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L'économie


L'administration d'occupation a organisé le siège de l'économie palestinienne au bénéfice des colonies et d'Israël.

Pour permettre l'implantation des colonies, Israël a non seulement utilisé toutes les possibilités politiques de faire taire le peuple occupé (prisons, tortures, humiliations etc..) mais a déployé dès le départ un ensemble de mesures discriminatoires visant à détruire l'autonomie de la société et de l'économie palestiniennes.

Par la force et par un ensemble d'ordonnances délivrées par l'autorité militaire puis civile d'occupation, on a confisqué les terres nécessaires au plan d'aménagement des colonies, les principaux puits, empêché les Palestiniens d'en forer de nouveaux ou de plus profonds ou de les entretenir. Les systèmes d'irrigation se sont trouvés asséchés et l'agriculture palestinienne a décliné, laissant inoccupée une grande partie d'une population majoritairement rurale. On a fermé les banques locales pour implanter des succursales de banques israéliennes. Aucun crédit, aucune autorisation, aucun permis n'a été délivré pour la construction ou l'agrandissement d'une usine ou d'un atelier. Les Palestiniens étaient tenus de se fournir auprès des opérateurs israéliens. Les territoires sont vite devenus des débouchés importants pour ces derniers et les colons des alentours. Le secteur du tourisme palestinien a lui aussi été très fortement touché par l'absence d'autorisation : pas une licence de guide n'a été octroyée à un agent palestinien, pas une agence n'a pu être créée ni un hôtel construit pendant plus de 35 ans. Dès que la population palestinienne proteste sous une forme ou sous une autre, l'autorité d'occupation n'hésite pas à couper l'eau ou l'électricité des villages récalcitrants des semaines durant.

Les Palestiniens ont donc cherché à s'employer chez leurs voisins arabes mais aussi en Israël où l'activité économique était florissante. Pour nourrir sa famille, un agriculteur palestinien ainsi désoeuvré se verra souvent obligé d'aller construire les maisons des colons voisins, qui vont au fil des années user et abuser de cette main d'oeuvre peu chère et asservie. Certains entrepreneurs palestiniens n'hésiteront pas longtemps à trouver des compromis avec l'occupant en développant des industries de sous-traitance pour les firmes israéliennes.

Ainsi en 30 ans, Israël aura rendu l'économie palestinienne tout à fait captive en la centrant exclusivement sur ses besoins et ceux des colonies.

Malgré les apparences, "Oslo" n'a rien changé à la mainmise israélienne sur la population palestinienne. Le découpage territorial, les accords économiques négociés à Paris et la politique de "sécurité israélienne" ne font qu'entretenir une dépendance économique quasi irréversible. Les modalités de l'activité économique en Palestine et de ses "échanges avec Israël" privent les producteurs de terres fertiles, d'eau, de possibilités d'investir dans le packaging et la réfrigération, enfin du contrôle de leurs marchés intérieurs et extérieurs.


Les conséquences économiques d'Oslo


Suite aux différents redéploiements qui ont permis un meilleur "quadrillage" des régions occupées et après la signature des accords, les Israéliens, sous prétexte de garantir la sécurité d'Israël, ont pu boucler les territoires palestiniens pendant de nombreux jours, de façon totalement imprévisible. Ceci s'est avéré désastreux pour les activités palestiniennes, tant sociales, éducatives qu'économiques. Entre 1993 et 1996, on estime que ces bouclages ont fait perdre à l'économie palestinienne plus de 6 milliards de $, soit l'équivalent d'une année d'activité économique. Ces dernières années, ces bouclages ont été moins nombreux mais ont continué de perturber fortement les activités palestiniennes. Le niveau de vie réel palestinien a diminué façon drastique passant d'environ 1800 $ par habitant à 1400 en 1996. Aujourd'hui, c'est près du tiers de la population de Cisjordanie et la moitié de celle de Gaza qui vit en dessous du seuil de pauvreté.

L'eau reste aux mains des Israéliens.

Alors que la contribution des ressources palestiniennes au système aquifère de la Palestine historique (Israël et les territoires occupés) est de l'ordre de 47 %, la population palestinienne n'a accès qu'à 14% de l'eau disponible. Les nappes souterraines de Cisjordanie et de Gaza fournissent 724 millions de m³ (mm³) par an, mais les Palestiniens n'ont accès qu'à 257 mm³. En surface, les deux tiers des eaux provenant de la vallée du Jourdain (1300-1500 millions de m³ par an) sont utilisées par Israël et ce qui arrive dans les territoires palestiniens est impropre à la consommation (on y mesure un taux de chlore supérieur à 8000mg/l).

La distribution de cette eau dans les territoires est assurée par Mokerot, une compagnie israélienne. Cette compagnie privilégie les colons dans les territoires tant par les volumes d'eau distribués que par les prix pratiqués. On estime qu'en 1996, la consommation annuelle d'un colon s'élevait à 380 m³ en Cisjordanie contre 84 m³ pour un Palestinien de la même région et 357 m³ pour un Israélien. Cette même année, le prix facturé aux colons pour usage domestique était de 0,7$ le m³, de 0,16$ pour l'irrigation. Les Palestiniens doivent payer un prix unique de 1,3$ le m³.

Le problème de pénurie d'eau se double en effet d'une pollution aggravée. De nombreuses rivières palestiniennes et leurs eaux souterraines ont été polluées en amont par des décharges, des pesticides et engrais ou des activités industrielles israéliennes trop polluantes pour les standards israéliens et qui de ce fait se sont implantées en territoire palestinien. Gaza est selon la Banque mondiale un des cas les plus graves au monde : les productions agricoles y sont arrosées à l'eau de mer depuis quelques années déjà sans qu'aucun règlement israélo-palestinien n'ait été trouvé. Malgré toutes les conventions internationales (4ième convention de Genève notamment et l'accord d'Oslo II), les concessions d'Israël aujourd'hui se limitent à des rencontres multilatérales avec "échanges" d'information et de statistiques et l'encouragement fait aux Occidentaux de construire des usines de désalinisation ou de "dépollution" israélo-palestiniennes.



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