#05
Génération "C'est mon choix"


Parmi les nombreuses tares d'un politiquement correct omniprésent, on peut remarquer aujourd'hui une tendance très nette à la mise en avant et même à la valorisation de tout discours, non pour ses qualités de fond, mais pour le simple fait qu'il soit dit et assumé. Et finalement, on en vient à dire et surtout à croire que tous les avis se valent, que le simple fait qu'il s'agisse d'avis ou d'opinion leur accorde une valeur intrinsèque inaliénable. Tout cela pourrait se résumer en une expression synthétique, désormais célèbre et lapidaire : "c'est mon choix". Lapidaire car autorisant à interrompre tout débat quel qu'il soit : si chacun campe sur ses positions pour la seule raison qu'il s'agit justement de ses positions, il devient impossible d'aller plus loin. Autrefois considérée comme une excuse ou plutôt un avertissement ("ce n'est que mon avis"), l'expression a pris un autre sens et fait dorénavant office de véritable argument.

C'est mon choix

Mais il ne serait pas très intéressant de se contenter de dénoncer un comportement aussi commun sans chercher à en évoquer les causes. La société dans son ensemble a bénéficié d'un accroissement général des possibilités d'expression et d'information, rendu possible par l'augmentation impressionnante des moyens de communication. Gavé d'images et de données en tout genre, chacun se sent en mesure d'exprimer "son opinion" sur n'importe quel sujet.

Cette avancée foncièrement positive possède cependant un revers, car dans le flot d'avis et d'opinion on a fait croire que "liberté d'expression" revenait à "égalité d'avis", amenant parfois à des situations grotesques lorsque l'analyse d'un spécialiste peut se voir remise en cause par le premier incompétent venu. Mais le réel problème est-il que l'on puisse en arriver à mettre au même niveau des discours qui ne devraient pas l'être ? La domination quasi-générale des idées libérales, individualistes et égalitaristes, ainsi que l'étalage obscène du moi et de l'intime dans la presse et à la télévision, ont conduit la majorité des gens à penser que "chacun est libre" de dire et de faire ce qu'il veut, que tout et tout le monde se vaut... amenant à une situation pleine de faux-semblants, faisant croire à l'absence de toute hiérarchisation, jusqu'à tolérer voire à respecter l'intolérable et le méprisable. La liberté revendiquée par les tenants du "c'est mon choix" ne refléterait-elle pas en réalité une aliénation devant des réflexes imposés ?


mai 2003
illustration : akimbo


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