liste des disques
Kabal
La conscience s'élève
Assassin Productions, 1996

 Kabal - La conscience s'élève

01. intro
02. la conscience s'élève
03. le cercle
04. mort de peine
05. de par les yeux d'1 disciple
06. le futur meurt en silence
07. le cercle (instru)
08. le futur meurt en silence (instru)
09. le futur meurt en silence (a capella)

  

"1995 : le deuxième impact kabalistique, fils". Après un premier maxi tiré à seulement 1250 exemplaires ("Fou à Nier / 2 la N"), Kabal s'offre enfin au plus grand nombre sous la bannière d'Assassin Productions, avec cet EP 6 titres exemplaire.

Une intro percutante de Toty nous plonge dans l'univers de Kabal, sombre et intriguant, parfaitement restranscrit d'ailleurs tout au long des 5 morceaux suivants, rappés par le duo de Bobigny. On attaque donc avec La conscience s'élève, ou comment traiter d'un sujet plus que récurrent dans le rap, le racisme, avec un recul et une intelligence rares. En effet, D' et Djamal s'incarnent en deux oiseaux, respectivement blanc et noir, symboles d'une prise d'altitude nécessaire, et qui envisagent par ce biais l'envergure du problème. L'alternance des points de vue est parfaitement retranscrite et amène à cette conclusion en forme d'injonction à la réflexion : "Du recul sur l'Histoire, sur l'ébène sur l'ivoire, du crépuscule naît l'aube d'un espoir, alors change ton regard". C'est à l'excellent Doctor L que l'on doit la production de ce titre, à l'ambiance à la fois sombre et planante.

Le cercle, produit par Toty, traite de la double-importance de la protection de ses proches et de soi-même, et de la fusion avec les autres et donc de leurs cercles respectifs. Un thème rare, qui amène à se poser pas mal de questions sur sa relation avec autrui... "Le dilemme est individuel, chacun cherche à faire briller sa propre étincelle, et même, pour que cela tienne, l'élévation se doit de se conjuguer au pluriel". D' fait particulièrement fort dans son couplet où il replace dans son contexte individuel la vie de jeunes filles de cité qui tentent de s'émanciper de la pression paternelle : "elles n'assimilent pas leur lutte quotidienne à un combat pour la femme, mais pour elles". Fort !

Quand on sort chez Assassin Productions, on ne peut se passer de Rockin'Squat, alors au meilleur de son art. On le retrouve donc sur Mort de peine, dont il signe au passage la co-production avec Doctor L. Comme son nom l'indique, ce morceau traite de la peine de mort, ou plutôt par extension de la répression institutionnalisée "envers les soi-disant déviants, militants et consorts". On peut d'ailleurs regretter que ce thème plus précis ne soit finalement pas mieux explicité : la peine de mort n'existe pas partout, contrairement au processus de répression qui l'engendre dans certains pays. Du coup, on se perd un peu dans le propos...

Le meilleur moyen de comprendre rapidement la démarche de Kabal est sûrement d'écouter De par les yeux d'1 disciple. Le titre empreint de mysticisme nous dévoile "la focalisation kabalistique", dont Djamal use à merveille : "La focalisation kabalistique m'amène à répondre, quand on me parle du Prince de Machiavel, que je rejoins Rousseau dans sa critique, car c'est en feignant de donner des leçons au prince qu'il en donna à la République, et donc au peuple, à toi, à moi, sur les agissements de notre Etat" ; c'est cette même focalisation qui "pousse parfois à répondre étrangement à certaines question : non ! vieux con ! je ne vois pas Napoléon comme héros de cette nation, mais plutôt comme un crevard dont le deuxième prénom est ambition"... jouissif ! Excellent morceau, tout comme le dernier, Le futur meurt en silence, qui comme beaucoup des morceaux de Kabal mèle une profonde révolte avec une réflexion et une lucidité rares. Le refrain chanté par Yed n'est pas très agréable à l'écoute mais reste très fort : "Ici en France, le futur meurt en silence / Réfléchir aujourd'hui est perçu comme une offense / Epaulé par les miens j'avance dans le bon sens / Si comme nous tu penses, entre dans la danse !".

Que ce soit sur le fond ou sur la forme, Kabal fait toujours preuve d'originalité, grâce au talent de Djamal et D', qui savent à merveille manipuler leurs voix, les faire se répondre comme se chevaucher, et se posent parfaitement bien sur les instrus uniques de Toty, Doctor L, et Dawan. Un véritable monument, dans la veine évidemment de "L'homicide volontaire" d'Assassin, et qui sera suivi quelques années plus tard du mythique "Etats d'âmes", unique album de ce qui reste encore aujourd'hui comme l'un des tous meilleurs groupe de rap français.

JB
10.11.2002


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