#18
Tu l’aimes ou tu la hais


Elle est mon sang, mon tout, elle est mon rituel
Et j’ai couru pour elle, je mourrai pour elle, j’ai tout fait pour elle, pour moi c’est naturel...
Et elle reste douce dans ses gestes, moi je lui rends l’amour qu’elle me manifeste...

Et plus je l’aime, plus on me déteste.
(1)


« L’oppresseur peut décourager l’amour, il ne peut rien contre la haine, qu’il a lui-même suscitée, sinon l’augmenter. » (2)


Il y a des phrases qui résonnent. Pendant la guerre d’indépendance, des tribunaux colonialistes ponctuaient les procès des combattants algériens par une question fracassante, n’admettant d’autre réponse que « oui » ou « non » : Aimez-vous la France ?

La chose est si simple : rétrécir le complexe en un mythe, un totem, et compter ceux qui s’agenouillent. Le nationalisme, ou l’amour en politique. L’amour contre la justice, l’amour contre l’égalité. L’amour qui distingue, l’amour qui clive. L’amour qui fouette qui ne l’aime pas. L’amour qui hait. L’amour à vendre, si maquillé et si vulgaire, que son seul étendard donne la nausée.

Que veut-elle qu’on aime ? Ses valeurs si belles qu’elles ne s’appliquent jamais ? Ou son histoire si brillante qu’ils en blanchissent chaque ligne ? Ses matraques, ses képis et ses cages universels ? Ou ces lâches qui chantent les résistants - anti-français, à l’époque - à l’heure où ils forcent les portes pour chasser les impurs ?


« La France d'après, nous y sommes et rien ne nous la fera aimer. » (3)

« Il y a toujours eu lutte dans le cadre géographique français entre une France de la réaction et une France "de la sociale". On ne peut pas aimer ces "deux Frances" à la fois. Il faut choisir. » (4)


Doit-on lui dire qu’on aime les torches de ses confins ? Car eux seuls comptent, au fond. Et ce qui naîtra des cendres n’est pas leur problème. Ils le savent si bien, sous cette image sereine : cette France qu’ils aiment sème la haine.


Laquelle n’est pas négociable.

Ou tu la quittes

(1) Casey, « Ma haine » (Tragédie d’une trajectoire, 2007)
(2) Albert Memmi, L’homme dominé (1968)
(3) Citation extraite d’un texte du Comité d'occupation de l'Université de Rouen, 25 octobre 2007
(4) Saïd Bouamama, entretien avec Acontresens (2007)


novembre 2007
illustration : akimbo


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