liste des disques
Intik
Intik
Sony Music, 1999

 Intik - Intik

01. intro
02. intik
03. kayen ou kayen
04. va le dire à ta mère
05. si chacun faisait de son mieux
06. interlude 1
07. boumba
08. meskine
09. on est où là ?
10. interlude 2
11. entre deux feux
12. l'injustice
13. les disparus (avec le frère massinissa)
14. la jungle
15. interlude 3

  

Le groupe Intik est né après les émeutes dramatiques d'octobre 1988 à Alger ; le groupe est composé du fondateur du groupe Rédha (R.Daddy), de Youcef (Darkman), et de Nabil et Samir : les deux premiers ont des voix plutôt mélodieuses, à la fois imprégnés de reggae ou de ragga pour le rudeboy Youcef mais aussi de chaâbi et de raï, et les deux suivants rappent en arabe, en argot algérois. "Intik" veut dire "ça baigne" en argot, mais signifie selon le contexte tout le contraire : rien ne va plus, c'est la merde ("Pourquoi Intik ? parce que rien ne baigne !").
Les rappeurs sont au départ clandestins, interdits, boycottés par les radios... et ils savent bien que c'est par l'intermédiaire de la France qu'ils ont une chance de faire passer le message : après l'envoi de maquettes, Imothep d'IAM les invite fin 1998 pour différents concerts à Marseille, et le groupe est impressionant sur scène : après de multiples concerts ("Stop la violence" par exemple), ils s'installent à Paris pour enregistrer leur premier album, qui sort début 2000.

L'album "Intik" commence avec un titre retraçant l'histoire chaotique du groupe, qui existe depuis 9 ans, et se positionne pour "la bonne cause, la liberté d'expression" : refrain ragga plein de punch, et couplets rap sur un beat accrocheur.
Après, les titres conscients se succèdent, avec de très bonnes musiques, inspirées de chaâbi, de reggae ou de raï.
Le titre "Kayen ou Kayen" développe une métaphore intéressante, celle du peuple algérien passager d'un bus où le conducteur est un "escroc avéré" : les paroles chantées en arabe sont très très fortes : "27 millions parmi les miens à la place des passagers ; dans le rôle du contrôleur, le régime qui était en place ; dans celui du chauffeur, qui vous savez, celui qui n'a rien fait pour son pays mais qui s'est juste assuré un avenir pour lui et sa famille, et des comptes en Suisse avec beaucoup de zéros. Il n'a jamais goûté à la mal-vie, il ne l'a même pas croisé et il s'en tire. Bon vent à celui qui s'est bien foutu de son pays et de son peuple et des principes de liberté pour lesquels 1 million et demi de martyrs sont tombés".

Les titres plus reggaes mais toujours aussi engagés se suivent : le très dur mais optimiste "Va le dire à ta mère" (qui a eu quelques programmations radios en France), "Si chacun faisait de son mieux", "On est où là", ou "Entre deux feus" avec à chaque fois des couplets rappés et de très bonnes programmations musicales. "Entre deux feus" qui met surtout en valeur un Rédha survolté part vers la fin du morceau dans un couplet très rock avec des guitares saturées et la voix énervée du chanteur, c'est vraiment fort, l'ambiance du morceau n'est en que plus réussie ! Le titre "Boumba" réalisé par Imhotep relâte des scènes d'attentats à Alger, avec d'excellentes paroles en arabe et un refrain ragga très réussi en français : "Raggamuffin style, viens ici, écoute ça / Dans les banlieues d'Alger tous les jours c'est le danger danja / Faut faire attention mon ami, attention aux bombes...".

Contrairement à certains groupes français qui pleurent sur des violons, Intik qui raconte des faits souvent plus durs que ceux relâtés en France garde une énergie, et même si on a l'impression d'un disque sombre, le tout reste plutôt optimiste, en tout cas très positif dans le propos. "Meskine" en est l'exemple parfait : ce titre est certes dur, la musique, dont un excellent sample tiré d'une oeuvre de Mohamed Abdel Wahab, est oppressante, mais on n'a pas envie de pleurer en entendant ça, c'est ce qui fait à mon avis la force d'Intik.

Et puis faire jouer de vrais musiciens avec de vrais instruments, c'est quand même autre chose : oud, percussions, guitares, basse,... Youcef Seddas est un excellent compositeur, et ses compères l'épaulent admirablement, sur les interludes comme sur les chansons.

A la fin du disque, deux titres très engagés et très rap se suivent avant un titre inattendu qui conclut l'album : ces deux titres sont "L'injustice" et "Les disparus" (avec le Frère Massinissa) : les paroles sont très politiques, Massinissa parle des crimes du GIA, de la souffrance des victimes ... c'est une nouvelle fois très fort.
Le dernier titre "Jungle" sur un beat électro très innatendu raconte la rencontre des rappeurs avec le hip hop, ils font référence à Public Ennemy, les Last Poets, ou encore NWA : très réussi une fois de plus, même si la tendance funky fait contraste avec la noirceur du reste.

Cet album est agréable à écouter, sans doute encore plus quand on comprend l'arabe (mais les paroles sont traduites dans le livret), et le métissage musical donne de très bons morceaux variés et engagés. Youcef dit dans une interview : "Y'a des gens qui ont vendu le pays, nous on va le racheter", en tout cas le message est clair, les paroles sont toujours intéressantes, mêlant messages d'espoir, appels à l'unité, mais surtout dures réalités et dénonciations ("je parle des enfants qui ont été calcinés, je parle de mes soeurs qui ont été violées") ; un album complet, bien composé, bien écrit, et très cohérent artistiquement, autour d'un ton sombre et souvent dur.

PJ
03.02.2002


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INTERVIEW
» Intik - février 2002




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