#16
Contrat d’intégration


« Accommodez-vous de moi. Je ne m’accommode pas de vous ! » (1)

Je la fuis comme elle me traque : je la suis. Comme elle trafique, comme elle affame pour du fric. Car sa sœur la misère la nourrit, mais elle choisit – donc freine ta course, le videur l'a dit.

Je vénère son histoire comme elle est belle : je l’accuse. Comme elle oublie et comme elle traîne son lot d’ordures sur tous les pôles, ses blanches victoires et ses belles geôles.

« Nos chères valeurs perdent leurs ailes ; à les regarder de près, on n’en trouvera pas une qui ne soit tachée de sang. » (2)

Je crois en ses valeurs comme elles s’appliquent : je les sculpte. Mais ils les gardent pour les trahir, donc je les re-clame fort, car je sais l’origine – et ce cycle du mépris qui balaie les vermines.

Je parle sa langue comme je l’entends : je réclame. Ma polyphonie l’assaille, des dialectes maternels aux patois de ses ruelles – mais elle se détourne du miroir, elle se cache son teint noir.

« … Et le pays nous dit : chante et chante et chante la France ! » (3)

Je l'aime comme elle m'aime – écoute ses injonctions bramées : qu’elle n’exige pas des autres ce qu’elle ne peut donner, car je m’intègre comme elle me traite, quand ses codes me taillent la tête.

Garde la forme

« L'amour toujours l'amour Ah cet amour serein
Cet amour qui vous monte à la bouche comme une grenade
Qu'on ferait bien éclater dans quelque ventre passant
Dans quelque ventre curieux, oisif, en mal d'amour
» (4)



(1) Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal (1939)
(2) Jean-Paul Sartre, préface aux Damnés de la terre de Frantz Fanon (1961)
(3) Rocé, « Je chante la France » (Identité en crescendo, 2006)
(4) Léo Ferré, « La violence et l'ennui » (1969)


octobre 2006
illustration : akimbo


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