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Saïd Bouamama
J'y suis, j'y vote
L'esprit frappeur, 2000

Saïd Bouamama - J'y suis, j'y vote

savoirs
politique


116 pages
1ère parution : 2000
  

Interroger les raisons de l’absence de droits politiques pour les étrangers en France, c’est interroger les fondements de l’Etat-nation français et de son rapport aux immigrés.

Saïd Bouamama explique combien la France a une « conception réactionnaire de la nation et des droits du citoyen ». Il revient sur les différentes définitions de la nation qui ont pu avoir cours dans l’histoire française. Des révolutionnaires de la fin du 18e siècle avaient mis en avant la conception la plus ouverte, faisant de la nation un corps d’associés, quelle que soit par ailleurs leur nationalité : on pouvait être citoyen français sans être Français. Cependant, ce n’est pas cette conception qui l’a emporté, et les étrangers – comme les plus pauvres et les femmes qui obtiennent progressivement le droit de vote grâce à leurs luttes – sont exclus de la citoyenneté française.

Pour refuser le droit de vote aux ouvriers, aux femmes et aux immigrés, deux types d’arguments reviennent et relèvent de deux logiques d’exclusion : une « logique capacitaire », tout d’abord, impliquant la définition par les dominants d’une sphère politique dont sont exclus ceux qu’ils désignent comme des incapables. Une « logique de division » ensuite, posant une frontière, par exemple entre Français et étrangers, pour mieux masquer et estomper le clivage entre dominants et dominés.

Les non-êtres politiques ainsi créés sont nécessairement vulnérables. Or, cela renvoie à un rapport historique de la France à ses immigrés pauvres, et singulièrement coloniaux et postcoloniaux (les ressortissants de l’Union européenne ayant le droit de vote pour les élections locales et européennes) : les nier politiquement, c’est tenter de les rendre « invisibles » et « polis » : « tant que les immigrés n’auront pas un moyen de pression électoral, leurs droits seront toujours précaires, un gouvernement pouvant défaire ce que le précédent a fait. » C’est ainsi que, malgré tout le mal qu’on peut penser du vote dans le système français, le droit de vote serait nécessairement une avancée pour les étrangers en ce qu’ils deviendraient d’une part des enjeux électoraux, et se sentiraient d’autre part autorisés à revendiquer davantage car intégrés au corps politique.

C’est bien une conception réactionnaire de la nation qui prévaut aux entretiens dits de « naturalisation », qu’on fait passer aux étrangers désirant obtenir la nationalité française : on juge « culturellement » leur capacité à être Français, sur des critères aussi subjectifs et flous que la fumeuse « intégration », « l’adhésion aux valeurs françaises » ou « l’identité nationale » désormais constituée en un ministère commun avec l’immigration… Le terme de naturalisation lui-même dit bien cela : on exige des étrangers qu’ils passent d’une nature à une autre, plutôt que de les faire tout simplement entrer dans un corps politique. Dans les discours des politiciens, du PS (qui a trahi toutes ses promesses dans le domaine du droit de vote des étrangers tout en procédant à des expulsions massives du territoire lorsqu’il était au pouvoir) au FN, de Chevènement à Sarkozy, les mêmes propos reviennent : l’entrée dans la nation s’apparente à un acte culturel et politique d’allégeance.

Face à cela, il faut affirmer, comme le faisait le mouvement de jeunes issus de l’immigration Convergence 84, que « le lien constitutif d’une nation n’est plus (…) identitaire et/ou culturel, mais social et politique ». Ce combat pour les droits politiques est indissociable du combat pour les « sans-papiers », et du combat en faveur de tout ce qui peut dissoudre l’idée de nation française.

PJ
16.10.2008


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