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Michel Warschawski
Programmer le désastre
La Fabrique, 2008

Michel Warschawski - Programmer le désastre

savoirs
politique


76 pages
1ère parution : 2008
  

Dans ce petit livre, le militant israélien Michel Warschawski se propose de dresser un panorama rapide de la situation politique en Israël-Palestine au début 2008.

Il écrit à quel point la guerre menée au Liban par Israël à l’été 2006 a été un véritable fiasco, symbole de l’état de la société israélienne. Un fiasco, car elle s’est heurtée à une forte résistance de la population libanaise, contre toute attente – reflet même du caractère impérialiste de l’agression : « si le dénominateur commun à toutes les aventures coloniales est la surprise des chefs militaires et des ministres face à la résistance de l’ennemi, c’est précisément parce que c’est le propre du colonialisme que d’ignorer l’Autre ». Un fiasco qui révèle un des points faibles de l’Etat d’Israël : sa population ressemble toujours davantage à celle d’un Etat occidental pour laquelle « le marché, l’idéologie néolibérale et l’individualisme ont définitivement remplacé le sionisme, le patriotisme et l’esprit de sacrifice », et pas disposée à soutenir indéfiniment la politique de son Etat, si celle-ci lui coûte.

Cependant, cette guerre, tout comme la continuation de la colonisation économique et de peuplement en Cisjordanie (intégration au réseau routier israélien, à son tissu industriel et agricole, présence de 400 000 colons israéliens, etc. – autant d’éléments rendant le terme d’ « occupation » bien faible) et l’étouffement programmé de Gaza, ne sont pas des vecteurs d’opposition importante en Israël. L’état des lieux du « mouvement de la paix » dressé par M. Warschawski est sans appel : en juin 2007, seulement 4 000 personnes manifestaient à Tel-Aviv contre l’occupation, majoritairement issues de la « petite roue » du mouvement dissident israélien (c’est-à-dire de son aile radicale et hyperactive à laquelle se rattache l’auteur). Le mouvement de la paix s’est véritablement effondré depuis août 2000 et l’échec de Camp David où Ehud Barak – celui qui décrivait Israël comme « une villa au cœur de la jungle » – fit croire à tout le monde que les négociateurs palestiniens voulaient mettre les juifs à la mer parce qu’ils réclamaient la reconnaissance du droit au retour des réfugiés palestiniens – droit pourtant fondamental et virtuellement reconnu depuis les premières résolutions de l’ONU en 1947…

Pourtant, M. Warschawski ne quitte jamais son optimisme et rend ici hommage au (petit) mouvement israélien des Anarchistes contre le mur, débarrassés des idéologies et armés d’une « boussole éthique d’une très grande précision » et qui « identifient l’injustice sans jamais se tromper ». Surtout, « le fait qu’ils étaient prêts à payer de leur personne a fait des Anarchistes contre le mur l’organisation israélienne la plus populaire auprès de la société palestinienne ». Leur action commune et solidaire (dans le combat et la répression) avec des Palestiniens et des Arabes israéliens a notamment abouti à la « victoire » de Bil’in, où le tracé du Mur a été modifié. Ces « passeurs » demeurent cependant extrêmement marginaux.

Côté palestinien, l’auteur fait état de la colère de la population contre Mahmoud Abbas, perçu comme un « collabo » tandis que des luttes fratricides déchirent – mais pas en tous lieux – les organisations palestiniennes. Il exprime à quel point la priorité est celle de la survie et de la lutte contre la colonisation et l’étouffement de Gaza – une lutte qui s’inscrit à l’échelle internationale dans un mouvement à mener contre les guerres impérialistes à venir, dans un monde où « "islamo-fascisme" remplace "judéo-bolchevisme", et [où] l’on colle soudain "judéo" à "chrétien" pour exclure le musulman qui est devenu l’Autre de l’Occident ».

PJ
23.04.2008


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