liste des disques
Bumcello
Nude for Love
Tôt ou tard, 2002

 Bumcello - Nude for Love

01. 3 bandits
02. death in brest
03. malcolm
04. money money
05. beautiful you
06. multicolored coffin
07. circle dance
08. sarareve
09. in the nude for love
10. i got a loop
11. africa dance *n°1
12. frbom
13. check it out
14. funkeiros
15. clap dance
16. blind fish
17. over now
18. yuri norstein

  

Quelques notes égrenées nous propulsent en plein coeur de l’Empire Ottoman, le sérail nous ouvre ses portes. Mais au son des cythares se mêlent bien vite des rythmiques anachroniques et synthétiques. D’entrée de jeu, l’accent est donné : Bumcello entend à chaque morceau entremêler habilement des sonorités des quatre coins d’on ne sait où, produisant des mélopées qui paraissent à la fois familières (... c’est peut-être un peu aussi à force de se la passer en boucle ?) et rafraichissantes d’innovation. Ce Nude For Love, à la pochette déconcertante de sobriété (de prime abord, car dès l’ouverture c’est l’émerveillement style découverte de pochette surprise...) n’a été commis que par un unique couple de pirates de l’air, Cyril Atef à la batterie et Vincent Ségal au violoncelle électrique qui fournissent la ligne directrice de l’album, sur laquelle se greffe la participation d’invités émaillant et enrichissant cette première fibre déjà foisonnante sur quelques morceaux. Ainsi, ces pirates trimballent notre carlingue auditive d’une terre à une autre à chaque changement de plage.
Après un morceau où le flow des rappeurs de Blackalicious, Gift of Gab notamment, est secondé par une mélodie bien connue au violon (thème tiré de « El Choclo », dans le tube imparable Beautiful you), un langage tribal sur fond de bongo, entre continent africain et Océanie, nous accueille. Peu après se présente l’unique occasion qui est donnée d’entendre le murmure de Vincent Ségal (sur Sararevé), tandis que la voix de Cyril Atef, aussi bien sous forme instrumentale (langage incompréhensible, aux limites de pures onomatopées, aux vertus rythmiques indéniables) qu’en tant que voix principale, sont repérables sur bon nombre de morceaux. Les morceaux se montent progressivement, devant nos esgourdes ébahies, une mélodie chevauchant une autre, jusqu’à l’apparition d’un nouvel instrument, basse, clavier, montant en puissance jusqu’à transformer un vague petit concerto de chambre en vaste orchestre philarmonique (Death in Brest), puis une courte plage de répis (Malcolm), avant les brisures de rythmes langoureuses de Money Money, ou comment manier le violoncelle sous les cocotiers. Par la suite, l’aéroplane se transforme en vaisseau spatial flippant (Frbom), ou nous amène dans un univers proche de celui de Wim Mertens (pour le morceau Funkeiros, même si je suis pas sûre que Wim Mertens soit une référence bien identifiable...).
Dix-huit morceaux donc, pour la grande majorité instrumentaux, atmosphériques, qui nous transportent successivement dans les rues festives d’un Rio de Janeiro en période de carnaval, dans le climat plus oppressant d’un aquarium (... véridique !), entre dub, pop, afro-beat, ethnique aux accents jazzy, chansons aux paroles absurdes et lyriques émergeant d’un univers décalé, doux et fruité, léger et délicat, intense et profond, énervé et énergique, pressant et pressé. Un mélange de saveurs, une palette de couleurs, et une certaine virtuosité (voire même une virtuosité certaine). Cette dernière aurait pourtant pu perdre pas mal de son caractère lors du passage au support disque, puisque l’hydre à deux têtes a pour principale mode de fonctionnement d’officier sur des morceaux de 10-20 minutes totalement improvisés sans concertation entre les deux encéphales. Mais la concision exigée par le passage en studio souligne la qualité des arrangements et de la production, et met donc en relief d’autres qualités du duo.
Les pirates de l’air de Bumcello nous livre donc avec Nude for Love un album de photos stratosphérique offrant un panorama assez exhaustif de toutes les destinations vers lesquelles ils sont capables de nous faire voyager. Mieux vaut en profiter avant que le détournement de tympan, même élevé au rang d’art, soit prohibé...

Dernière petite info : pour ceux que les travaux de Vincent Ségal et Cyril Atef intéressent, tous deux sévissent également en solo. Ségal a récemment sorti T-Bone Guarnerius, album de duos, et a participé à Cruel Smith, d’Elvis Costello, tandis qu’Atef a collaboré avec Vincent Courtois au disque de Yves Robert, In Touch.
Et pis si vous en voulez encore, z’avez qu’à relire l’interview pour des compléments d’infos !

Zool
29.01.2003


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