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Un racisme corse


« I Arabi Fora ». L'inscription recouvre de nombreux murets, poteaux électriques, arbres ou maisons en ruines le long des routes corses. Parfois, on la retrouve en ville, aux détours d'une ruelle, ou bien visible sur un mur. « Les Arabes dehors », jeté à la face des quelques milliers d'immigrés et d'étrangers maghrébins de Corse, principalement des Marocains. La phrase choque certes, mais elle est sans doute encore plus violente du fait même qu'on puisse la lire aussi régulièrement, et sans qu'elle ne disparaisse... car comment pourrait-elle s'effacer d'elle-même ? Il faut dire qu'ici, on n'est sans doute pas plus raciste qu'ailleurs (du moins il est possible de le croire, sans pour autant pouvoir l'affirmer) ; mais bien plus qu'ailleurs, les racistes s'expriment, sont visibles, ne se cachent pas derrière une peur ou une discrétion auxquelles sont habitués ces mêmes haineux sur « le continent »…

Une trentaine d'actes racistes violents perpétrés en Corse pendant le premier semestre 2004. Entendons : charges d'explosifs dans des bâtiments, des voitures, des maisons en construction, appartenant tous à des Maghrébins. Revendiqués parfois, par des groupuscules fascistes clamant souvent – mais pas tout le temps – leur appartenance à une idéologie nationalisto-xénophobe corse qu'ils ne conçoivent pas sans une forme d'épuration ethnique au sein de l'île. Et de l'huile sur le feu, jetée par certains grands pontes nationalistes aux discours puant le racisme à plein nez ; n'oublions pas que parmi les cadres du FLNC de la première heure se disséminaient ici et là des anciens de l'OAS et des soutiens au putsch d'Alger, des pieds-noirs haineux de ne plus être chez eux là-bas et déterminés à être les maîtres ici… Evitons cependant d’établir trop hâtivement une corrélation entre racisme et nationalisme, car l’un va sans l’autre, et vice versa.

Mais le mal n'est pas qu'historique, et de nombreux jeunes Corses d'aujourd'hui – comme partout en France – ne savent rien ni de cette histoire coloniale à laquelle participèrent activement (et par la force des choses, comme ailleurs) des membres de leur famille, ni de ces goumiers marocains venus aider à libérer la Corse et tombés au col de Teghime en 1943, près de Bastia... Et leur haine se nourrit de cette ignorance et de biens d’autres ingrédients, et les transforme en une intolérance exacerbée qui se heurte parfois à la jeunesse d'origine maghrébine, issue d'un prolétariat « importé » du Maghreb, qui a vécu longtemps la tête baissée et en rasant les murs, et qui désormais fait partie intégrante de la société corse, que certains le veuillent ou non.

Au beau milieu de l'île se dresse « Avà Basta » (« Maintenant, ça suffit »), principale association anti-raciste corse, qui a choisi de fédérer une partie la plus large possible de la population pour dénoncer le racisme, le prévenir, et accueillir les immigrés. On ne pouvait donc mieux faire pour évoquer l'immigration maghrébine et le racisme anti-maghrébin en Corse que de donner la parole à Avà Basta, ici représentée par son secrétaire général Patrice Bossart.



Pouvez-vous pour commencer nous présenter l’association Avà Basta et les actions qu’elle mène ?

Avà Basta : L’association a été créée en août 1985. Elle travaille sur plusieurs axes. L’axe principal est la lutte et la sensibilisation contre le racisme, en Corse et, plus largement, sur le plan national : nous avons un travail constant de sensibilisation au respect de l’autre : interventions dans les écoles, les débats publics, les médias, etc… D’autre part nous travaillons sur l’accueil social des personnes étrangères. On peut également dire que nous sommes une association solidaire de l’immigration. L’accueil social consiste à aider les immigrés dans toutes les démarches administratives quelles qu’elles soient, dont la constitution de dossiers de régularisation du séjour pour les personnes en situation irrégulière. Soutien au primo-arrivants, aussi, etc... Nous avons également des partenariats, plus au plan international qu’au plan national. Nous participons par exemple tous les ans au Forum social européen. Après, ce sont des relations diverses : l’année dernière nous sommes par exemple partis au Maroc pour le changement du statut de la femme, car nous avions été invités par la Ligue démocratique des femmes marocaines.


Qu’en est-il des personnalités qui composent l’association ?

Avà Basta : Nous ne sommes pas tous de même horizon politique. C’est assez rare en Corse : nous sommes ce qu’on pourrait appeler une structure transversale, où se retrouvent des gens de tous partis, sauf bien entendu d’extrême-droite. On a des gens de droite, des gens de gauche, des communistes, des autonomistes, des indépendantistes. On a de tout.


Votre démarche est originale, surtout au sein de la société corse. Subissez-vous des pressions ou des menaces ?

Avà Basta : Il y a eu des attentats à Ghisonaccia où nous avons dû renoncer à avoir une permanence, et une tentative en mars 2003 en plein centre d’Ajaccio ; heureusement, la bombe n’a pas explosé. Ces agressions n’ont pas été revendiquées. Il nous arrive par ailleurs de recevoir régulièrement des menaces ; mais on est toujours là et on dit toujours ce qu’on pense. C’est surtout notre présidente Noëlle Vincensini qui est visée, de par son statut : c’est une ancienne Résistante déportée, et elle a un certain charisme et une grande fermeté sur ce qu’elle a à dire ; elle ne se laisse pas marcher sur les pieds.


Comment êtes-vous subventionnés ?

Avà Basta : On fait des demandes, mais bien souvent nos dossiers sont « perdus »… C’est véridique. Ca fait plusieurs années que dans un organisme dont je tairais le nom, parce qu’à priori on va réussir à se faire accorder de l’argent cette année, ils perdent nos dossiers ; pourtant ils sont remis en main propre. L’autre jour j’ai appelé pour savoir si on nous accordait quelque chose ou pas, ils nous ont dit qu’ils ne trouvaient plus nos dossiers. Une femme m’a dit « mais si vous connaissez une personne qui est membre de notre structure, vous pourrez vous faire appuyer ». Je lui réponds « mais vous les avez perdus ou vous ne les avez pas perdus ? » ; elle me dit « non, non, on les a perdus, mais vous devriez en parler… ». Le Conseil général de Haute Corse nous subventionne très bien car il est près de ces problèmes-là, et on a avec lui de très bonnes relations de travail. Concernant l’Assemblée de Corse, le social n’est pas de ses compétences. En Corse du Sud, c’est différent, car on n’a pas ce qu’on espère, à part avec la Direction de la solidarité et de la santé. Et on fonctionne grâce au Fonds d’action sociale pour les travailleurs immigrés et leurs familles et contre les discriminations (FASILD) qui nous subventionne principalement.


Y’a-t-il un système d’adhérents à l’association ?

Avà Basta : Notre association compte à peu près 240 adhérents sur l’ensemble de la Corse, ce qui n’est pas mal. Lorsqu’on intervient sur une affaire de racisme, ayant des adhérents sur l’ensemble de la Corse, et nous trouvant dans une petite société où l’on sait plus ou moins tout, on mène toujours nos petites enquêtes sur ce qui se dit, ce qui s’est passé, etc.


Des chiffres officiels parus dans Le Monde du 27 juillet 2004 font état d’un nombre considérable d’actes racistes violents commis en Corse pendant le premier semestre 2004 : au moins une trentaine. Estimez-vous qu’il existe un racisme spécifique à la Corse ?

Avà Basta : Par rapport à la population, c’est un nombre important et inquiétant. Je pense qu’il y a un problème que l’on doit aborder, qui est le problème identitaire. Il y a un problème identitaire qui concerne la jeunesse corse, qui se cherche, en rapport avec la langue, la culture corse, etc. Et d’autre part, il y a le problème des jeunes Maghrébins, nés ici, qui vivent et travaillent ici, qui dans leur pays d’origine sont considérés comme des étrangers, et qui, ici, sont aussi considérés comme des étrangers. Et on arrive à un problème entre les deux communautés, et je pense qu’il faut faire attention d’un côté comme de l’autre aujourd’hui. Cet hiver, il y a eu des débordements entre jeunes sur l’ensemble des établissements scolaires de Bastia, et des affrontements violents dans la rue, en particulier dans la rue Droite, dont le point de départ aurait été le refus par des jeunes Maghrébins de faire la minute de silence suite aux attentas de Madrid du 11 mars 2004. Par ailleurs, j’aimerais souligner autre chose : la presse, Corse-Matin en premier, a une sorte de facilité à classer de nombreux actes comme actes de racisme. Il y a peu de temps, une voiture a été incendiée dans la rue Droite, et il s’est avéré que c’était un règlement de compte, et pas un acte de racisme ; or la presse racontait le fait sous l’encart « attentat raciste ». Il faut aussi se méfier de la presse. Aujourd’hui, concernant le racisme, on en arrive à la même dérive que pour le nationalisme : la Corse est très médiatisée. Il y a une sur-médiatisation des actes, des paroles. Depuis que le procureur général a parlé du racisme – et il a eu raison – toutes les presses, radios et télévisions veulent en faire leur une. Comme par hasard, c’est maintenant qu’on a tout le monde, alors que ça fait bien longtemps qu’on envoie des communiqués de presse à l’AFP. Maintenant que c’est une « cause nationale » décidée par Jacques Chirac, les journaux viennent. Après, certains journalistes ne veulent pas comprendre qu’il y a en Corse des paramètres particuliers qu’il faut prendre en compte ; mais ils veulent systématiquement que l’on dise que ce sont les nationalistes qui sont responsables des actes racistes. Alors que nous, de par nos relations et nos échos, on tend plus à dire que les responsables sont des milices d’extrême-droite. L’ensemble des mouvements nationalistes ont condamné les actes ; à une époque ce n’était pas le cas et on l’avait dénoncé. Malheureusement, les nationalistes ne contrôlent pas leur base.


Qu’est-ce qui vous permet d’opter pour l’hypothèse d’actes commis par des milices d’extrême-droite ?

Avà Basta : Dans certaines manifestations racistes, on a pu identifier les auteurs des tracts diffusés. Les termes de ces écrits ont été retrouvés dans de larges diffusions de tracts et dans les inscriptions racistes sur les murs. Même quand les actes racistes au quotidien relevant de la haine de l’autre viennent souvent d’une nébuleuse de la base de mouvements qui se réclament du nationalisme, l’influence de l’idéologie de l’extrême-droite est patente. Par ailleurs, dans certaines lettres de menaces qu’on a reçus, on nous disait « vous laissez faire le racisme anti-Français »…


Au sein de la classe politique nationaliste, on a tout de même parfois pu entendre des discours proches de l’extrême-droite concernant les immigrés maghrébins, sans compter le fameux slogan « I Francesi Fora » qui accompagne bien souvent les graffitis « FLNC ».

Avà Basta : Il faut remettre ça dans son cadre bien particulier. Le problème aujourd’hui en Corse vis-à-vis des immigrés n’est pas le même que celui du racisme anti-Français. Concernant le racisme anti-Français, c’est un problème politique venant d’une partie des nationalistes ou des indépendantistes. Les nationalistes qui adhèrent chez nous sont au contraire pour la « Communauté de destin » : toute personne qui vit en Corse depuis un certain temps est corse, fait partie de la communauté corse. Nous n’acceptons pas les paroles de certains nationalistes, ni les inscriptions « I Francesi Fora » sur les murs, qu’on demande aux autorités d’effacer. En effet, si certains ont le droit de penser que la domination française est néfaste pour la Corse, c’est une opinion, s’attaquer aux individus en fonction de leur origine, dont la française, est pour nous un acte de racisme.


On a le sentiment qu’en Corse il y a une certaine facilité voire une forme d’impudeur dans l’expression de propos racistes archaïques et haineux.

Avà Basta : Quand nous avons créé Avà Basta en 1985, le racisme était meurtrier : sur une étude de presse de 1980 à 1985, dix huit meurtres racistes apparaissaient, et plusieurs dizaines d’agressions. Chacun de nous avait eu connaissance d’autres meurtres et agressions qui n’apparaissaient pas. Depuis, les débats et leur médiatisation, nos constitutions en Partie Civile dans certaines affaires, la permanence des échanges, notamment en milieu scolaire, ont fait que maintenant le moindre acte raciste connu choque, fait scandale. Avant, les immigrés rasaient les murs, ombres impersonnelles. Ils existent maintenant, à part entière dans notre société. Cette évolution témoigne de notre travail. Certes, le racisme ordinaire progresse ici comme partout. Il est vrai qu’en Corse la violence vient facilement au bout des sentiments, et le racisme est complètement irrationnel. D’autre part, nous sommes dans une société de proximité où tout événement a un effet redondant. Dans les grandes concentrations démographiques, les actes racistes apparaissent moins.


On a pu remarquer à plusieurs reprises dans le journal Corse Matin que les auteurs de délits maghrébins voyaient leur nom et prénom apparaître dans les articles tandis que les Corses étaient évoqués beaucoup plus allusivement.

Avà Basta : A vrai dire, ça ne dépend sans doute pas uniquement du journaliste, mais aussi de la police et de la justice, qui communiquent ou qui ne communiquent pas. On échange avec la police et la justice sur ces thèmes dans le cadre de la CODAC, qui est la Commission départementale d’accès à la citoyenneté, et qui nous permet de traiter des cas de discrimination dans les administrations et institutions : la justice, la gendarmerie, la police, l’Education nationale, la Direction du travail, etc. Quelquefois, dans la presse nationale, les « Corses » subissent le même sort.


Le racisme est-il un sujet qui interpelle les hommes politiques corses ?

Avà Basta : Nous venons de lancer un appel à l’ensemble des partis politiques, des syndicats, des religions et des citoyens pour un rassemblement le 18 septembre 2004, et on verra bien si ces gens-là se mobilisent. En tout cas, presque l’ensemble des partis politiques ont condamné les actes de racisme de ces derniers temps. Est-ce que ça restera des mots ou est-ce qu’ils passeront à l’acte ? Je n’en sais rien, mais nous espérons des actions. Je pense que nous sommes sur la bonne voie. Mais jusqu’à présent, ils ont été absents, dans l’ensemble, de la lutte antiraciste.


Concrètement, quelles actions pourriez-vous envisager ?

Avà Basta : Nous continuerons le travail spécifique d’Avà Basta au quotidien. Je ne peux pas vous dire exactement ce qui va se décider à ce rassemblement. Espérons qu’on tombera d’accord sur des actions communes. Ce peut être des grandes manifestations, des soirées culturelles, ou encore des pressions sur la politique de la ville, etc.


Les associations antiracistes nationales comme SOS Racisme ou le MRAP s’intéressent-elles au racisme en Corse ? Ont-elles des relais dans l’île ?

Avà Basta : Non. Nous avons des rapports corrects. Mais elles ne s’intéressent pas à la Corse. Certains mouvements nationaux ont voulu qu’on se fédère avec eux, mais nous voulons garder notre liberté d’expression. Nous n’avons rien contre ces associations, au contraire. Mais à situation particulière, réponse particulière. Avà Basta représente la volonté des Corses de se responsabiliser face à leurs propres problèmes de racisme.


Existe-t-il des « élites » ou des personnes influentes au sein de la communauté maghrébine qui pourraient prendre une certaine mobilisation en charge ?

Avà Basta : Les immigrés travaillent essentiellement dans le bâtiment et l’agriculture. Dans notre association, en tant que salariées, il y a deux secrétaires-interprètes. Certains travaillent dans le social. Dans des postes hauts placés et bien payés, ils sont très peu nombreux. Les étrangers représentent en Corse 10% de la population, soit 26 000 personnes. On ne compte pas dans ces chiffres ceux qui ont acquis la nationalité française. Nous réglons quelquefois des problèmes par l’intermédiaire de personnes ayant une réputation de sagesse et de confiance parmi eux.


On a l’impression, et ça a été notamment le cas lors des événements de la rue Droite, qu’il y a au sein de la communauté maghrébine corse une peur de s’exprimer et de dénoncer le racisme.

Avà Basta : La communauté maghrébine ne souhaite généralement pas s’exprimer, même s’il y a des exceptions. Après, témoigner dans les médias, c’est plus difficile pour eux, même à la radio, parce qu’ils ont en effet cette peur des représailles. Et il y a des familles qui quittent la Corse. Concernant l’absence de témoignages, pour certains cela s’explique par la peur, mais pour d’autres c’est aussi en rapport avec la façon de vivre ici, en Corse : ne pas parler ; et les jeunes d’origine maghrébine nés ici se comportent comme des Corses, qu’ils sont. Donc il y a très peu de témoignages. Et c’est aussi ce qui rend notre travail très difficile. Il existe des organisations d’immigrés, mais elles refusent bien souvent de s’exprimer. Il y a une organisation de Musulmans à Ajaccio, une association de Tunisiens aussi. Ici, à Bastia, il y a une association de jeunes qui vient de se monter dans la rue Droite. Il y a également une association au niveau de l’Université de Corte.


Il y a justement un certain nombre d’étrangers, notamment du Maghreb, à l’Université de Corte.

Avà Basta : Oui, il y a une ouverture importante sur la Méditerranée. En revanche, la plupart n’ont pas de bourses, et ils ont des conditions de logement précaires. Nous devons rencontrer les dirigeants de l’Université prochainement afin d’essayer d’améliorer les conditions de vie de ces étudiants. Ce n’est pas tout d’ouvrir l’Université vers l’étranger, encore faut-il qu’il y ait un minimum d’accueil. Pour l’été par exemple, ils ont du quitter leur chambre avec coin cuisine pour se retrouver dans des chambres toutes simples où ils n’ont même pas le droit d’avoir de réchaud, alors qu’ils n’ont bien-sûr pas les moyens d’aller au restaurant midi et soir.


Des attentats anti-Maghrébins ont aussi été perpétrés dans le cadre d’une pseudo-lutte contre la drogue, de la part de mouvements comme Resistenza Corsa ou I Clandestini Corsi…

Avà Basta : Le procureur général de Bastia a déclaré que « l’idée très largement partagée par les groupuscules extrémistes selon laquelle les infractions sur les stupéfiants seraient le fait des Maghrébins de l’île », est « statistiquement fausse ». Donc c’est un prétexte. Il existe des dealers, de drogue douce principalement, dans la jeunesse maghrébine, mais pour les grosses affaires de drogues dures, ce sont les nationaux blancs de peau.


Comment expliquer la faible implantation du Front National en Corse, que l’on peut analyser comme étant quelque peu paradoxale ?

Avà Basta : Ca s’explique sans doute par le problème du clanisme, qui fait qu’en Corse on ne peut apprécier les votes comme au niveau national : généralement, en faisant partie d’un clan, vous votez pour une personne et non pour des idées politiques. Il y a des clans qui sont formés depuis de longues années, et il y a une fidélité remarquable : on n’en change pas. Par contre, il y a eu une augmentation des chiffres du Front National aux dernières élections ; ceci étant, le Front National prônait il y a quelques années un Etat unique et uni, tandis qu’aux dernières régionales le parti a pris ici le nom de « Front National - Fiama Corsa », en revendiquant la langue, la communauté corse. C’est donc un virage à 180 degrés. Mais ils n’ont aucun siège au niveau de l’Assemblée de Corse.


Quel est votre point de vue sur les lois françaises concernant l’immigration ?

Avà Basta : L’ordonnance du 2 novembre 1945 a été modifiée le 26 novembre 2003. Il y a un seul point positif dans cette loi : tout enfant qui était rentré en France avant l’âge de 10 ans pouvait bénéficier d’un titre de séjour s’il avait eu cinq ans de scolarité ; maintenant, M. Sarkozy a passé à l’âge de 13 ans. Il y a eu par contre un durcissement de la loi quant aux conditions d’entrée : toute personne n’ayant pas un visa d’entrée en France, quel que soit le motif, ne peut plus être régularisé. D’autre part, il y a un nouvel article qui dit que toute usurpation d’identité ne donne plus le droit à régularisation. Troisième chose, pour le mariage d’un Français et d’un étranger, un an de vie commune permettait auparavant une régularisation ; nous sommes passés à deux ans. Et en ce qui concerne les titres de séjour provisoires, on était à trois ans et on est passé à cinq ans, c’est-à-dire qu’on délivre cinq fois un an avant d’avoir le droit à un titre de séjour de dix ans, et entre chaque année le demandeur doit fournir une série de justificatifs de revenus lui permettant de subvenir à ses besoins, etc.


L’accueil des immigrés en Corse est-il particulièrement délicat et compliqué, notamment sur le plan administratif ?

Avà Basta : Ici, c’est comme partout. Les démarches administratives sont difficiles. La plupart des immigrés ne connaissent pas leurs droits ou ont du mal à les faire appliquer, et on relève des cas de discrimination dans certaines administrations. C’est pourquoi nous avons deux salariées secrétaires-interprètes. Globalement, il est vrai que les problèmes particuliers de la Corse induisent des difficultés particulières.


Propos recueillis le 9 août 2004 à Bastia par ACS-1 et JB


PJ
mise en ligne : 17.09.2004




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