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Quoi qu'on en dise, la presse alternative ne se porte pas si mal. Les initiatives locales persistent à apporter de l'info fraîche et non soumise à des intérêts politiques et commerciaux ; les sites internet fleurissent et contribuent à l'expansion et la large diffusion d'articles de qualité. Mais quid de la presse nationale ? Il nous manquait un journal à la fois bien informé et satirique, énervé et souriant, dénonciateur des saloperies quotidiennes et défenseur des initiatives contraires. Une hérésie ? CQFD tient le pari, et publie chaque mois seize pages à ne pas manquer. Sous le soleil aoûtien de Marseille et autour d'un verre, c'est François Maliet, membre du comité de rédaction, qui répond à nos questions...


Dans un article sur CQFD paru sur le site d’Acrimed, Olivier Cyran dit « Ce qu’on fait n’est pas plus important que la manière dont on le fait ». Après 14 numéros parus, avez-vous le sentiment que vos choix de fonctionnement se révèlent tenables à long terme ?

François Maliet : Ca dépend quel angle. En terme d’organisation, ça tient : c’est-à-dire un journal de chômeurs, avec un comité de rédaction mais sans rédacteur en chef, et pas seulement élaboré avec des professionnels ou des gens qui viennent du journalisme ; on arrive à avoir un comité de rédaction hétéroclite et une organisation le moins hiérarchique possible. Après, sur le côté « journal de chômeurs », ça devient un petit peu plus difficile, en termes financiers : il y a des gens qui sont permanents au journal pour que ça fonctionne, certains au RMI, d’autres au chômage, avec des fins de droits qui arrivent, etc.


Comment sont prises les décisions rédactionnelles ?

François Maliet : Le comité de rédaction se réunit deux à trois fois par mois pour mettre au point le numéro à sortir. Il y a trois secrétaires de rédaction, qui sont permanents, et qui appliquent tant bien que mal les décisions prises au sein du comité de rédaction. Je dis tant bien que mal parce que quand tu es au boulot tous les jours et qu’il faut envoyer le journal chez l’imprimeur à l’heure dite, pour le sortir à l’heure dite, tu te retrouves des fois devant des articles qui n’arrivent pas, des dessins qui sont un peu décalés et que tu ne peux pas mettre, etc. Il y a des choix à faire, et les secrétaires de rédaction font parfois ces choix de dernière minute. Mais on limite au minimum, et dès la sortie du journal on refait une réunion avec critique du journal, tant dans le fonctionnement – comment s’est passée l’organisation, comment s’est passé le bouclage – que sur le fond.


Sur la question du financement, vous restez notamment bien attachés à proscrire toute publicité.

François Maliet : C’est statutaire, sans qu’il y ait eu besoin d’en parler. Et même si on a quelques emmerdes financières, la question ne se pose pas. Je crois qu’on n’en arrivera pas là ; si on doit arrêter on arrêtera, mais on ne prendra pas de pub.


Le journal a plusieurs fois fait appel au soutien et à l’aide de ses abonnés, notamment récemment pour procéder à un état des lieux de votre présence en kiosques. Ces appels sont-ils suivis, efficaces ?

François Maliet : On commence à avoir pas mal de retours. On a fait des appels à soutien pour que des gens abonnent des amis, et ça a pas mal marché. On a eu également des soutiens financiers. D’ailleurs ce ne sont pas forcément des gens qui sont barjos du journal, mais des gens qui disent « j’aime bien CQFD, je ne suis pas toujours d’accord avec vous, mais c’est important qu’un journal comme le vôtre puisse exister aujourd’hui dans l’éventail de la presse politique ». Une des grosses difficultés que l’on a, c’est d’être visibles en kiosques : on y est depuis octobre 2003, et les ventes augmentent doucement. En fait, on s’aperçoit que dans nombre de points de vente, les kiosquiers reçoivent les journaux mais ne les exposent pas, ou alors très mal. Du coup, les gens ne trouvent pas le journal, les kiosquiers ne connaissent pas le titre, et on a énormément d’invendus. On ne vend que 15% de ce qu’on dépose aux NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne).


L’emprise manifeste des NMPP sur le marché de la distribution de la presse, ou encore l’affaire récente du rachat par Dassault de la Socpresse, confirment la prédominance des grands groupes dans l’édition. Etes-vous victimes de mises en difficulté directes de la part de ces groupes ?

François Maliet : Je ne pense pas qu’il y ait des pressions directes, mais ça se fait naturellement, vu la masse qu’ils brassent. Ce sont des structures qui sont faites pour les gros ; la merde d’Ardisson, Entrevue, ils en envoient 200 sur un kiosque et ils sont mis devant sur le comptoir parce que le kiosquier sait que ça va se vendre. Il n’y a pas vraiment de bâtons dans les roues mis parce qu’on est de la presse d’opinion, de la « petite » presse, mais c’est un système qui est fait pour les grosses structures. En terme de pognon, plus tu vends plus tu récupères. Nous on file entre neuf et dix mille exemplaires par mois aux NMPP. Même si ça nous a bien fait chier de passer par Lagardère, les NMPP étaient un passage obligé pour la distribution en kiosques…


Vous récupérez les invendus des NMPP ?

François Maliet : Non, ils sont détruits.


Vous faites également partie du réseau de la coopérative de diffusion Co-Errances.

François Maliet : Oui, c’est une coopérative basée à Paris. Ils font de la diffusion de bouquins, de cassettes vidéo – notamment de Pierre Carles –, de DVD, de revues artistiques comme Cassandre ou politiques comme EcoRev’, etc. Ils déposent chaque mois CQFD dans une centaine de points de vente en France. On a donc quatre systèmes de diffusion : les NMPP, Co-Errances, les abonnés, et la vente directe sur les tables de presse, pendant les manifs, . On tire entre dix-sept et vingt mille exemplaires chaque mois, dont deux mille partent aux abonnés, et trois mille à Co-Errances ; il nous en reste environ cinq mille tous les mois. On les stocke un mois ou deux et on les distribue pour faire connaître le titre.


Quel est l’avenir de structures parallèles de diffusion telles que Co-Errances ?

François Maliet : C’est toujours précaire, avec des gens à moitié salariés, à moitié intermittents, à moitié au chômage. Mais sans forcément rouler sur l’or, Co-Errances commence à se faire un nom : la structure se développe et ils sont présents dans pas mal d’endroits.


A CQFD, quelles sont vos lectures privilégiées en matière de presse ?

François Maliet : Pour l’actualité, on lit la presse quotidienne nationale (Le Monde, Libé) ainsi que la régionale (La Provence, La Marseillaise). Ensuite, on utilise régulièrement la presse satirique locale, dans laquelle il y a beaucoup d’infos : La Lettre à Lulu à Nantes, Fakir à Amiens, Le Satiricon à Toulouse. Par ailleurs, on reçoit en échange de presse à peu près une centaine de titres – militants, politiques, satiriques… Si on a fait CQFD, c’est parce qu’on avait un peu de mal à se retrouver dans ce qu’on pouvait recevoir et lire. On est tous dans des milieux politiques, militants, activistes, et on lit « nos » presses « spécialisées » ; avant CQFD on faisait un journal spécifiquement anti-militariste qui s’appelait Le RIRe (Réseau d’Information Réfractaire), à petite diffusion. On a d’ailleurs gardé notre structure d’alors en association de loi 1901 pour faire CQFD. Mais nous ne trouvions pas de journal plus général dans lequel nous nous reconnaissions… Donc on s’est dit qu’on allait le faire.


Etes-vous ou vous sentez-vous particulièrement proches de certaines associations ou partis ?

François Maliet : Des associations, oui. Nous travaillons régulièrement avec des associations antimilitaristes, avec le MIB, avec des groupes de chômeurs comme AC !, avec des associations de soutien aux sans papiers, avec des groupes d’intermittents, etc. On participe avec eux à des actions, des manifs. Nous sommes aussi proches des organisations libertaires, sans forcément en faire partie : Alternative Libertaire, la Fédération Anarchiste, etc. Nous avons également des contacts avec des syndicats comme SUD ou la CNT.


Seriez-vous prêt à appeler au vote via le journal ?

François Maliet : Je ne sais pas… On ne l’a jamais fait…


Par exemple contre le Front National à Marseille ?

François Maliet : Je ne crois pas. A priori pas dans le journal. Mais le problème ne s’est jamais posé, ce qui est déjà une réponse en soi. C’est vrai que nous sommes beaucoup plus dans la politique « de terrain » que sensibles à l’appel des urnes.


Certaines personnes reprochent à CQFD le côté presque purement dénonciateur, très à charge.

François Maliet : Nous ne sommes ni un organe de propositions, ni d’alternatives : ce n’est pas notre objectif. Notre objectif est plutôt de donner de l’information pour alimenter les luttes. Il y a des gens, des structures, des associations qui se bougent, et nous avons envie d’une part de parler de ce que font ces gens-là, et d’autre part d’apporter des billes sur ces problématiques. Après, c’est tous ensemble qu’on fera des propositions.


La rubrique « Faux-Amis », dans laquelle vous dénoncez les dérives ou faux-semblants de nombreuses personnalités de gauche, est certainement plus ou moins bien perçue.

François Maliet : C’est vrai qu’il y a beaucoup de gens qui nous en veulent sur un certain nombre de « faux-amis »… On ne le fait pas en se posant en donneurs de leçon – on pourrait certainement nous en donner aussi – mais c’est histoire de faire un peu l’aiguillon au sein des luttes ; de savoir dire, à un moment : « par rapport au combat qu’on est en train de mener, là Roger tu déconnes un peu, là tu as merdé ». Le ton est parfois acerbe, un peu vif. On pique les camarades là où ça fait mal.


Savoir dénoncer les défaillances au sein de son propre « camp » est une vertu plutôt rare en matière politique et parfois associative. Par exemple on peut aujourd’hui constater chez les altermondialistes une tendance à une sorte d’aplatissement des revendications, provoqué par l’élargissement de leur public et de leur base militante, en terme de convictions politiques.

François Maliet : Cet élargissement peut sembler être une force… Mais c’est aussi ce qui fait les limites du mouvement, à force d’être à ce point ouvert, en ayant des lignes politiques très très larges. Si on regarde Attac, c’est un vrai merdier en termes d’obédiences, et quand il faut passer à des bagarres concrètes, ils sont vite limités.


Vous avez traité l’affaire autour de Daniel Mermet, qui a suscité de vives réactions, tout en prenant bien soin de préciser que vous aimiez et souteniez l’émission Là-bas si j’y suis. Cela montre aussi la difficulté qu’il peut y avoir à n’épargner personne.

François Maliet : Joëlle Levert n’était pas une collègue du journal, elle n’a jamais participé à CQFD. Mais quand tu sais qu’il y a ce mode de fonctionnement dans ses émissions depuis des années, et qu’il est couvert dans son propre camp car c’est à une heure de grande écoute sur France Inter et que si tu tapes sur Mermet tu n’y iras jamais, ça pose problème. Concernant l’histoire de Joëlle Levert, ce n’est d’ailleurs pas nous qui avons mis l’histoire sur la place publique, puisqu’elle avait publié une lettre sur le site d’Indymedia Nantes. On a relayé l’info.


La Croix-Rouge vous a intenté un procès en diffamation suite à la parution d'un article dans vos colonnes. Peux-tu nous faire un petit historique des faits ?

François Maliet : Dans le numéro 6 de CQFD, on a sorti une enquête de deux pages sur la Croix-Rouge, où on présentait cette organisation comme un palliatif de la politique sociale et répressive de l’Etat. Le président de la Croix-Rouge, Marc Gentilini, a demandé un droit de réponse qu’on a publié, mais dans le même temps, sans chercher à discuter, il a porté plainte pour diffamation. On passe en procès le 16 novembre 2004, et ce brave monsieur nous demande 65000 euros. Alors qu’un bon nombre de points que nous avons avancés sont avérés. Il a aussi porté plainte contre une association qui s’appelle Survivre au Sida, qui avait fait une action pour dénoncer le fonctionnement d’un des centres sociaux de la Croix-Rouge, et qui avait aussi écrit un article. La Croix-Rouge a gagné début juillet en première instance, l’association a pris 10000 euros d’amende, et son président, Reda Sadki, a pris quatre mois de prison avec sursis. On pense que Marc Gentilini est un monsieur qui a des visées politiques, et qu’il ne veut donc rien laisser passer. Il est aussi en conflit avec un certain nombre de salariés de la Croix-Rouge.


Comment préparez-vous votre défense ?

François Maliet : On a un avocat à Paris. On apporte des arguments pour étayer ce qui a été avancé dans l’article. Ca va être le chantier de la rentrée. C’est vrai qu’avec 65000 euros, il nous plombe. On a toujours possibilité de faire appel, mais pour un journal de chômeurs ça fait beaucoup.


Le journal picard Fakir est lui aussi sur la sellette (sauvé depuis, ndlr), le petit journal satirique alsacien Pumpernickel a été condamné en appel à une forte amende : l’attaque en diffamation semble être une mesure en vogue contre la presse alternative d’opinion.

François Maliet : Oui, depuis un moment ça a l’air de bien fonctionner. Mais je pense que ce n’est pas nouveau : à l’époque où Charlie Hebdo était un peu plus acerbe, je crois qu’ils ont eu pas mal de procès… Quand tu as les reins pour tenir ça va, mais quand ce n’est pas le cas cela peu se traduire par la fin d’un titre.


Le groupe de rap La Rumeur (dont l’un des artistes, Hamé, écrit régulièrement dans CQFD), est lui aussi attaqué en diffamation, par le Ministère de l’Intérieur. Vous qui écrivez régulièrement sur les violences policières, faites-vous particulièrement attention aux mots que vous employez ?

François Maliet : On fait gaffe aux mots qu’on emploie, mais surtout aux infos. On essaie de vérifier les infos et de ne pas écrire n’importe quoi. Surtout qu’avec Internet aujourd’hui, tu peux faire du « journalisme Google » : tu prends un sujet, tu tapes sur Google et tu obtiens 25 pages, puis tu fais une compilation et tu choisis… Alors qu’on trouve tout et n’importe quoi. On essaie de limiter de plus en plus ce mode de boulot, en allant chercher l’info à la source, en se déplaçant et en interrogeant les gens ; et en les enregistrant autant que faire se peut, pour avoir des preuves en cas de procès par exemple.


Quels sont les associations ou organismes avec lesquels vous êtes en contact pour la recherche des informations ?

François Maliet : Concernant la question de la police et de la justice on bosse pas mal avec le collectif Résistons Ensemble, le MIB, et l’AFFLID à Lyon. Sinon, il y a le syndicat Sud, ce qui reste de groupes anti-militaristes en France – et ce n’est pas la panacée –, etc. Et il y a des gens qui nous envoient parfois des infos : par exemple, pour l’article sur l’hôpital de Berck, ce sont des salariés syndiqués à SUD qui nous ont envoyé un dossier sur ce qui s’était passé.


Jean-Marc Rouillan, condamné à perpétuité pour ses actions avec l’organistion Action Directe, écrit pour CQFD une chronique mensuelle. Comment s’est fait le contact ?

François Maliet : On est rentrés en contact avec Jean-Marc Rouillan par l’intermédiaire d’un collègue à Marseille qui fait partie d’un collectif pour la libération des quatre d’Action Directe. Jean-Marc écrit depuis plusieurs années, il a sorti plusieurs bouquins. On lui a donc proposé de faire une chronique sur sa vie carcérale, et il a tout de suite accepté. Il nous envoie sa chronique, soit directement par courrier, soit par des voies détournées. On arrive donc à l’avoir tous les mois, sauf pour le numéro de juin 2004, quand il s’est fait embarquer pour une prétendue tentative d’évasion et qu’il s’est fait casser la gueule avant d’être transféré à Paris. La participation de Rouillan sur le journal se fait par rapport à la prison et à sa vie en prison : c’est vraiment une chronique de taulard. Il n’a jamais dans ses écrits pour CQFD reparlé d’Action Directe ou de lutte armée. La seule fois où on a eu un article sur la lutte armée, c’était dans une lettre ouverte de Victor Lehaineux adressée à Battisti et aux quatre d’Action Directe, qui était un peu à fond et vraiment au premier degré. C’était le mot de Victor Lehaineux, qui portait bien son nom. Jean-Marc, on espère qu’il va continuer ; on espère surtout qu’il va sortir, ainsi que les autres. S’il sort, c’est pas grave, il écrira sur autre chose, on ne lui en voudra pas !


Tu écris particulièrement sur les thématiques de l’anti-militarisme et de la vigilance face à l’armement. Quelle est aujourd’hui la situation des mouvements anti-militaristes en France ?

François Maliet : Sur ce qui existe, ça va être vite vu. Sur les dernières années, après la fin du service national, le mouvement anti-militariste s’est recentré sur les luttes contre les transferts d’armement, et notamment contre les salons de l’armement comme Eurosatory ou Milipol. Ces salons sont la plupart du temps fermés au public. Le dernier en date – Eurosatory – avait lieu au mois de juin 2004 ; je suis monté faire une visite guidée pour le journal (article paru dans le numéro de juin 2003). Entre 1998 et 2002, on a mené contre ces salons des campagnes et actions – accueillir les participants au salon à coup de sifflets, s’enchaîner à des hélicoptères, etc – pour essayer de poser le problème des ventes d’armes et des conséquences sur les conflits, et du rôle que tient la guerre dans le développement des sociétés capitalistes. On a bossé là-dessus pendant 6-7 ans ; on n’était pas nombreux, et ça n’a pas débouché sur quelque chose qui avait un peu de gueule et qui prenait forme. On avait du mal à avoir de l’écho – ce qui n’est pas étonnant avec ces problématiques – et aujourd’hui il ne reste pas grand chose, seulement localement. Il y a le CRAM à Paris (Collectif Résistance A la Militarisation), il y a l’Union Pacifiste qui existe toujours mais la moyenne d’âge doit être de 83 ans… Par contre, il y a eu des mobilisations, notamment contre la guerre en Irak, mais qui sont plutôt venues de mouvements comme Attac ou la LCR, des mouvements institutionnels. Il ne reste donc plus grand chose du mouvement anti-militariste « indépendant ».


On l’a rappelé récemment autour du génocide des Tutsis au Rwanda, les ventes d’armes par la France sont importantes mais peu connues. Quels sont les moyens d’obtenir une information complète et fiable sur la question ?

François Maliet : C’est étrange parce que les Etats-Unis, qui sont les premiers vendeurs d’armes, ont une politique de communication qui est très transparente : tout le monde sait ce que vendent les Etats-Unis comme armes. Alors qu’en France, c’est beaucoup plus caché. Il y a un institut de recherche indépendant basé à Lyon, le CDRPC (Centre de Documentation et de Recherche sur la Paix et les Conflits), qui sortait tous les ans un rapport sur les ventes d’armes françaises, avec des infos obtenues via le Ministère de la Défense ou d’autres structures, et qui arrivait à quelque chose qui se rapprochait au plus près de la réalité. On arrivait donc à avoir des infos par ce biais-là. Mais depuis le 11 septembre ils ont des gros problèmes financiers... En France comme en Belgique, c’est donc via des instituts de recherche indépendants qu’on peut avoir de l’information. On peut aussi réussir à se faire inviter sur des salons sous des fausses appellations… En terme de lisibilité, la France essaie de plus en plus de faire des efforts, mais c’est lent et toujours en décalé ; dans le dernier rapport sorti sur les ventes d’armes, on nous dit tout, mais sur l’année … 2001. Ce n’est pas encore la panacée.


Il est relativement peu question de politique internationale dans les pages de CQFD.

François Maliet : Comme je le disais tout à l’heure, on a envie d’apporter des informations nouvelles, de rencontrer des gens, et c’est vrai que c’est plus facile de faire un truc sur les vigiles de la gare Saint-Charles à Marseille ! On a tout de même fait un article sur la Bosnie où se sont rendus deux membres de l’équipe ; sur des déserteurs de l’armée américaine qui vont se planquer au Canada, en contactant des collègues au Québec, puis des soldats, par mail ; sur la Tchétchénie grâce à une amie journaliste indépendante qui s’était rendue là-bas avec une association, etc. Quand on traite ce genre de sujets on essaie d’avoir de vrais contacts, et ce n’est pas toujours évident. Par exemple sur l’histoire des mercenaires de l’entreprise Blackwater envoyés en Irak, qui est sortie dans plusieurs journaux, on s’est dit qu’on allait écrire quelque chose sans répéter les mêmes faits, en allant regarder ce que font les entreprises de « sécurité » françaises, et on a réussi à apporter des infos qui effectivement n’étaient pas lues ailleurs. On nous reproche aussi souvent de n’avoir qu’une brève sur Israël-Palestine sur 16 pages de journal, mais si c’est pour faire un article déjà lu sur le mur israélien, ce n’est pas vraiment intéressant… Mais on aura des occasions d’en parler, avec une approche plus directe, en rencontrant des refuzniks par exemple…


propos recueillis par PJ, Artsun et JB le 2 aoû
mise en ligne : 18.10.2004




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