Une petite contribution dissidente à l'article:
Cette distinction opérée par le pouvoir politique et les médias, entre « vrais jeunes » qui veulent s’en sortir et « racailles » correspond assez bien à ce que P. Bourdieu appelle « prescrire sous apparence de décrire et dénoncer sous apparence d’énoncer ». Car le but est clairement de stigmatiser par l’emploi d’un certain vocabulaire, et de faire correspondre cette distinction avec la perception de la réalité. Proposer des schèmes de classement que chacun peut (doit ?) ensuite reprendre à son compte.
Quant à la citation de Laurence Parisot, elle renvoie à celle de Dassault « La précarité, c’est la vie » et toutes deux participent de cette « naturalisation » décrite par Bourdieu, mais aussi par Roland Barthes dans Mythologies : la naturalisation consiste à présenter des processus comme éternels, naturels et en conséquence ne devant pas être remis en question. Elle tend à transformer ce qui relève de choix historiques et humains en nature, en fait établi.
Un autre stratagème ayant pour but de perpétuer et perpétrer la domination est d’atténuer tout ce qui peut passer pour un conflit, c’est la « neutralisation » (ou ce que Bourdieu appelle la « stratégie de la neutralité ») :on parle ainsi d’« inquiétudes » étudiantes plutôt que de colère et de lutte, on parle de « flexibilité » quand il s’agit de précarisation…
Télécharger l'édifiant rapport de synthèse sur la répression policière et judiciaire du mouvement d’opposition à la loi pour l'égalité des chances, rédigé par le collectif "Assistance juridique CPE" (constitué d’élèves avocats à l’Ecole de Formation au Barreau de Paris) :
A lire sur "Dissidence", un article complémentaire au nôtre, davantage théorique et centré sur le langage médiatique et politique : "Le langage engage. Esquisse d'analyse des discours produits lors des deux récents mouvements sociaux : du langage de la domination à la résistance langagière."