#06
La Paix


Le conflit israélo-palestinien, sans aucun doute la question internationale qui fait couler le plus d'encre et se déchaîner les plus vives passions depuis de nombreuses années, est un immense casse-tête. Mettant en jeu des sentiments (nationaux et religieux) et des intérêts (politiques et économiques) extrêmement divers, il est également très complexe en raison de l'histoire tragique des deux peuples.

Les pogroms amènent les premiers écrits sionistes à la fin du 19ème siècle, et l'histoire se poursuit par la Shoah puis par la création de l'Etat juif, à la fois porteuse d'espoir pour un peuple et destructrice pour un autre, victime du transfert de la problématique juive européenne en orient. La tragédie continue tout au long du siècle par des guerres, révoltes, occupations et oppressions, et la complexité et la densité de cette histoire nous ont semblé nécessiter une série d'articles s'attachant aux faits.

Cette démarche que nous avons choisie, bien que forcément lacunaire et imparfaite, manque à notre sens cruellement à de nombreux média et associations voulant traiter de la question. En effet, les mythes, l'imagerie et la propagande qui en découle demeurent le principal argument des nombreux partis et associations soutenant l'un ou l'autre camp en France comme partout dans le monde ; cette propagande se sert bien sûr de l'histoire et met en scène des choix et des oublis pouvant mener au révisionnisme, s'appuyant même parfois clairement sur des thèses négationnistes. Nombreux sont les historiques rédigés pour appuyer la cause palestinienne qui s'attarderont par exemple sur une analyse pseudo-historique du sionisme, l'assimilant à un racisme expansionniste et colonisateur, en oubliant pourtant qu'on ne peut enfermer dans un carcan idéologique tous les immigrants juifs : transformer toute action humaine en un acte politique obéissant à une idéologie est à notre sens une grave erreur. Nombreux sont également les articles et tracts qui instrumentaliseront le communautarisme juif ou arabe, l'empathie ou la souffrance pour servir à des fins qui nécessairement occasionneront d'autres drames...

Fous le camp

Il est bien sûr évident que la politique colonialiste de l'Etat d'Israël, sa brutalité et sa négation des droits les plus élémentaires des Palestiniens, et ce non seulement dans les territoires occupés mais aussi dans l'Etat lui-même, doit être fermement condamnée : les colons israéliens armés jusqu'aux dents qui se font "justice" eux-mêmes, l'embrigadement de la jeunesse israélienne au sein de l'armée et dans une pensée unique archaïque souvent liée à un mysticisme dangereux, ou encore l'intrumentalisation de la phobie collective d'un nouveau judéoicide sont autant de fléaux à dénoncer. De même que la terrible violence des extrémistes (religieux ou pas) palestiniens qui - soyons clairs - ne souhaitent autre chose que la mort des juifs et la destruction de l'Etat d'Israël.

Alors que souhaiter, et que défendre ? Il est évident que les victimes historiques de ce conflit sont les Palestiniens, dont les droits sont à défendre contre l'Etat bourreau israélien, en étant très vigilant devant certains groupes (ici ou là-bas) aux revendications et motivations condamnables. La création d'un Etat palestinien - dans les limites déterminées par l'ONU en 1967 - et donc le départ des colons des territoires occupés semble provisoirement une "solution" au conflit, en rêvant bien sûr à la constitution future d'un grand Etat multinational et multiconfessionnel regroupant les deux peuples. D'ici là, espérons que les "pierres" - palestiniennes et israéliennes - prônant le dialogue et la paix auront raison des "chars" - israéliens et palestiniens - racistes, extrêmistes, colonialistes, et nécessairement dévastateurs.


septembre 2003
illustration : akimbo


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