liste des disques
In Vivo
In Vivo
Sony Music, 2002

 In Vivo - In Vivo

01. télescope
02. c'est écrit
03. yéti
04. khol
05. ashram
06. kidiz
07. on raconte
08. moi, émois
09. tribus
10. les singes
11. deux
12. toi et toi
13. danser les baleines

  

In Vivo, en vie, vivants : Djamal, Densio et Ridfa, tous trois d'horizons musicaux différents, formant un groupe-projet, livrent en ce début d'année un album remarquable, exceptionnel, comme on en voit très peu. D'horizons divers en effet, car Djamal était avec D' rappeur au sein de l'excellent groupe de rap Kabal (atypique et passionant), Farid guitariste du groupe de métal Lofofora, et Densio est un musicien collectionneur d'instruments "orientaux", indiens en particulier (sitar par exemple), arabes (oud), et bien d'autres...

Le style d'In Vivo est très difficilement caractérisable, on peut voir des ressemblances avec des groupes ou genres musicaux très divers : Asian Dub Foundation parfois (l'explosion guitare/sitar/percus au début de "C'est écrit"), des musiques métissées aux influences maghrébines à la Zebda d'autres fois (le remarquable "On raconte"), du rock (j'ai eu l'impression d'entendre les Smashing Pumpkins sur "Deux"), du rap, et plein d'autres choses, chaque morceau n'étant d'ailleurs pas cantonné dans un style. Eclectique, voilà le mot qui pourrait qualifier cet album et ce groupe, qui ne fait pas simplement "penser à autre chose" : In Vivo est un groupe innovant, vraiment passionant quand on décortique leur musique et leurs textes (Djamal dit qu'il s'attend à un public de "curieux", et c'est tout à fait ça !).

Djamal, bien loin du "rap français" et même des fois loin de ce qu'il faisait avec Kabal, livre des textes géniaux, parfois simples à comprendre et percutants ("Tribus", "Yéti"), d'autres fois poétiques, nourris d'images, d'histoires, de recherche spirituelle, de réflexion tout simplement. Le titre qui ouvre l'album est par exemple une description via un "Télescope" de la Terre, avec un refrain superbe, des paroles plutôt simples mais au combien percutantes et justes. "Yéti" se rapproche plus d'un rap "classique", même si le refrain laisse entrevoir des touches métal (dans la guitare de Farid et la voix de Djamal !) : le message, comme dans "Télescope", est très positif, et ne tombe pas dans la niaiserie ou la complainte abusive souvent très désagréable chez de nombreux groupes quand ils parlent des quartiers... "Man qu'est-ce que tu me racontes tu te prends pour ET ? Tu crois qu'en France y'a qu'une téci ? Rude boy il ne faut pas se prendre pour un Yéti ! [...] Pour les rêveurs, restez pas ici, man y'a de la vie, plus que ce qu'on dit !"

Le "message", Djamal le fait aussi passer à travers "Kidiz" et "Tribus", deux titres avec guitares saturés, un beat signé Toty (DJ de Kabal) apportant une touche hip-hop à "Tribus" : ce titre est très fort musicalement, et la réflexion de Djamal sur les "parallèles" qui traversent les différentes "tribus" ou mouvements musicaux est très intéressante, avec de nombreuses formulations chocs et un rap très percutant : "J'vais pas dire wesh refré pour que t'écoutes mon peura, j'vais pas dire nique le p** pour que tu lèves ton doigt, je vais pas dire reste pépère quand les autres votent pour toi !"

Je ne ferai pas une critique de chaque titre, le tout étant réellement parfait bien que très hétérogène (vive les mélanges, quand ils sont aussi bien réussis !), et ma compréhension de chaque titre s'étoffant de jour en jour (chacun à son rythme, on découvre les ressources de ce grand disque petit à petit) mais on peut noter l'excellent duo avec Saul Williams sur "C'est écrit", un des titres les plus réussis de l'album, ou encore "On raconte", autre superbe titre. Il faut aussi signaler l'excellente reprise du texte anarchiste de Jacques Brel "Les singes", avec des percussions très bien confectionnées et un Djamal fantastique. Un autre duo conclue l'album, "Danser les baleines", avec Asia, rappeur proche du Kabal crew, avec qui Djamal est en parfaite adéquation, comme il l'était avec D' ou Boss Raw à l'époque de Kabal : ce titre laisse place également à des scratchs, véritable instrument au sein du groupe, posés par DJ Toty.

Et d'autres touches (on ne peut pas tout énumérer) font de cet album un disque incontournable et inépuisable, comme les chants indiens de Kakoli Sengupta sur "Ashram" et "On raconte".

Musicalement, c'est très fort : chaque titre utilise de nombreux instruments, regorge de notes et d'intonations diverses, le boulot de Farid et Densio et des différents collaborateurs est considérable.
Et Djamal est véritablement impressionant : textes intéressants, poétiques parfois, engagés d'autres fois, toujours remplis de sens (à chacun de prendre le temps de les apprécier et de les comprendre), et une diction en chant, en rap, ou en déclamation très claire, comme dans "Moi, émois" et "Toi et toi", deux titres qui se font écho, où Djamal oppose comme dans les dessins animés le petit ange et le petit diable posés sur son épaule. Ce genre de textes est vraiment remarquable, et les réflexions de Djamal sont tout sauf abusives, rapides ou simplistes, comme dans "Khol", où il s'interroge sur l'art, ou dans "Yéti".

Que de compliments pour cet album... Il n'y a rien à critiquer : quand se rencontrent d'excellents artistes qui se détachent de leur "style" musical pour s'ouvrir aux autres et à tout, et quand il se trouve que ces artistes sont des amis, et sur la même longueur d'onde, voilà ce que ça donne : un album grandiose, qui donne des frissons à chaque écoute, que l'on découvre un peu plus à chaque fois, même si on l'écoute 3 fois par jour comme moi... On l'écoute une fois, on s'y attache, et on ne lâche plus. Un disque comme on en fait vraiment très peu, et de la musique comme j'aimerai qu'elle soit : l'esprit large, les micros ouverts à toutes influences, de l'oud au sampler en passant par la basse, du métal au rap en passant par la chanson.

Alors, en plus d'un énorme "bravo !" que je hurlerai à leurs concerts, je dirai à In Vivo, pour reprendre une phrase de Djamal, "en un mot comme en 100, dans ta langue ou celle de tes grands-parents" : MERCI.

PJ
02.03.2002


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