01. l'erreur est humaine
02. j'y suis j'y reste
03. le plus beau
04. du soleil à la toque
05. mêlée ouverte
06. sheitan
07. ca... la famille
08. la fête
09. troisième degré
10. goota ma différence
11. le bonhomme derrière
12. le paranoïaque
13. le répertoire
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Quatre ans après le carton Essence Ordinaire, le plus célèbre représentant de la scène toulousaine nous revient avec un nouvel album. Le visuel de la jaquette, un garçon en habit de justicier masqué sur fond de bidonville et d'une carte avec indicateur de développement humain, ainsi que le titre du disque, Utopie d'occase, annoncent la couleur : Zebda veut encore croire en ses idéaux et continuer à les véhiculer.
Comme on ne change pas une équipe qui gagne, surtout lorsqu'elle le fait avec la manière, Magyd Cherfi assure l'ensemble des textes alors que le groupe dans son intégralité s'occupe de la musique.
Difficile de résumer ces utopies, mais on peut dire que les thématiques sont dans la continuité d'Essence Ordinaire, alors que musicalement c'est assez différent. On sent en fait dans ce domaine une certaine influence de 100% Collègues (emmenés par le duo Amokrane) ainsi que des rappels des premiers albums de Zebda. L'ensemble s'avère très agréable à l'écoute, certains diront plutôt accessible, mais il n'y a visiblement pas de calcul derrière les choix artistiques.
L'intégralité de ce qui a toujours fait ce groupe est présent, le festif est là, le "conscient" aussi, quand ce ne sont pas les deux qui se mêlent, comme dans le titre La Fête qui musicalement rappelle l'explosion d'un On est chez nous mais présente un côté désabusé, car le refrain, qui consiste en une simple énumération de "c'est la fête !" est bien à prendre au second degré. Un passage bien révélateur de l'esprit du titre :
"on entre en boîte en espadrille
devant la porte des joyeux drilles
qui te proposent et là sans te frapper
une tequila frappée"
Ces quatre vers sonnent comme un clin d'œil au titre Je crois que ça va pas être possible, qui faisait état de nombre de situations où le délit de faciès fait que les portes se ferment, et montrent bien toute l'ironie de la chanson.
Dans la série bonne humeur, on notera l'excellent Du soleil à la toque, qui sous ses airs légers réussit tout de même à passer l'historique de l'immigration en France, depuis les "années bidonville" jusqu'à l'ère HLM, soulignant toutefois que "la vie n'était pas grise", rappelant ainsi l'attachement à la "communauté de destin" dont pouvait faire état un Né dans la rue ou encore La faucille et le marteau, dans les albums précédents.
Cet album contient en même temps une dimension supplémentaire par rapport aux trois premiers, une sorte d'introspection, d'interrogation, qui fait de ce disque "une part d'inventaire", comme un semi-bilan. Le titre le plus emblématique de cette démarche est sans doute le morceau interprété en solo par Magyd, Troisième Degré, qui relativise dans une certaine mesure l'engagement par le verbe, le remet en question même et s'achève sans réponse, laissant la question entière, comme si le recherche devait se poursuivre.
Dans le même genre, on notera le magnifique Le Répertoire, qui conclut parfaitement le disque, interprété par un Mustapha parfait :
"J'ai dit je suis le pipeau mais je suis pas l'air
vous avez vu la soutane et pas la prière
je suis pas de bois mais que sais-je du ton
de celui qui nous donne des coups de bâton
c'est pour ça que je chante pour pas oublier
qu'ici le coq est une poule mouillée
qui chante bien mais si c'est qu'une voix
pourquoi fait-elle autant le poids"
Zebda poursuit donc sur sa voie, persiste et signe. On ne tombe pas pour autant dans un système, et la remise en question et l'innovation sont bien là. En somme, on a un album plus noir certes que le précédent, mais qui sait garder juste ce qu'il faut de continuité et apporte autant que possible de nouveauté sans en rien trahir l'esprit qui guide le groupe depuis des années.
Ceux qui attendaient un "Essence Ordinaire 2" seront peut être déçus, mais le "vrai public" de Zebda saura reconnaître ici un album magnifique, qui n'a rien à envier aux autres, bien au contraire.
Adis 25.09.2002
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