liste des disques
Kabal-Lofofora
Kabal-Lofofora
Sriracha, 1998

 Kabal-Lofofora - Kabal-Lofofora

01. la bête
02. grand et fort

  

C'est en juin 1998 que Kabal et Lofofora décidèrent d'unir leur force sur un disque témoignant de l'aboutissement d'une rencontre rap-métal extrêmement riche : le résultat est là, dans ce maxi Kabal/Lofo, aujourd'hui introuvable car très peu édité, où deux titres monstrueux se côtoient, Grand et fort et La Bête. Monstrueux est le mot : les deux meilleurs groupes français dans leur style respectif sont là pour exploser, pour pulvériser les barrières, et livrent deux titres, que beaucoup diront inaudibles, mais qui sont d'une richesse rare... "Inaudibles" car extrêmement hardcores : faîtes chevaucher dans votre esprit les voix tonitruantes de D' et Reuno, ajoutez-y les flows les plus tarés de Djamal, les scratchs assassins de Toty, les instruments saturés des musiciens de Lofo, et le talent hors du commun de parolier des trois compères précédemment cités, et vous obtenez ces deux titres-là :

-Grand et fort est un chef-d'oeuvre, dans la musique certes (coeurs sensibles s'abstenir), mais surtout dans les textes et les voix. Dans sa grande complexité, le morceau raconte l'histoire suivante, contée par D' : "En des temps tourmentés, notre belle cité devint le morne théâtre d'une dualité exacerbée / Ces deux frères avaient semble-t-il été jumelés dans le sein d'une mère dont le nom n'a pas été par la légende rapporté / Des graines empoisonnées avaient été fertilisées / Ce sont des fleurs du mal qui en elle ont germé / Deux êtres parfaitement identiques dont les points de vue s'entrechoquent de manière mécanique". Ces deux êtres sont joués par Reuno et Djamal, qui se décrivent l'un l'autre, se haïssent, se jalousent, se maudissent, mettant en scène la dualité riche/pauvre, mais aussi finalement celle présente en chacun de nous... Chacune dans son personnage, les trois voix donnent quelque chose de rare, de très impressionant, dans ce souci de théatralisation : le conteur D', toujours aussi posé, Reuno glaçant et haineux, et Djamal complètement déjanté et électrique : ces deux derniers, dans leur dialogue survolté ponctué d'insultes et de menaces d'une violence rare, sont plus efficaces que jamais. A faire pleurer.

-La Bête fait également très mal : le refrain est d'une violence phénoménale, et mieux vaut être prévenu. Lui aussi très mis en scène, le morceau évoque la bête, en d'autres termes le système, et on peut se croire aussi bien dans des vieux corons du Nord que dans une description quasi-surréaliste mais pourtant profondément ancrée dans la réalité du monde de travail contemporain, avec une révolte hurlée et dévoreuse de tympan. Parmi les moments à retenir, ces qeulques lignes chantées par Reuno : "Des millions d'employés engraissent la bête énorme qui les dévore / Comme ces gosses qui sans cesse bossent en Corée du Nord / Pour qu'on puisse se la péter dans nos grosses pompes de sport / Et jumper sur du hardcore en gueulant mort aux porcs !", ou encore les hurlements de ce même Reuno dans la peau du patron gueulant sauvagement sur ses employés en révolte. Morceau sauvage, encore plus hardcore que le premier, il bouffe tout sur son passage, comme le monstre qu'il décrit.

Que dire de plus ? Ce maxi est aussi énorme que la nostalgie des amateurs de Kabal, aussi énorme que la plus méchante voix de Reuno et la guitare la plus énervée de Farid réunies... A faire pèter les murs, les tympans et les cerveaux de quiconque prendra la peine de se laisser porter par l'ouragan qu'il déclenche.

PJ
10.11.2002


DONNEZ VOTRE AVIS
» Réagir et lire les réactions à cet article




© Acontresens 2002-2017