liste des disques
Psykick Lyrikah
Lyrikal Teknick
Psykick Lyrikah, 2003

 Psykick Lyrikah - Lyrikal Teknick

face a

01. intro
(dj remo/mr teddybear)
02. spasmes
(arm/dj remo/mr teddybear)
03. pensée codifiée
(arm/dj remo/mr teddybear)
04. technik badawane
(goodfella/dj remo/mr teddybear)
05. les masques tombent
(arm/koolkal)
06. tiny moon
(arm,simba/dj remo/mr teddybear)
07. superformance
(super micro aka grems /super micro,dj remo)
08. interlude
(arm)
09. 31/12
(arm/dj remo/mr teddybear)
10. trop tard
(nozgrind,peter trash,bob brass/mr keblow/mr teddybear)
11. vertiges
(dj sleem/mr teddybear)
12. les entrailles de la peur part 1
(iraka 20001/mr teddybear)
13. alerte
(kroniker/dj hest/mr teddybear)
14. salle 101
(arm/dj remo/mr teddybear)
15. interlude
(arm)

face b

16. la cage aux 1000 couleurs
(arm/dj remo/arm, dj remo)
17. profil bas
(g-lia,simba,arm,sugar erkhan/dj remo/simba)
18. requiem for a freestyle
(iraka 20001,arm, micfox/dj remo/iraka 20001)
19. olympe mountaine
(super micro,rodd,booba boobsa,sept/dj remo/super micro,dj remo)
20. désaffecté
(mr teddybear)
21. les entrailles de la peur part 2
(iraka 20001/mr teddybear)
22. malaise
(arm,djamal/dj remo/dj remo)
23. my voice
(vast aire/mr teddybear)
24. huit minutes
(arm/dj remo/mr teddybear)
25. leurs ombres
(arm/arm)
26. down to the bayou
(mr teddybear)
27. le dernier chapitre
(arm/abstrackt keal agram)

  

Psykick Lyrikah est composé de Arm, Mr Teddybear et DJ Remo : un MC, un producteur, un DJ. Partagé entre Rennes (pour les deux premiers) et Bordeaux, le groupe sort en ce début d'année 2003 son premier projet au format cassette, format très intéressant puisqu'il permet d'enregistrer 90 minutes de son, le temps pour 27 morceaux, et l'occasion pour le Psykick de nous faire découvrir leurs titres "solo", leurs productions instrumentales, et d'inviter un certain nombre d'artistes, en particulier de la scène hip-hop bordelaise en pleine effervescence.

La première évidence qui sort de cette street tape est la très grande qualité des productions : signées presque toutes par Mr Teddybear, souvent sombres, souterraines, noires voire crades, se suffisant à elles seules ou accompagnant le rap de Arm et des différents invités ; de grande qualité car évitant toute simplicité, elles créent une atmosphère singulière qui donne une très grande cohérence à la cassette, et c'est assez rare pour être signalé : 90 minutes de son, et véritablement aucune fausse note. Désaffecté, l'exceptionnel Vertiges featuring DJ Sleem, ou encore le complètement barré Down to the bayou sont autant de réussites et de démonstrations du talent de Mr Teddybear.

L'intro annonce cette couleur, et Spasmes vient faire exploser le poste : Arm se livre à un texte percutant sur une prod excitante et terriblement sombre à la fois, entre égotrip et folie. Les premiers mots introduisent l'écriture d'Arm : "Je ferme le sas, me barre dans ma bulle et ressasse le rêve dans mes chimères de métal"... Pensée codifiée est sombre et dur à souhait, et c'est ainsi que les blocs d'acier du Psykick s'ouvrent grands à nos oreilles : gare au rap de Arm, une écriture où aucun mot ne fait défaut, où chaque syllabe est audible et compréhensible, où le flow et le débit sont modelés d'un morceau à l'autre.

Les neuf titres où Arm rappe seul sont quasiment irréprochables ; 31/12 sera certainement le moins impressionnant, et c'est dire si le reste l'est... Trois morceaux ont pour muse la nuit, ses tourments, ses déchêts et ses lieux sombres (ou trop éclairés) : écriture torturée, rap sombre et mélancolique, qui traite des paradoxes de la nuit dans Les masques tombent génialement produit par Koolkal et La cage aux 1000 couleurs, ce dernier fustigeant les boîtes de nuit pour mieux exprimer les tourments de Arm sur une prod archi-sombre de Remo et Arm. Cette même nuit se dresse derrière Leurs ombres, petit bijou écrit et composé par Arm, magnifique morceau qui vient triturer là où les mots sont rares à parvenir ; et si un morceau de rap parvenait à décrocher quelques larmes...
"Sur leurs dos voûtés, la nuit s'affesse / Comme envoûtées, leurs ombres s'afferrent / Au manque, au seuil, au vide, au creux / A leur silence comme ils savent faire // Les cieux narguent et tirent leur filin d'or / Encore un jour qu'ils construisent / Et qu'ils déguisent comme un décor / Pour citadin en manque d'esprit // La nuit suspend les âmes sur un fil / Surprend les armes cachées, les regards gâchés / Pour un peu de style on cache tout / Et ferme les yeux le coeur fâché..."

Une autre facette du talent de Arm se dévoile sur trois titres aux productions très impressionantes : le côté cinématographique, très scénarisé, et cette aptitude à pénétrer l'âme de personnages tourmentés psychologiquement, qui tous trois finiront par trouver la mort. Arm devient Winston Smith, personnage de "1984" d'Orwell, le temps d'un Salle 101 oppressant, étouffant, véritable tempête qui d'ailleurs est suivi d'un calme apaisant et très surprenant, une interlude douce composée par Arm qui conclue à merveille la Face A. On retiendra bien-sûr l'explosif Huit minutes, où cette fois Arm devient le narrateur essoufflé d'un fait divers fou, histoire de pétage de plomb. Pétage de plomb que l'on retrouve sur l'ultime morceau de la tape, produit d'une main de maître par le duo Abstrackt Keal Agram : Le dernier chapitre est un chef d'oeuvre, une petite merveille ; fasciné par ses lectures, âme tourmenté, schizophrène, se prenant pour les personnages des romans qu'il lit, un homme raconte sa descente aux enfers : "De plus en plus, le monde se brouille entre fictif et réel, parasites et secousses / Mon destin se lie à celui des personnages que je lis : je suis influençable depuis tout petit / Epilogue, préface, note ajouté, je me prélasse dans le chapitre et le sommeil est ajourné / Quelques lignes en guise d'introduction, le livre s'ouvre, j'en suis l'âme et la locution...". L'écriture est impressionante, nourrie de multiples références romanesques, et la prod, parfaite, très complexe, soulève le morceau dont l'épilogue haletant fait froid dans le dos.

Voilà pour les morceaux "solo" du Psykick Lyrikah... Reste à se pencher sur les morceaux où l'on retrouve des invités : là encore, disons le tout de suite, aucune déception, aucune fausse note, et quelques morceaux exceptionnels. L'exceptionnel se trouve chez Iraka 20001, qui, en trois morceaux, met une claque énorme : sur un titre terrible en deux parties produit par Mr Teddybear, tout d'abord, le glaçant Les entrailles de la peur, et surtout sur le Requiem for a freestyle dont il signe la production et un premier couplet monumental : produit uniquement à partir de sons tirés du film "Requiem for a dream", archi-glauque, ce freestyle est le meilleur morceau collectif de la tape. On retrouve des bons freestyles avec les bordelais Goodfella et un Super Micro à tomber par terre, le rappeur d'Hustla étant également présent et à la prod sur un excellent morceau collectif en compagnie de Sept, Rodd et Booba Boobsa. Bordeaux à l'honneur encore une fois avec Kroniker sur Alerte, très bon morceau qui doit beaucoup à la prod de Teddy et aux deux premiers couplets, posés par Uzer et D'Oz, et un peu moins au chant de Bilen... Mais les quatre couplets forment un excellent morceau, en réaction au 21 avril 2002. Du côté de Rennes, le bon se trouve chez Simba, rappeur qui officie déjà depuis un paquet d'années, en duo avec Arm sur Tiny Moon, et à la prod sur le freestyle Profil bas qui est par contre le titre certainement le moins réussi de la tape ; des Rennais aussi sur le partage en couille de Trop tard, morceau complètement barré. On retrouve, en duo avec Arm, Djamal, ex-Kabal, sur Malaise, produit par Remo, morceau étouffant entre malaise physique, psychologique, et social. Enfin, le dernier invité s'appelle Vast Aire de Cannibal Ox... freestyle très court certes, mais le monstre est là... comme une cerise sur le gâteau.

90 minutes en boucle, jamais d'avance rapide, parfaite cohérence entre morceaux du Psykick Lyrikah, featurings, morceaux instrumentaux ou invités... et en plus de ça, un design superbe, stylé et lisible. La perfection n'existe pas, encore moins sur une tape, mais on s'en rapproche tellement qu'on tombe à la renverse. "Lyrikal Teknick" est une bombe ("Le poste fume sûrement, sors la tape !"), et ce n'est que le début pour le Psykick Lyrikah, qui se pose en ce début 2003 comme un nouvel arrivant de taille dans le paysage rapologique français. Gare à la suite...

PJ
23.01.2003


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