liste des disques
La Rumeur
Quatre titres inédits - 2003
EMI, 2003

La Rumeur - Quatre titres inédits - 2003

face a
01. nous sommes les premiers sur...
02. le dortoir des grands
+ instrus

face b
01. à minuit l'égorgeur
02. la théorie du tonton
+ instrus

  

Présents sur la réédition du splendide album L'ombre sur la mesure, ces quatre titres inédits de La Rumeur ont été regroupés sur un maxi vinyl en édition limitée sorti en même temps que la réédition.

Joué en live depuis déjà un bon nombre de mois, le titre finalement baptisé Nous sommes les premiers sur... est bien-sûr une petite bombe non sans rapport avec les attaques judiciaires dont est victime le groupe, dirigée contre Skyrock et consorts, tous ceux qui pour reprendre Ekoué "ont mis le rap sur le trottoir". Textes crus, violence gratuite, petites vérités qui ne font pas de mal à entendre et déchaînement joussif en deux couplets par Ekoué et Philippe, dans un style très hip-hop pourrait-on dire (ça faisait longtemps que les membres de La Rumeur avaient cité leur nom dans un morceau, et les DJs ont même ici posé quelques scratchs) ; l'instru est surprenante car électro, avec un beat violent et lourd, parfaitement adéquat et parfait comme d'habitude pour servir le texte.

Même remarque pour l'instru du Dortoir des grands, qui surprend dès les premières notes mais garde tout de même le grain si particulier aux prods de Soul G et Kool M ; texte une nouvelle fois très bien écrit et acéré, en réaction aux discours médiatiques et à la politique sécuritaire grandissante : un nouveau titre impeccable, sans chichis. Philippe et Mourad se posent à merveille et balancent dans le refrain un "on ne ferme pas les grandes gueules avec des pansements" prometteur...

La face B s'ouvre sur le meilleur titre du maxi, la grande claque, et certainement un morceau qui restera dans les annales, tant il est génialement écrit et produit. Hamé fait encore une fois très mal avec un texte sur l'impérialisme guerrier américain, qui, bien qu'un demi-siècle sépare le propos des deux morceaux (mais est-il si éloigné ?), n'est pas sans rappeller le Premier matin de novembre présent sur l'album : texte poétique, très imagé, complexe et beau, se terminant sur une promesse à la fois violente et pleine d'espoir, profondément subversive : "La rue s'est mise à manier la langue des insurgés"... A minuit l'égorgeur est du début à la fin un morceau parfait, un petit chef d'oeuvre servi par une musique sobre et triste (juste ce qu'il faut) avec percussions discrètes, cuivres légers et piano.

Enfin, Ekoué nous gratifie d'un petit titre solo des plus appréciables, sur une instru réjouissante (tout en étant très minimale, comme d'habitude), avec un texte cynique, ironique, sorte de petite mise au point et retour sur la "carrière" de celui qu'on peut désormais appeller le Tonton. "Parole d'un frère qui panse ses plaies de prolétaire en pétant de la bourgeoise pleine de courtoises manières", extrait génial choisi parmi les phrases marquantes du morceau, qui lui aussi évoque un autre titre, mais plus ancien, De l'eau dans mon vitriol, présent sur le premier volet, mettant en scène cette même espèce de nonchalance cynique, très réussie.

Quatre inédits, quatre bons morceaux dont un chef d'oeuvre, pour le groupe incoutournable de la scène rap française. Ils sont décidément les premiers sur le rap en ce moment, et il serait très dommage de passer à côté.

PJ
28.06.2003


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