liste des disques
Donkishot
Sortez vos mouchoirs
Abstracks vibrations, 2002

 Donkishot - Sortez vos mouchoirs

01. entrailles
02. alcools
03. pas touche à mes neurones
04. cyberapeur
05. indignation
06. ma maîtresse
07. anecdotes
08. insomnia

  

"Sortez vos mouchoirs car ce disque est à l'image de la vie, une juxtaposition d'humeurs allant de la joie au rire, de la peine à la douleur". Après la sortie du maxi "Restauration rapide", Donkishot surprend totalement ses auditeurs avec ce premier mini-album. Un style jamais vu au sein du rap français... des textes extrèmement personnels... le tout sur des sons électros minimalistes... : tentative de définition ? Impossible. Car Donkishot est inclassable. Personnage autodidacte polyvalent, il se charge lui-même de la production des sons qui accompagnent ses textes rapoétiques.

Rarement un premier morceau d'album aura eu l'intensité d'Entrailles, dans lequel Donkishot annonce la couleur : "Faut qu'ça vienne des entrailles !". Sinon une véritable mise à nu, en tout cas l'annonce d'une mise à nu. Voilà comment l'homme conçoit son art, une description sans concession des émotions et comportements qui font et défont nos vies. L'instru est oppressante et monte progressivement en puissance, renforçant le texte qui est clairement mis en avant, et pourrait presque se suffir à lui-même. Plus proclamée que rappée, la prose de l'artiste exerce une attraction surprenante sur l'auditeur, qu'il se reconnaisse ou pas dans le propos.

Les morceaux Alcools et Pas touche à mes neurones semblent se faire écho, alors qu'ils dénoncent respectivement alcool et shit. On aurait pu craindre une prise de position démagogique ("ne buvez pas, ne fumez pas"), mais ce n'est évidemment pas le cas. S'il vise juste et dénonce de manière implacable des comportements humains très fréquents, Donkishot n'oublie pas de s'inclure lui-même parmi ses cibles. Et c'est évidemment ce qui fait toute la différence avec l'éternel discours faux-cul des moralisateurs.

Mais DKS n'est jamais aussi bon que lorsqu'il s'attache à parler de lui-même, et à ce titre le morceau Ma maîtresse s'impose comme un petit chef d'oeuvre d'introspection. Certains auditeurs avisés connaissaient déjà les penchants du rappeur pour le thème de la vengeance et de la violence en général (les morceaux Vengeance et Sang toi sur "Donkinaute VIP", précédent mini-album distribué sous le manteau), il révèle ici l'identité de son amour caché : la haine. Le thème est fort, les textes durs, et l'instru est particulièrement énorme, surtout sur le refrain, entêtant, angoissant. "J'ai un génocide, inscrit quelque part dans un gène acide"... Même sans avoir soi-même épousé la haine, il ne sera pas difficile de ressentir l'Indignation décrite dans le morceau du même nom, face aux pseudo-gangsters aggresseurs des plus faibles et surtout des moins riches. Jubilatoire.

D'où peut provenir cette haine et ce besoin de l'extérioriser ? Les deux Anecdotes relatées sur un sample en boucle de guitare électrique pourraient peut-être apporter un début de réponse... Un morceau court, qui sur un faux air léger cache une tristesse et une solitude qui se ressentent à posteriori sur presque tout l'album. La mise à nu annoncée a bien eu lieu.

"La nuit éveille les angoisses démoniaques, Insomnia accompagne les insomniaques à destination" déclare Donkishot au dos du disque, et c'est exactement ça. Titre le plus réussi, Insomnia conclue l'oeuvre de la meilleure manière, avec là encore une instru relevant parfaitement un texte déjà très bon. Une introspection qui respire la sincérité et la lucidité, mais aussi le mal-être et la recherche d'un mieux. A l'image de l'album en somme.

Tout n'est certes pas parfait : on oubliera Cyberapeur, seule véritable ombre au tableau (pêchant peut-être par un thème trop terre-à-terre ?). Les morceaux Alcools et Pas touche à mes neurones sont peut-être un peu redondants... Mais ces "peut-être" ne sauraient occulter les perles que sont Entrailles, Ma maîtresse ou Insomnia, ainsi que la surprenante capacité qu'a Donkishot de nous plonger dans son univers dont on ne sort pas complètement indemne... et c'est tout le mal que je vous souhaite.

JB
13.01.2003


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