liste des disques
Kwal
Règlement de contes
Caméléon / Tripsichord, 2002

 Kwal - Règlement de contes

01. intro
02. pervers noël
03. le prince et le pauvre
04. petit poucet
05. interlude
06. le manège infernal : inceste
07. le juge ment
08. guignol
09. interlude
10. trafiquants de larmes
11. l'ecorcé vif
12. interlude
13. né de clone
14. la planète des songes
15. mille et une nuits
16. le petit repoussé

  

"Franchissons ensemble la grille du vieux manoir, déambulons ensemble dans les couloirs du temps" et ouvrons à nouveau le livre des contes de notre enfance. Voici le voyage que nous propose Kwal, jeune rappeur angevin et ex-chanteur du groupe Carc[H]arias. Il nous présente ici, pour son premier album solo, un concept pour le moins original, à savoir une ré-interprétation contemporaine des histoires de Pinnochio, Blanche Neige, et autre Petit Poucet. Les contes sont ici le moyen pour l'artiste de concilier son intérêt pour l'imaginaire de l'enfance et sa sensibilité pour divers sujets de société, tels que l'exploitation du "tiers-monde", les excès de la génétique et de l'information spectacle, ou encore l'inceste...

Le disque s'ouvre sur une intro sombre, mélange de bruits inquiétants et de rires d'enfant. Kwal annonce la principale couleur de son disque, que l'on retrouve sur de nombreux titres.
On est bien loin des ambiances mille fois entendues du rap français, rejetées au profit d'une fusion très réussie entre sonorités d'instruments traditionnels indiens et beats speedés. Loin aussi le moralisme et le simplisme parfois rencontrés dans le "rap conscient", Kwal préférant l'image et le second degré à la démonstration insistante, faisant confiance à l'auditeur pour interpréter.
Ainsi, plutôt que de nous dire "la drogue c'est pas bien", Kwal nous raconte l'histoire de ce petit garçon, "petit pantin de bois ensorcelé" qui se
"laisse manipuler par le bout de ses ficelles" dans le titre L'écorcé vif , qui nous propulse dans le monde d'un personnage possédé par diverses drogues qui le conduisent à une fin tragique...

Dans un autre titre très réussi, Le prince et le pauvre, on suit les itinéraires de deux enfants nés au même moment, l'un "tout près d'ici" et l'autre "quelque part dans un pays d'Asie bien lointain ou l'on mange le riz comme ici le pain", à divers moment de leurs vies. Vous l'aurez compris, la chanson met en lumière les inégalités cruelles qui entourent ces deux existences mais le rappeur parvient à y glisser d'autres messages, avec un passage particulièrement remarquable sur l'école :
"Et beaucoup comme lui [le petit pauvre] aurait tout, tout donné pour pouvoir se reposer sur un banc d'école (...) plutôt que d'avoir si souvent à jouer à cache-cache dans la pénombre en attendant la fin des pluies de bombes, ces jeux-là ça existait pour de vrai, mais allez savoir pourquoi la maîtresse d'école du prince n'en parlait jamais, il n'y avait même pas de quoi faire des cauchemars quand elle racontait la guerre c'était toujours tout blanc tout noir, des gentils des méchants dans les livres d'Histoire".

Les deux meilleurs titres, mais aussi les plus durs, sont peut être Guignol et Le manège infernal, tant sur le plan des textes que sur celui des prods.
Le premier est l'occasion pour Kwal de pousser encore plus son travail sur la voix que l'on retrouve sur d'autres titres, le rappeur modulant son flow et même son timbre de voix en fonction du personnage qu'il interprète. Sur ce morceau justement, il met en scène dans une tragédie en deux actes la traque que livre le gendarme à Guignol et qui s'achève par la mort de ce dernier, dans les rues de Sao Paulo.
Dans Le manège infernal, c'est le sujet de l'inceste qui est abordé. Un sujet difficile à priori, mais traité ici avec brio, Kwal se mettant dans la peau d'une victime de l'inceste qui interpelle directement l'auditeur, et le moins que l'on puisse dire c'est qu'on prend une bonne claque à l'écoute.

Kwal nous offre donc un premier album qui est bien plus qu'un début prometteur avec ce disque très abouti, et surtout très cohérent, ne se contentant pas d'aligner des titres plus ou moins réussis, mais composant une œuvre qui s'écoute comme on lirait un livre, le fond étant toujours intimement lié à la forme. Pour ne rien gâcher, l'album se ferme sur deux excellent titres instrumentaux mettant en valeur les musiciens indiens qui viennent appuyer d'autres titres sur l'album. Ces deux titres sont précédés par un autre tout aussi excellent : La planète des songes, où un enfant se trouve bloqué dans un embouteillage avec son père, scène qui met en évidence l'incompréhension qui peut exister entre adultes et enfants, mais qui apporte aussi une lueur d'espoir dans le tableau de l'enfance que nous présente Kwal, et qui résume assez bien en fait l'ensemble de ce disque, qui crée un univers où l'innocence de l'enfance entre directement en confrontation avec le monde des adultes, dur et désenchanté.

Adis
10.02.2003


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