liste des disques
Kabal
Etats d'âmes
Mashop Assoss/Media 7, 1998

 Kabal - Etats d'âmes

01. intro
02. hostile
03. juvénicide
04. masquarade
05. interlude
06. méditation
07. apache
08. l.u.i.
09. au bord du ruisseau
10. là-bas
11. in my lifetime
12. interlude
13. fou à nier 2
14. le dormeur du val
15. le cercle des poètes engagés
16. l'autre monde
17. frontière
18. il est temps
19. outro

  

Mettre à mal tout en les affirmant les certitudes de l'écriture, de la musique, du militantisme et des "diagnostics" : voilà la réussite de Kabal. Car du son Hostile le plus sauvage à l'évanescence quasi-totale du Dormeur du val, le doute n'a jamais côtoyé de si près la violence et le combat. Et il fallait pour cela les éclats magistraux des productions et des scratchs de Toty, la voix tonitruante mais inquiète de D', et les envols schizophréniques de Djamal, parfois rejoints par les faufilements de Boss Raw : une forme qui épouse à merveille un contenu riche, complexe, obsédant.

C'est le caractère offensif, incisif, souvent violent voire déjanté qui frappe à chaque écoute des brûlots pamphlétaires mais jamais didactiques de Kabal. On y entend une fiction paranoïaque et menaçante de fous furieux, on y jette un Apache déchaîné dans une foule bruyante et hostile de "morts-vivants", on y décrit les avancées d'une armée impitoyable sous les pleurs et les rafales de la guitare de Marc Ducret (L.U.I), ou on y entreprend une remontée analytique du ruisseau pourri que constituent nos villes. Kabal pointe d'un doigt sombre, sans pitié mais poétique, les vices et dérives d'un monde et de ses composantes, de la graine à l'ogive, des douves au donjon. Et c'est peut-être là un des remèdes.

Descends pas à pas les marches de l'échafaud...

Tant à dire, à affirmer, à combattre ou à promouvoir qu'on s'y perdrait... Mais en exprimer une partie, c'est peut-être déjà descendre, lentement mais sûrement, et s'éloigner du bourreau. Mais la descente est limitée. Elle bute nécessairement :

Quelque part se dresse une frontière
Au delà de laquelle les mots qui nous curent
Font pâles figures d'œillères...


Un pan entier des Etats d'âmes se heurte ainsi au délicat dilemme de l'écriture, de son poids et de sa trajectoire, de ses buts et de ses possibles. Et c'est alors que le texte se fait le plus opaque et complexe, et sans doute le plus passionnant. Quand D' prône l'abstention au profit des sensations, il passe de l'autre côté de la Frontière... et assène avec Djamal ses troubles sur une magnifique production de Doctor L, dans Le dormeur du val, où le soldat mort de Rimbaud devient le musicien, le militant éprouvé face à ce qu'il perçoit en bout de course comme des leurres, à n'en plus vivre, pris de fatigue :

Dès le début, j'ai senti qu'il y avait maldonne
Chaque jour qui s'achève ajoute au moins une tonne à mon fardeau
Mon sac est lourd de maux...


Et c'est là que les simples mots cèdent la place à l'émotion et à la sensation ; et c'est là que l'écriture atteint sa limite, sa frontière. Mais une frontière ouverte, créatrice, où les lettres et les hommes ne baissent jamais les bras face au fatalisme noir, qui hante sans jamais les envahir les chansons belles et puissantes de Kabal.

Fixés sur le ciel, nos regards demeurent même si ils saignent
A tous les p'tits frères, sœurs dans leur misère... chacun la sienne !
Puisse-t-elle être éphémère...

PJ
20.04.2002


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