liste des disques
Massive Attack
Mezzanine
Delabel, 1998

 Massive Attack - Mezzanine

01. angel
02. risingson
03. teardrop
04. inertia creeps
05. exchange
06. dissolved girl
07. man next door
08. black milk
09. mezzanine
10. group four
11. (exchange)

  

A ceux qui douteraient encore de la probabilité d’apparition de véritables chefs-d’œuvre musicaux aujourd’hui, il convient soit de les envoyer purement et simplement chier (solution un peu facile, mais l’admiration stérile et passéiste d’une époque ou d’une autre, doublée généralement de l’aveugle foi en l’œuvre d’un artiste aujourd’hui disparu auquel on prête allègrement propos et pensées modulables à volonté afin de cautionner sa propre sécheresse d’esprit, voilà quelques travers qui confinent à un énervement parfois impossible à contenir), soit de s’armer d’une infinie patience avant de tenter d’élever l’esprit égaré en soumettant à son oreille – voire à ses oreilles lorsque le sus-dit en possède deux – l’un de ces joyaux contemporains.

Mezzanine, troisième album de Massive Attack, en est un. Une pure merveille même, intemporelle, éblouissante, destinée dès la naissance à s’inscrire dans le Panthéon des pièces maîtresses – bien que la notion de Panthéon s’oppose par essence à toutes les œuvres essentielles, en général reléguées à quelque rang inférieur avant que les Aèdes du bon goût ne s’aperçoivent de l’ampleur de leur méprise et ne s’empressent d’installer un piédestal de plus devant lequel ils puissent se prosterner, conscience lavée et esprit apaisé. Phénomène qui ne se produit bien sûr qu’une fois l’artiste concerné mort et enterré.

Mezzanine a cette force, ce souffle peu fréquent qui balaye tout sur son passage – pour qui veuille bien se donner la peine de s’immiscer dans son monde, car si les Voies du Seigneur sont impénétrables, celles de la création véritable n’apparaissent pas beaucoup plus accessibles au premier abord. Massive Attack réussit ici à approcher chaque émotion, joie tristesse angoisse mélancolie colère, passe d’une légèreté aérienne (Exchange) à la profondeur la plus insondable (Mezzanine), saisit aux tripes et coupe le souffle. Et l’impression se confirme au fur et à mesure des écoutes, la basse devient de plus en plus organique, les voix (Horace Andy, Elizabeth Fraser, Sara Jay, 3D Del Naja et Grant Marshall) gagnent en justesse, l’univers particulier de l’album se dévoile peu à peu pour révéler sa nature universelle, justement. Car c’est bien de cela dont il s’agit : les samples avoués du Velvet Underground, des Cure ou d’Isaac Hayes sont là pour le rappeler, Massive Attack ne souscrit à aucune chapelle communautariste. Si ce n’est celle de la grande musique.

Porteur d’une évolution marquée par rapport aux deux premiers albums (le no protection de Mad Professor mis à part), Mezzanine donne l’impression d’un aboutissement, d’un sommet. L’écoute du peu convaincant dernier album du collectif accentue ce sentiment – parler d’un groupe est un peu exagéré lorsque l’on sait que des trois membres fondateurs ne reste que Robert Del Naja… la notion d’alchimie musicale prend alors tout son sens.

Peu de choses à rajouter, la beauté ne supporte pas la métaphore et ce n’est qu’en l’écoutant que l’on peut, si ce n’est cartographier, du moins approcher Mezzanine, distinguer les premiers récifs de ses côtes et humer l’atmosphère qui s’en dégage. Bon voyage.

Artsun
19.01.2004


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