Une chose est claire durant ce procès : Mumia refuse de se défendre rationnellement, en restant flou sur
sa version des faits, préférant remettre en cause la cour et le système judiciaire tout entier. Son
frère ne vient pas témoigner. Autant d'éléments qui l'accablent...
Le 4 juillet 1982, Mumia est reconnu coupable du meurtre de l'officier Faulkner. Reste à définir
la peine. Pour cela, il faut déterminer s'il y a eu préméditation : évidemment non, vu les
circonstances. Mais le juge en charge du procès, Albert Sabo, invente le terme antinomique de
"préméditation instantanée", qu'il voit dans le fait que la victime a été achevée... De plus,
Sabo bafoue le droit américain en autorisant le procureur à lire un extrait d'un ancien article de Mumia.
En effet, la Constitution interdit qu'on retienne une opinion politique contre un prévenu. A la question
"Que pensez-vous des affrontements avec la police ?", Mumia répondait dans ce texte
"Le pouvoir est au bout du fusil". La lecture complète de
l'article aurait montré que cette citation de Mao s'appliquait tout autant aux violences policières...
Léger détail supplémentaire : ce texte a été écrit alors que Mumia était âgé de... 16 ans.
Il convient de présenter ce fameux juge Sabo, détenteur du triste record du plus grand nombre d'accusés
envoyés dans le couloir de la mort. Il est reconnu par nombre de ses pairs comme
un raciste notoire, inéquitable dans ses jugements, adepte de pratiques d'intimidation envers la
défense. Onze des condamnations à mort prononcées par Sabo ont été partiellement ou totalement
infirmées par des cours d'appels... les onze personnes concernées étaient noires. Nous vous renvoyons à
au site du
Cosimapp pour en savoir plus sur ce juge et ses méthodes :
Mensonges et manipulations
La liste des éléments anormaux dans ce procès est énorme, voici quelques uns des plus flagrants.
- Gary Wakshul, le policier en charge du transfert de Mumia à l'hôpital le soir du meurtre, était bien
chez lui et disponible lors du procès, contrairement à ce qui fut dit par la police au moment du
jugement.
- Le médecin légiste avait écrit dans son rapport que Faulkner avait été tué d'un calibre 44, alors
que Mumia possédait un calibre 38. Cette partie du rapport ne fut jamais montrée à l'avocat de Mumia
lors du procès.
- Cynthia White et Robert Chobert, dont les témoignages jouèrent un rôle capital dans la condamnation
de Mumia, étaient sur le coup de poursuites judiciaires, qui furent abandonnées après l'affaire.
Veronica Jones, qui s'était rétractée lors de l'audience, revint sur son témoignage en 1996, et
affirma avoir subi des pressions policières pour mentir lors de l'audience. Elle fut arrêtée.
Les révélations d'Arnold Beverly
Le 4 mai 2001, Mumia et son frère donnent enfin leur version des faits : Mumia nie avoir tiré, son
frère confirme. Le même jour, les défenseurs de Mumia transmettent à la justice les aveux d'Arnold
Beverly, tueur à gage, qui affirme avoir été payé par des policiers corrompus pour abattre Faulkner.
Une révélation qui change totalement le visage de l'affaire, dévoilant un complot impliquant
la police de Philadelphie, et faisant totalement tombée les théories de l'accusation.
Mumia ne serait alors qu'un bouc-émissaire, un énième activiste politique gênant le pouvoir et
victime (par coïncidence ?) d'un complot. Une théorie plus que crédible quand on sait de quoi
ont toujours été capables les autorités américaines...
Conclusion
Il est évident que Mumia Abu-Jamal n'a pas bénéficié d'un jugement équitable, et à ce titre sa
condamnation doit être annulée et révisée. En décembre 2001, un juge casse la
condamnation à mort, mais il n'est pas question de revoir la culpabilité de Mumia, qui
croupit toujours aujourd'hui en prison, dans l'attente que les longues procédures judiciaires arrivent
à leur terme. De très nombreuses associations soutiennent au jour le jour son équipe d'avocats.
On ne peut donc que souhaiter une révision complète de l'affaire, et que la vérité soit enfin
dévoilée.
Il est important de re-préciser que le présent article est très loin d'être exhaustif sur les tenants et
aboutissants de cette sombre affaire, mais il permet d'en savoir plus sur Mumia Abu-Jamal et les
conditions de sa condamnation. Je vous renvois donc aux sources citées ci-dessous pour aller plus loin... et il
y a vraiment matière !
Sources
- http://www.cosimapp-mumia.org :
l'indispensable site du COSIMAPP, en français. Vous y trouverez tous les détails de l'affaire
tout au long de nombreux dossiers, et une page de liens très fournie.
- Le nouvel observateur daté du 8-14 juin 2000 : article de Laurent Joffrin, titré :
"Mumia Abu-Jamal : celui qui ne doit pas mourir".