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Olivier Delbard
Prospérité contre écologie ?
Lignes de Repères, 2006

Olivier Delbard - Prospérité contre écologie ?

savoirs
géographie


144 pages
1ère parution : 2006
  

S’il est confortable de rejeter en bloc la société états-unienne contemporaine, celui ou celle qui accepte de faire preuve du minimum de rigueur intellectuelle indispensable à une compréhension véritable admettra bien que la raréfaction de critiques nuancées dresse peu à peu un tableau bien simpliste de la vision française du pays de George Walker Bush. Le gouvernement écofasciste abruti de ce dernier, en partie responsable du tout aussi simpliste sentiment anti-français ayant fleuri un temps aux Etats-Unis, ne doit pas occulter l’existence d’une diversité politique et idéologique réelle, et des fronts de tension qui apparaissent avec l’expression de cette diversité.

La question de l’environnement et de sa préservation est à ce titre emblématique. L’ouvrage récemment paru d’Olivier Delbard, dont l’un des objets est de ramener à la lumière une tradition états-unienne intrinsèquement écologiste et quelque peu ombragée ces derniers temps, arrive ainsi à rester loin de toute généralisation réductrice. Jouant avec les mots-clefs évocateurs « prospérité » et « écologie », l’auteur construit un panorama en trois parties du rapport entre les Etats-Unis et leur environnement.

C’est logiquement autour du comportement de l’Administration Bush que s’ouvre ce livre puisque l’auteur, docteur en Etudes anglo-américaines, rappelle dans l’avant-propos l’autre ambition de son ouvrage, à savoir de tenter de trouver les causes de l’image internationale désastreuse des Etats-Unis en matière de protection de l’environnement.
Trois points sont ici soulevés :
- L’orientation néolibérale du gouvernement d’abord, qui à travers la croyance en une économie absolument prioritaire et auto-régulatrice, refuse toute réglementation de la protection de l’environnement et déréglemente même, misant en toute confiance sur un avenir où le marché serait raisonnable et fondamentalement positif – comportement parfaitement irresponsable ;
- L’entêtement énergétique, le pays continuant à user de combustibles fossiles dont l’épuisement annoncé et la « force de pollution » ne semblent pas l’inquiéter ;
- Enfin, et en lien direct avec l’idéologie économique, le rejet/désengagement progressif de l’Etat fédéral au profit de l’intérêt individuel, donc l’abandon du rôle régulateur qu’il peut exercer.

Cette cécité environnementale a naturellement ses sources, ses racines historiques. L’auteur la resitue intelligemment comme produit d’une vision existante depuis l’arrivée des premiers colons, faite de terreur face à la nature américaine fraîchement découverte – « Indiens » inclus – et de soumission religieuse. Sans rentrer dans le détail historique, soulignons la pertinence de cette remise en contexte, qui redonne un cadre à ce que l’on voudrait aujourd’hui percevoir comme le comportement normal du peuple des Etats-Unis, universellement condamné pour les dérapages d’une élite de plus en plus détachée de sa base.

C’est avec la même rigueur d’historien que Delbard change d’angle pour se pencher sur une tradition de protection de l’environnement bien présente, et depuis fort longtemps, aux Etats-Unis. Remontant aux temps de l’avancée de cette Frontier entre civilisation et monde sauvage, qui avança toujours plus vers l’Ouest jusqu’à sa disparition officielle en 1890, il trace le portrait d’une conscience américaine grandissante vis-à-vis de la nature progressivement découverte. D’Emerson et Thoreau à John Muir et le Sierra Club, les témoins de cette tradition écologiste sont nombreux, et jusqu’à récemment (les années 1960 et 1970), leur potentiel de résistance est bien réel.

C’est en réalité depuis l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan, en 1981, que l’économisme est venu mettre un coup aux priorités environnementales. L’auteur s’attache, pour conclure, à effectuer un état des lieux des mouvements écologistes d’aujourd’hui. Au pluriel, car il y en a définitivement plusieurs : entre les groupes quasi institutionnels et l’engagement militant et de proximité, voire le radicalisme mystique apparu avec la période New Age, les courants de pensées et conceptions de l’écologie se sont multipliés, comme pour répondre à une charge appuyée de la mortification économique à l’œuvre. S’arrêtant sur le rôle a priori insoupçonné des Etats, avec l’exemple notable de la Californie qui a lancé un plan de réduction des émissions de CO2, comme en réponse au rejet fédéral du protocole de Kyoto, Olivier Delbard referme son analyse sur une évocation des initiatives industrielles de « verdissement » des entreprises – s’il est nécessaire de l’évoquer, il faut préciser que le mouvement reste très largement minoritaire.

Un ouvrage captivant donc pour celles et ceux qui souhaiteraient apporter une certaine nuance à leur image des Etats-Unis, et connaître un peu mieux ce pays de l’intérieur par d’autres voies que celles, bien trop biaisées et répétitives, de la diffusion médiatique.

Artsun
01.06.2006


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