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Michel Warschawski
A tombeau ouvert
La Fabrique, 2003

Michel Warschawski - A tombeau ouvert

savoirs
politique


125 pages
1ère parution : 2003
  

Imaginez que militant pour la paix, la dignité, la démocratie, un jour vous rouvriez les yeux et que d’un coup d’un seul ce que vous avez toujours combattu se révèle là, tel un état de fait incontournable. A tombeau ouvert est un cri, selon les propres termes de Michel Warschawski, "le cri de la dignité humaine et du refus de capituler devant la brutalité".

Le livre commence par deux justifications, l’une est personnelle, justification de l’état d’une réflexion, d’une émotion liée à la rédaction de l’ouvrage et l’autre par deux anecdotes trouvant toutes deux leurs justifications par la suite. J’ai lu ce livre de retour de Palestine ET d’Israël. Je suis heureux de l’avoir lu après ce voyage parce que je n’aurais peut être pas cru ou tout du moins donné tout le crédit au récit. Non pas que je soupçonne l’auteur de quoi que ce soit mais parce que la société israélienne a atteint un tel degré de dégénérescence que le voir par soi-même permet de mieux appréhender cet écrit. Ce livre n’aurait pu porter d’autres titres en effet, l’auteur nous plonge en pleine catharsis, une tragédie contemporaine, réelle, avec pour toile de fond la crise de la société israélienne, l'agonie du peuple palestinien.

Cette analyse à vif fait de cette réflexion un élément incontournable pour la compréhension du conflit côté israélien. L’auteur nous entraîne dans une descente aux enfers orchestrée par l’armée, le messianisme et le racisme. Selon MW, les Israéliens "ont deux modèles auxquels s’identifier : les soldats dont la brutalité est présentée dans les médias comme de l’héroïsme et les colons qu’Ehoud Barak qualifiait de nouveaux pionniers d’Israël". Son pays n’est plus un état de droit, la loi est devenue celle des armes, les oppressés ont nié leur histoire, faisant de la brutalité la norme d’un pays civilisé. De l’augmentation de la violence domestique aux exactions de Tsahal sans oublier "l’option Massada*", Israël serait-il redevenu cet Etat militaire doté d’un gouvernement ?

Warschawski n’alerte pas innocemment, il s’agit bien pour lui d’éviter une guerre ethnique, de "faire sortir des rails cette société [Israélienne, NDR] qui se précipite vers sa propre destruction, en refusant de collaborer quand on est israélien et en faisant l’impossible, quand on est citoyen du monde, pour mettre fin à un sentiment d’impunité qui ne peut encourager Israël dans sa course folle vers Massada", car Israël, en enterrant les Palestiniens, construit sa propre tombe.

Cet ouvrage à lire absolument, vous l’aurez compris, est un signal d’alarme, un cri d’angoisse, poussé par l’un des acteurs les plus significatifs de la dissidence israélienne, la colère et le désespoir de trente ans de lutte.


*Massada : En 73, après plusieurs mois de siéges par l’armée romaine, au moment de l’assaut final de la forteresse, les insurgés juifs décidèrent de se donner la mort (femmes et enfants compris) plutôt que de se rendre. Les Romains ne retrouvèrent que 7 survivants (2 femmes et 5 enfants).

yann
26.08.2003


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