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François-Xavier Verschave
La Françafrique
Stock, 2003

François-Xavier Verschave - La Françafrique

savoirs
politique


380 pages
1ère parution : 1998
  

Fruit de longues années de recherches, somme de connaissances impressionnante, La Françafrique est l’inquiétante dénonciation d’un système extrêmement bien conçu de néocolonialisme à la française. En effet, derrière l’écran de la décolonisation et de l’accès à l’indépendance des pays africains, la France a progressivement mis en place un ensemble très sophistiqué de réseaux, de contacts, avec en tête un objectif très clair : maintenir les anciennes colonies sous la domination de l’Etat français.

Le Général de Gaulle, alors à la tête de l’Etat, décide de déléguer la charge de mettre en place le système à Jacques Foccart, homme de l’ombre par excellence, par ailleurs fondateur de l’UNI (syndicat étudiant de droite encore actif aujourd’hui, à l’histoire pour le moins violente) et franc-maçon membre de la Grande Loge Nationale Française. Foccart mettra tant d’application à la tâche que l’on parle encore aujourd’hui, quelques années après la mort du « maître », de foccartisme pour désigner le fonctionnement en réseaux, chargés de garder une influence sur les pays africains issus de la décolonisation.

On trouve, dans ces fameux réseaux, nombre d’acteurs : hommes politiques français ou africains, entreprises à l’influence inquiétante (Elf, pour ne citer que la plus importante et la plus connue), mercenaires à la solde de l’Etat français (à l’instar du célèbre Bob Denard, responsable de nombreux coups d’Etat ou coups de force parfaitement illégaux, mais couverts par la France)… Plusieurs stratégies seront mises à l’œuvre au sein du foccartisme, plus ou moins violentes (souvent bien plus que moins), plus ou moins légales (… bien moins que plus) ; pour se faire une idée de l’efficacité du système on peut citer l’une de ces stratégies, le détournement de l’aide publique au développement, mécanique parfaitement huilée de corruption et de détournement de fonds.

« Tout le monde sait que les partis politiques sont financés par des détournements de trafics via l’Afrique. L’Afrique sert à blanchir l’argent des partis politiques. C’est scandaleux parce que, en pervertissant les élites, on fiche en l’air le développement de l’Afrique. Je maintiens que la transparence des circulations de l’argent est un minimum. Le Président y est totalement et farouchement opposé. » Celui qui parle en ces termes, c’est Erik Orsenna, écrivain et diplomate, en septembre 1993. Le Président en question, c’est François Mitterrand, auquel Orsenna servit pendant un temps de « porte-plume ». Les mots sont sans équivoque, et dénoncent à mots à peine couverts cette farce que constitue l’APD. Le fonctionnement est, en quelques mots, le suivant : Un chef d’Etat africain va se tourner vers Paris pour faire une demande d’aide financière, laquelle va être, dès l’arrivée dans le pays demandeur, immédiatement expédiée vers Genève (ou toute autre place financière), puis repartagée avec le décideur parisien après conversion et reconversion. Tout cela de façon parfaitement planifiée et maîtrisée… On constatera la prolifération de demandes en périodes de campagne électorale française. Implacable, non ?

Mais l’APD ne constitue que la partie la plus visible de l’iceberg françafricain, dont les déclinaisons nombreuses et variées finissent par donner froid dans le dos. Et le sujet étant à l’ordre du jour en ce moment, on peut également évoquer le rôle de la France au Rwanda, odieuse complicité de génocide, et rappeler par exemple le manque de pertinence (pour employer un euphémisme) des médias dominants lors de la relatation de l’événement…

Finalement, le sujet est tellement vaste et scandaleux que le sous-titre de l’ouvrage, « Le plus long scandale de la République », est plus qu’une simple accroche commerciale. Saluons alors le travail de fond mené depuis 1984 par l’association Survie, dont François-Xavier Verschave est aujourd’hui président, et qui lutte incessamment contre les exactions d’un système qui, en plus d’être ce qu’il est, saborde et tue dans l’œuf toute tentative de collaboration réelle entre la France et les pays africains. Le livre se clôt d’ailleurs par quelques chapitres sur la survie (ou non) du foccartisme après la mort de son initiateur, et sur les possibles alternatives qui commencent à voir le jour… La question reste de savoir si la France sera capable de trouver, aux yeux des populations africaines, une crédibilité finalement jamais vraiment existante jusqu’à aujourd’hui.

Artsun
23.04.2004


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