liste des disques
Sept
Amnésie
DeBrazza Records, 2003

 Sept - Amnésie

01. intro diction
02. amnésie
03. vice étatique
04. le mépris
05. les règles de l'art
06. hip-hop
07. égo sans trique
08. dans un désert
09. nécropole
10. noy-otage
11. pièces à convictions
12. la logique du chrono
13. spirale de l'escalade
14. trois crevards
15. qui flingue l'espérance ?
16. olympe mountain-1
17. dédie casse

  

"Entre dans le temple des méditations morbides" : l'accueil grave du rappeur parisien Sept sur son premier album annonce la couleur. Le vaste et généreux Amnésie développe sur plus d'une heure une large palette de thèmes, d'idées, de colères et de descriptions lucides, avec une spécificité de plus en plus rare, élevée ici au rang de credo : l'importance première du texte. Face à un rap gangréné dans sa majorité voyante par une recherche de facilité et un bâclage généralisé du propos, Sept a choisi son camp : "Le sens détermine les rimes, leur placement dresse un flow...

... J'entends des flows qui riment sans sens que la presse et l'info encensent". Au chapitre des thèmes principaux de cet album, le positionnement clair du côté d'un rap de passionné, dépourvu par principe d'une ambition financière castratrice, est affirmé sur plusieurs titres. On pense évidemment à la bombe Amnésie, pamphlet incendiaire qui met d'office les pendules à l'heure en raillant avec brio les petits entrepreneurs du rap - qui ne sont pas les seules cibles du titre tant le propos s'adapte parfaitement bien à différents milieux. Dans le même ordre d'idée, l'humour et le grand cynisme envers le sinistre Ego sans trique achèvent de ridiculiser prétentieux et maquereaux du son. Sa vision du rap, Sept l'esquisse particulièrement bien sur Noy-otage, accompagné des très bons Iraka 20001, Ki Lab et User, "éreintés de la rime" convaincus, persévérants, travailleurs et modestes... Le refrain du groupe La Ménagerie samplé sur l'excellent Les règles de l'art résume : "J'cherche pas à plaire, j'cherche pas à faire du gen-ar, mais juste à faire du rap dans les règles de l'art".

Cet état d'esprit affirmé est alors mis au service d'observations pertinentes et de réflexions sur notre société, fustigeant ses tares et dysfonctionnements. La négation des droits élémentaires, le mépris constant envers des populations délaissées, ou encore l'acharnement répressif et sécuritaire y sont pointés du doigt, avec un talent certain pour sortir des sentiers battus et aborder ses thèmes récurrents avec un angle d'approche original et intelligent. On peut citer Le mépris, en compagnie du duo Hustla qui se charge d'habiller de descriptions pertinentes les observations de Sept, l'un de ces "quidam qui clament enkylosés aux joints purs que plein d'enculés payent au noir des clandestins qu'ils peuvent pas voir en peinture". En réaction aux faits relatés, une certaine rancoeur contre l'Etat transpire de nombreux titres, comme sur le bien-nommé Vice étatique, ou de façon encore plus dure sur l'haletant Pièces à conviction (avec El Ness du groupe Kroniker). Sept y est particulièrement remonté : "Un tas d'gens plient péniblement sous l'poids des croix et des peines, impatients d'vivre paisiblement, l'argent a terriblement fait des siennes. Ils croient diriger librement leurs choix mais des lois les détiennent, visiblement là où cesse le droit le monde baisse ses persiennes". On retiendra notamment un couplet anthologique sur les violences policières, "description authentique des plus pathétiques cons d'cette espèce" : Sept cogne où il faut, en ayant même la justesse d'esprit d'étendre le propos en fin de couplet en globalisant le comportement neo-fasciste d'un Occident militaro-policier en voie de putréfaction. Le rappeur livre d'ailleurs dans le très dense La logique du chrono cette phrase lourde de sens : "J'annonce le chaos comme les caravelles"...

On pourrait s'amuser à classer les morceaux par thèmes et tenter ainsi de tracer un plan simple d'Amnésie... mais à l'écoute de cet album, on est particulièrement frappé par sa grande cohésion d'ensemble, qui tient sans doute dans le fait qu'au détour de chacun de ses textes, Sept développe les éléments d'une vision globale profondément personnelle. L'assemblage sur disque de ses tranches de réflexion dévoile une personnalité forte, dense et affirmée, avec aussi ce que cela implique de doutes ou de désillusions. Le très court Dans un désert est à ce titre l'un des morceaux les plus marquants de l'album, avec son refrain entêtant : "J'compte mes certitudes sur les doigts d'la main, j'me rends compte que dans un désert titubent mes choix d'gamin", qui contraste avec le très décidé "J'alimente pas la paranoïa, j'plante des vérités" de l'énervée et subversive Nécropole. Preuve qu'à l'image du réel, les choses ne sont pas toujours toutes simples sur cet album, et c'est tant mieux.

Secondés sur près de deux tiers des morceaux par des amis invités, Sept évite une linéarité vocale qui aurait pu être un peu rhébarbative sur une quinzaine de titres. On remarquera particulièrement El Ness, Iraka 20001 et Da 10keus (sur le très bon Qui flingue l'espérance ?). Même variété niveau musical, avec pas moins de sept producteurs différents, principalement Ki Lab, Sir Yu et Jey, inspirés et originaux. Fatalement, l'importance des textes, doublée du timbre grave et sentencieux de Sept, font passer la voix avant tout, mais cela donne l'occasion d'apprécier l'album selon plusieurs modes d'écoute, et les sons de Spirale de l'escalade, Dans un désert ou encore La logique du chrono trouveront à coup sûr des oreilles attentives.

Tous les morceaux ne sont certes pas parfaits sur cet album. Mais les rares déceptions (Hip-Hop et Trois crevards pour les citer), n'entâchent en rien la richesse globale de l'album, son originalité et ses exceptionnels textes, sur le fond comme sur la forme. On reste ébahi par cette impressionnante aptitude qu'a Sept à triturer et assembler les mots pour parer la qualité de son propos d'un habillage à la fois esthétique et ludique. Un tour de force à saluer, à encourager et à défendre.

JB
07.09.2003


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