#08
Bonne année ?


Au chapitre des desiderata d'un système de fonctionnement politique et social de plus en plus provocateur et de moins en moins drôle, les pages fleurissent en nombre mais ne sentent pas la rose. Y'a tellement à dire qu'on n'en parle pas... Effectivement. Et dans le cas précis d'une critique des décisions de nos gouvernants, la tâche est malheureusement vaste et ardue. Mais de simples exemples parlent sans doute assez pour illustrer en quelques lignes un début d'état des lieux peu glorieux. Commençons donc par nous poser deux ou trois questions élémentaires.

Que penser d'un système qui se méfie de ses éléments régénérants et les maltraite en conséquence ? Le comportement indéfendable de nombre d'agents de police lors d'inutiles et arbitaires contrôles d'identité et autres fouilles sur une frange bien précise de la population française - les jeunes et les immigrés -, contribue à affirmer de plus belle en ces temps de psychose sécuritaire que non, les citoyens français ne sont pas tous égaux devant la loi et son bras armé. Utilisant de façon honteuse le prétexte de la recherche d'un bien-être pour tous, les directives gouvernementales n'ont en fait de cesse de brimer non seulement une grande partie de ceux qui, non contents de participer déjà de fait à la vie sociale et politique, constituent aussi évidemment le futur et le renouveau du pays. Flinguer son propre avenir revient littéralement à se suicider.

Blind date

Que penser d'un système qui promet la sécurité pour tous mais s'acharne à éliminer ses éléments les plus en difficulté ? Au lendemain d'un 31 décembre sûrement trop arrosé, la gueule de bois des plus de 180 000 chômeurs désormais en fin de droits aura certainement un arrière-goût bien particulier. Gageons qu'aux sourires carnassiers et obscènes d'illusionnistes décideurs répondront nombre de gerbes acides mélées de rancoeur et de larmes... malheureusement vaines. Quand la protection et la sauvegarde des plus nécessiteux se voient sacrifiées sur l'autel de la recherche du profit et d'une prétendue nécessaire compétitivité, les beaux idéaux ont tendance à perdre de leur éclat et à dévoiler une moisissure autrement moins reluisante.

Oui, la France constitue encore actuellement l'un des pays où l'on a le moins à se plaindre. Nier cela serait faire preuve d'une mauvaise foi malsaine, face à tout ce à quoi nous pouvons assister à l'échelle planétaire. Mais les lacunes sont là, immanquablement là. Et ne pas les dénoncer, et ne pas les combattre, ce serait précisément faire insulte, d'une part aux gens qui souffrent ailleurs et voient en ce modèle de société un "exemple à suivre", et d'autre part à tout ceux qui souffrent ici, derrière un voile de fumée blanche opaque et toxique.

Alors en ce mois de janvier 2004, pouvons-nous nous souhaiter une bonne année ? Souhaitons le.


janvier 2004
illustration : akimbo


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