Article très intéressant qui donne envie de lire le livre. Dans « Le Nouvel Observateur » d’aujourd’hui, un entretien avec Pascal Blanchard. Extrait :
Citation
Q : Le climat politique actuel est-il propice à un véritable débat sur la mémoire de la colonisation ?
Pascal Blanchard : L’année 2005 marque un tournant dans l’histoire de notre pays. On a l’impression que la « cocotte-minute », trop longtemps verrouillée, est en passe de nous éclater au visage. La montée des revendications communautaires, la loi du 23 février 2005 enjoignant les professeurs d’histoire de donner une lecture « positive » de la colonisation, la crise des banlieues, la loi de 1955 sur l’état d’urgence pour réprimer les violences des banlieues… sont autant de signes de cette explosion.
Cette réaction en chaîne est caractéristique d’un emballement qui ne me paraît guère propice à l’édification d’une véritable « mémoire collective » de la colonisation dans ce pays. Or ce travail est indispensable pour redéfinir une identité française qui tienne compte de sa diversité. Au lieu de cela, on assiste à un début de « guerre des mémoires » dont l’issue pourrait être dramatique. Si le débat se résume à un affrontement entre l’intolérance d’un Dieudonné, les caricatures d’un Alain Finkielkraut ou les récupérations d’un Tariq Ramadan, la fracture coloniale pourrait dégénérer en fracture raciale…
Q : Selon vous, les non-dits du passé colonial seraient donc largement responsables des fractures identitaires françaises ?
Pascal Blanchard : Nous ne devons pas tout lire aujourd’hui à l’aune du colonialisme. Des mouvements comme les « Indigènes de la République », qui prétendent décalquer la réalité historique de la colonisation pour expliquer la marginalisation des populations issues de l’immigration, détournent et interprètent les faits historiques de façon trop mécanique. Selon eux, nos problèmes sociaux découleraient uniquement de la survivance coloniale (…). Des colonies sur le territoire même de la métropole ? C’est un non-sens.
D’un autre côté, la conception d’un antiracisme « déshistorisé » incarné par SOS-Racisme montre cruellement ses limites : avec l’assentiment de la gauche, elle a agi comme un étouffoir.
Il faut donc revenir à l’histoire pour mieux nous connaître, et donc comprendre la société française. Ce qui demeure de la colonisation, ce sont des stéréotypes, l’idée très « élitiste » selon laquelle il faut faire ses preuves pour accéder aux lumières de la civilisation, et surtout une immense ignorance de cette histoire commune, celle des colonisés, des rapatriés, des harkis, des tirailleurs…
Dans la suite de l’entretien Pascal Blanchard parle du « silence à briser sur le passé colonial », de la nécessité du développement de la recherche - il dénonce certaines « provocations mémorielles » (stèles « aux rapatriés », etc.) et réclame l’abrogation de la loi du 23 février 2005.
Je ne voudrais pas faire de la pub au « Nouvel Obs », mais à la suite de cet entretien, il y en a un autre, très intéressant aussi, avec Benjamin Stora qui salue « l’entrée en politique de toute une génération de nouveaux français », ces « centaines de milliers de jeunes [qui] sont en train de se politiser en référence à l’histoire de la colonisation ».
On apprend au passage que le porte-parole des harkis de Roubaix menace de poursuivre Benjamin Stora pour « révisionnisme et négationnisme » ( ! ) parce que Stora a refusé de qualifier de génocide le massacre des harkis. « On est dans la compétition victimaire maximale », dit Stora.
Effectivement, pas de quoi faire de pub pour le "Nouvel Obs" étant donné la peinture qui en est faite dans l'ouvrage (cf l'article sur la construction médiatique de l'Arabe).
Quant aux harkis de Roubaix, 'feraient mieux de se renseigner un peu sur le personnage avant de faire les malins.