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Jean Olivier Héron
Modeste proposition
La découverte, 2002

Jean Olivier Héron - Modeste proposition

savoirs
politique


63 pages
1ère parution : 2002
  

En 1729, Jonathan Swift, doyen de la cathédrale Saint-Patrick à Dublin et grand défenseur de la cause irlandaise, publiait une Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public. Il y proposait tout simplement que l'on vende la viande de ces enfants aux riches qui la mangeraient...

Revendiquant une filiation directe avec ce texte (que l'on retrouve dans son intégralité en annexe), l'essai de Jean Olivier Héron, ancien conseiller éditorial du Guide Gallimard de la Terre sainte, est une Modeste proposition pour garantir la sécurité d'Israël et le bien-être des Palestiniens - en attendant la paix qui s'en suivra peut-être. Rédigé avec ce même cynisme et cette même ironie, ce texte très court est bien-sûr une goutte d'eau dans l'océan de maux et de tourments israélo-palestinien, "sans doute trop lèger pour un sujet si grave" dit l'auteur, mais ce livre n'est pas une farce, au même titre que le texte de Swift.

Le constat de départ est le suivant : le gouvernement israélien (et les Israéliens en général) prend énormément soin de l'environnement, de la faune et de la flore en Israël, "tant et si bien qu'on dit : heureux comme un mulot sur la terre d'Israël, heureux comme un daman, comme une tortue, comme une vieille caille jamais chassée, heureux comme une vache de Basan, comme un âne, comme un poulet, heureux comme un Palestinien des Territoires occupés s'il acceptait de renoncer à son statut d'humain pour revêtir l'état de simple mammifère omnivore, de l'ordre des primates, doué d'intelligence et d'un langage articulé". Et Héron poursuit : "aussi, puisqu'il vaut mieux être une fleur, une mangouste, un chien ou un poulet en Israël ou dans les Territoires, plutôt qu'un habitant de Gaza, d'Hébron, de Ramallah, de Naplouse ou de Bethléem, puisque l'eau que reçoivent les légumes et les animaux domestiques des implantations de la bande de Gaza est dix fois moins salée que celle que doivent boire les petits Palestiniens des camps voisins, je propose que ces derniers et leurs parents revendiquent pour leur survie et pour leur dignité le droit des animaux reconnu de facto par leur occupant". Et Héron étaye sa thèse avec des références détournées aux textes sacrés, le tout avec un humour perçant et très fin, comme quand il recopie le chapitre douze du second livre de Samuel et en tire des conclusions pouvant renforcer le "génie" (on n'est jamais mieux servi que par soi-même) de sa proposition.

Les conséquences de l'adoption d'une telle proposition ? "Tout ce qu'Israël leur refuse [aux Palestiniens] en tant qu'hommes leur reviendra de droit : le respect de leur biotope et l'entière jouissance du territoire où prospérait l'espèce jusqu'à ce que le retour d'un prédateur inattendu n'en fasse une espèce menacée, devenue menaçante par défense légitime. Quel Israélien amoureux de sa terre refuserait, en effet, d'assurer son entière liberté à cette population endémique, de restaurer ses sites de production - ainsi qu'on le fait, en France, pour le loup dans le Mercantour, par exemple -, de veiller sur la sécurité de ses petits et l'exercice de leurs talents dans le cadre d'une vaste réserve naturelle qu'on appellerait la Palestine ? [...] Reste à résoudre un délicat problème d'identification puisque rien ne ressemble autant à un Palestinien de base qu'un Juif ordinaire. Et c'est là qu'intervient le port du badge"... Provocation, bien-sûr, qui va jusqu'au projet de création, en épilogue, du "PNP" (Palestinian National Park) !

PJ
25.01.2003


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