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Aujourd'hui, avec la mise en place du ministère de l'Immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du co-développement placé sous la responsabilité de Brice Hortefeux, avec l'ensemble du corpus répressif visant les étrangers demandeurs d'asile, dont le décret du 26 décembre 2007 portant sur la création du fichier ELOI comme éloignement, nous assistons à la destruction méthodique du droit français mis en place à la Libération.

Nous sommes alors totalement fondés à nous interroger sur la nature de cette politique raciste et xénophobe mise en œuvre par le gouvernement sous l'impulsion de N. Sarkozy.

A mettre en parallèle les années noires de Vichy, les similitudes avec la politique actuelle.
[1]

Naturellement, il existe entre ces deux périodes des différences considérables que nous ne nions absolument pas. Mais, une fois cela affirmé, si l'on considère le comportement des autorités françaises, les similitudes sont manifestes.

En premier lieu, la présence de certaines personnes est présentée comme " un problème ", et tous les esprits " raisonnables " s'accordent pour estimer que ce " problème " exige une solution
.

Hier, il s'agissait de la " question juive " ; aujourd'hui, de la droite à la gauche, tous les dirigeants affirment en chœur que l'immigration illégale met en péril nos équilibres sociaux et économiques, notre " identité ", qu'il est nécessaire de a refouler. Les désaccords ne portent que sur la méthode. Les solutions envisagées passent toutes par l'expulsion, partielle ou totale, des personnes jugées indésirables.

En 1940-1944, l'expulsion des personnes " en surnombre dans l'économie nationale " se traduit par leur livraison aux autorités d'occupation nazies, leur déportation.

Aujourd'hui, les sans-papiers, demandeurs d'asile pour la plupart, sont renvoyés dans des pays dont certains sont soumis à des dictatures impitoyables, ravagés par des guerres civiles, tous marqués par le sous-développement, la pauvreté
.

Bien entendu, les conséquences finales sont infiniment moins tragiques aujourd'hui qu'hier, mais ce qui est caractéristique, dans les deux cas, c'est que l'Administration française se désintéresse des conséquences de ces expulsions : ce n'est pas son affaire.

En 1940-1944, les autorités françaises ne voulaient pas savoir ce qui adviendrait des populations juives déportées " à l'Est ".

Aujourd'hui, ce qui compte pour le gouvernement, c'est de se débarrasser d'hommes, de femmes et de leurs enfants dont, sitôt la frontière franchie, le destin lui est totalement indifférent.

Ces expulsions nécessitent la mise en place du même processus qu'en 1940-1944 :

exclusion, fichage, rafle, internement


Mais avec le fichier ELOI, l'Administration française franchit un nouveau pas. Le triptyque répressif

Préfecture / Police / Justice


dispose d'outils jamais connus jusqu'à ce jour. Comme le soulignent justement la Cimade, le GISTI et la Ligue des Droits de l'Homme, le fichier Eloi vient confirmer la signification réelle de celui ci : " l'Administration de l'expulsion s'organise et se rationalise de manière de plus en plus précise. En un mot : elle s'industrialise " (communiqué du 3 janvier 2008).

Le temps des rafles, des arrestations, de la traque de l'Autre, de l'arrestation des enfants dans leurs écoles, de l'internement dans les centres de rétention et des expulsions massives est à nouveau inscrit dans notre quotidien.

Les commémorations ont pour but de nous rappeler ce passé tragique mais également de nous prévenir et de nous armer pour lutter contre les effets destructeurs du racisme, de la xénophobie, du rejet de l'Autre que l'on voit à nouveau s'installer ici et ailleurs.

Aussi, aujourd'hui, nous devons impérativement :

  • refuser l'idéologie de l'exclusion, du racisme en général, sous toutes ses formes, dont celle majeur qu'est l'islamophobie
  • refuser les lois et les textes xénophobes à l'encontre des demandeurs d'asile - sans papiers
  • refuser la politique des Centres de Rétention Administratifs (CRA), les internements massifs de longue durée, les expulsions et leurs quotas
  • refuser que l'on expulse, ici en France, 25 000 personnes par an, ce qui est exactement le chiffre moyen annuel des juifs déportés de France entre 1941 et 1944 !


Cette politique criminelle qui faisait dire aux rares survivants à la libération des camps nazis " plus jamais ça ! " est à nouveau dans l'air du temps.

Et bientôt, en Europe puis en France, des projets d'internement de longue durée (18 mois !) sont évoqués, pour de larges pans de populations fuyant les guerres, le racisme et la misère. Projets d'internement qui nécessiteront, obligatoirement, la création de camps adaptés aux nombres envisagés de personnes internées, la mise en place de moyens nécessaires pour maintenir enfermées ces populations - moyens répressifs, naturellement, afin de réprimer et mater les révoltes éventuelles.


La proposition scandaleuse de N. Sarkozy de demander à ce que des jeunes d'aujourd'hui soient porteurs de la mémoire d'un des 11.000 enfants juifs de France exterminés par les nazis, outre qu'elle est abjecte, pose la question centrale de ce que doit être la lutte contre le racisme. Il convient de dénoncer la perversité de cette proposition qui masque le rôle central de la France dans la déportation de ces enfants juifs, dont la plupart, contrairement aux affirmations de N. Sarkozy, n'étaient pas français.

Nous pouvons nous demander à quel objectif répond cette volonté de transformer l'école en un sanctuaire religieux dédié à Auschwitz. Cette démarche ne répond à aucun critère pédagogique. Dans le contexte politique d'aujourd'hui, il ne s'agit pas d'une démarche mémorielle de plus, mais bien d'une provocation. C'est une occultation et un oubli que l'on veut nous imposer. Le génocide perpétré par les nazis est un crime abject. De quel droit ce crime peut-il être instrumentalisé ?

En quoi ce gouvernement français qui a créé le ministère de " l'identité nationale ", remake du Commissariat Général aux Questions Juives, est-il compétent pour nous parler de mémoire ?

Nous ne pouvons pas continuer à évoquer Auschwitz et les autres camps nazis, ainsi que les politiques criminelles à l'origine de ces monstruosités résumées sous le concept juridique de CRIMES CONTRE L'HUMANITE, comme de l'histoire ancienne dont nous serions à jamais protégés
. Il n'en est rien.


Les rapprochements sont nécessaires.

Non pas que les finalités (destruction industrielle massive de populations entières) le soient.

Mais le processus étant mis en route, nul ne peut prévoir les développements futurs de cette politique infernale.


[1] Sur ce point, voir Emmanuel Terray, « Réflexions sur un parallèle contesté », janvier 2007, texte dont sont repris ici un certain nombre de passages.


Georges Gumpel
mise en ligne : 30.04.2008




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