encore une fois été des plus instructives. Notre hôte du CPT nous expliquait en quoi il retrouvait les délires racistes du KKK, où en plein Harlem ces derniers ont installé un espace "White pride". Il nous a aussi, lui, ce témoin blanc et protestant, affirmé le caractère raciste de la politique israélienne mais aussi des Israéliens. Ce dernier n’hésite pas à qualifier ce qu'il se passe de "quiet ethnic epuration", celle-là même qui pousse les gens à quitter leur pays par tous les moyens possibles. Toujours selon lui et comme le disent de nombreux observateurs, Isra'hell (slogan anarchiste israélien) ne veut pas de la paix... L’analyse est simple et compliquée en même temps, de quoi faire un autre message ou animer les prochaines soirées de discussions... Ce qui est sûr, c’est que nous avons franchi un pas de plus dans le non-sens et l’horreur et nous n’en avons vu que les stigmates... Je n'ai qu'un seul regret, celui de ne pas avoir un boîtier numérique pour vous transmettre en direct les images...

Plus de photos sur le site de Yann Derais

Yann Derais
mise en ligne : 11.12.2003




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