liste des disques
Zen Zila
Le mélange sans appel
Evalouna, 1999

 Zen Zila - Le mélange sans appel

01. nen'na
02. rhouya
03. pour vous mesdames
04. zenzila
05. bonne nouvelle
06. voyager
07. au nom du père
08. salam
09. la ville blanche
10. la grand frère
11. chérie madame
12. asa maken
13. jonny wasmerly
14. lettre à lila

  

Composé de deux chanteurs (les frères Hakim et Wahib Chaïb, également respectivement guitariste et percussionniste) et de nombreux musiciens (guitares, basse, violon, accordéon, percussions diverses), le groupe lyonnais Zen Zila chante l'Algérie et l'immigration, l'exil, le voyage, la famille. Rien de bien extraordinairement original là-dedans, certes, mais Zen Zila a une manière d'aborder ces thèmes qui est loin de laisser indifférent et qui bien souvent donne une grande claque quand la joie et la danse ne sont pas au rendez-vous.

Car, à l'image de Zebda, Zen Zila allie une gravité réelle à une bonne humeur (tout à fait relative et mesurée comme dans le cas des Toulousains) réjouissante, qui fait de ce mélange un petit cocktail explosif, hymne au métissage, à la liberté, au souvenir. On pense bien-sûr à Zebda, avec les voix de Hakim et Wahib qui se chevauchent, et parfois un phrasé proche de celui des frères Amokrane, et bien-sûr en raison des origines des membres du groupe ; cela dit, musicalement, Zen Zila est bien plus "classique" (pas de samples, pas de touches raggae, pas de phrasé rap) : violons, guitares accoustiques, accordéon, en deux mots : chanson française... en Français et en Arabe.

Les titres sont très courts et leurs enchaînements très rapides, ce qui donne un caractère très jouissif au début du disque, qui enchaîne deux morceaux speedés au violon déchaîné, le très beau Nen'na et le plus léger Rhouya. Que de réjouissances avec ZenZila, Salam ou encore Voyager ! Tous ces titres dans un même registre, dansants, sensés, parfois avec humour, d'autre fois pour porter un message extrêmement simple mais au combien sincère et important.

L'écriture est souvent poétique, peu de mots, mais de très belles phrases, imagées et percutantes : "Il m'arrive souvent de fouiller dans ma mémoire / Les tiroirs où j'ai plié les moments passés"... Cet appel au passé, cette nostalgie, Zen Zila l'évoque à plusieurs reprises. Visiblement, les frères Chaïb ont pour muse des traumatismes familiaux, comme en témoignent le magnifique Au nom du père et le bijou qui conclue l'album, Lettre à Lila, dont l'écoute met une claque monumentale tellement l'écriture est juste et l'émotion immense... "J'ai pas pris des cours d'amour / Mes sentiments je les ai enfouis / Au fond d'un puits je jette des pièces / Pour que mes voeux on acquiesce".

J'avoue plus apprécier encore ces titres "calmes", où les cordes de guitare grattées à toute vitesse et les violons restent muets pour laisser le chant se poser délicatement sur des percussions et des pincements de cordes justes et discrets, comme dans Au nom du père et Lettre à Lila. C'est aussi le cas pour Bonne nouvelle, titre mettant en avant toute la torture et la déchirure des paroliers, ou encore La ville blanche : "Il pleut au pays de mes aïeux / Des averses d'hémoglobine / Et les vautours qui se jettent / Sur les dépouilles des victimes // Le jeu consiste à faire valoir / Des enjeux théologiques / Que d'histoire, mais que d'histoire / Que ces contes de la mère fric"...

Le chapitre consacré aux femmes (qui occupe trois titres, Nen'na, Pour vous mesdames, et Chérie madame) est l'occasion de faire passer des messages forts et d'autres plus lègers et avec humour, par exemple sur le délit de faciès pour les Arabes de France face à une fille française au père "pur et dur"...

C'est ainsi que Zen Zila ne tombe jamais dans le misérabilisme : ni tout noir, ni tout blanc... métissé. Métissé, comme le groupe, sa musique, son propos, ses points de vue, ce disque est finalement très abordable et peut à mon avis plaire à un très large public ; l'utilisation du violon, peut-être un petit peu dépassée ou quelque peu répétitive chez certains groupes accoustiques de la scène rock française à la Louise Attaque, est ici, à mon avis, bien plus intéressante et enrichissante, et Zen Zila est loin d'être ringard musicalement, à l'image de 100% Collègues ou du dernier Zebda qui utilisent aussi à merveille l'accordéon.
La qualité des textes et du chant ajoutés à cela, on tient ici un excellent groupe, dont on peut espérer un retour... Trois ans se sont déjà écoulés depuis la sortie du Mélange sans appel, guettons la suite !

PJ
30.11.2002


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