#07
La brebis galeuse


D'abord, il y a le berger. Par les temps qui courent, le berger a un gros bâton et ses chiens de garde sont plus que féroces. Le berger est libéral, le berger veut de l'ordre ; ses chiens sont armés, ses chiens frappent, et avec le sourire. Parmi les plus féroces, on trouve celui qui, sous couvert d'un humanisme déprimant, manie le bâton sur tous les fronts, des lois sécuritaires à l'immigration, des contrôles d'identité aux expulsions aux frontières ; nous n'oublierons pas les fascistes reconvertis, les "Occident" adoucis ; nous n'oublierons pas les ultra-libéraux, les grands chefs d'entreprise aux ambitions politiciennes.

Puis vient le troupeau, l'énorme troupeau. Les moutons dociles, collaborateurs du berger au gouvernement ou simples pions passifs qui jouissent d'une situation ou qui subissent un système devant lequel ils ne lèveront pas un petit doigt. On parle de dépolitisation, on a raison. Et qu'une partie sorte du troupeau en temps de troubles électoraux, bien vite elle se range, pourtant cette fois face à des hommes au pouvoir, chiens de garde, qui proposent et votent des lois qui ne feraient pas tâche dans le programme du porc, celui contre lequel il est si facile de hurler. Mais le troupeau a choisi de voter pour le boucher, libre à lui de mourrir.

Et les moutons noirs ? L'opposition, comme on l'appelle. Quoi à proposer ? Sinon une opposition systématique, comme un veto inutile qui dirait juste "je ne suis pas d'accord" et puis... rien. Comportement moutonnier, et les moutons noirs sont aussi blancs que les autres. Et si certains troupeaux pensent marcher dans des directions différentes, ils se rejoignent tous et se dirigent fatalement vers le même abattoir.

La brebis galeuse

Les partis politiques tels qu'ils sont ne nous proposent que ce comportement, que nous ne pouvons que rejeter : être un mouton ne nous intéresse pas. Et pourtant, nous ne pouvons nous enfoncer plus longtemps dans une dépolitisation avilissante, qui précipite l'avenir dans le mur de l'ignorance, de l'asservissement et de la souffrance. Tâchons alors de proposer une alternative, avec nos faibles moyens et nos frêles espoirs qui peuvent pourtant et malgré leur pauvreté, nous le pensons, nous permettre d'aller plus loin que cela, de nous opposer, mais cette fois de façon constructive, institutionnellement ou pas, pour que le berger sache que son bâton ne fait pas l'unanimité, malgré les apparences du troupeau, pour qui le nivellement par le bas et la médiocrité semblent être la norme.

Soyons donc la brebis galeuse, la brebis malade mais néanmoins combattive ; celle qui marche dans l'autre sens sans dogmatisme, celle qui espère la contagion du reste du troupeau et qui fera tout pour répandre ses microbes, jusqu'à ce que la gangrène fasse tomber le reste.


d�cembre 2003
illustration : akimbo


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