liste des disques
Asian Dub Foundation
Tank
Labels, 2005

 Asian Dub Foundation - Tank

01. flyover
02. tank
03. hope
04. round up
05. oil
06. powerlines
07. who runs the place ?
08. take back the power
09. warring dhol
10. tomorrow begins today
11. melody 7

  

Cinquième album, énième virage artistique. C'est toujours plus nombreux et toujours plus puissants que les Anglais d'Asian Dub Foundation nous livrent Tank, aux rythmes survoltés et aux beats drum 'n bass violents chargés de samples orientaux, de percussions indiennes ou de riffs flirtant avec le punk. Portées vocalement par une harmonie remarquable entre la puissance de Spex et les incantations suaves de Ghetto Priest (reggae man activiste de longue date de l'underground londonien), les nouvelles oeuvres d'Asian Dub Foundation plongent à toute allure au plus profond d'un malaise ambiant, omniprésent, aliénant, duquel quelques notes d'espoir devront malgré tout s'extirper.

The drive to destruction is the heaviest sound

Un malaise urbain, fait de la tornade des flux métropolitains, entre dégoût pour les beaux quartiers et croyance nécessaire en l'action et la création underground, salutaires. Un malaise social et psychologique, talonné par la folie et déclamé sur Who runs the place ? par un Chandrasonic paranoïaque qui affirme son talent en signant tous les textes d'un album riche et dense. De quoi dépeindre la ville schizophrène du monde occidental, celle que l'on aime et que l'on déteste, que l'on fuit et qui nous rattrape, ses marchands d'armes et ses salles de concert, ses politiciens et ses poings levés, ses queues pour l'emploi et ses crachats élitistes renvoyés au visage.

A thousand people said they could so that one could say they can't

Un malaise international, avant tout, qui laboure le sable chaud en imprégnant ses chenilles partout où il passe. Citoyens recensés par un Etat qui soutient la politique extérieure américaine et envoie des bataillons de soldats en Irak, les Anglais d'ADF arpentent la guerre et ses acteurs en trois morceaux surpuissants mêlant les points de vue, dont le chef-d'oeuvre Tank. Cyniques, combattives et violentes, les chansons tanguent au milieu de la tempête, sous le bruit des rafales et des pales d'hélicoptère, entre tournures hermétiques et slogans pacifiques : No Iraqi ever called me Paki, en écho historique au No Vietnamese ever called me nigger des Noirs américains des années 1960. Et s'il ne fait aucun doute que ces guerres sont menées pour le pétrole, le soldat perdu au milieu de la Mésopotamie oscille entre bribes de lucidité et folie meurtrière, cette folie créée par une propagande honteuse où les prétextes invoqués ou implictes - sécuritaires et religieux - font hurler le soldat, menaçant, effroyable :

Searching for the Hindu bomb
I'm searching for the Muslim bomb
I'm on the lookout for the suicide bomb
Get down on your knees, and thank Christ for the bomb !


Alors face au carnage demeureront des sursauts d'espérance, du Brésil au Bangladesh, portés par l'explosif Warring Dhol ou quelques chants reggae aux quelques mots simples, comme pour affirmer le peu de choses qui restent après la consternation et la contestation. Ce peu qui reste et qu'Asian Dub Foundation manie à merveille, quitte à n'en garder qu'une phrase essentielle, une évidence première comme point de départ et comme aboutissement, une phrase à matraquer comme les bombes pleuvent sur un début de XXIe siècle dont ce Tank est le reflet :

They must never succeed in turning us into them...

PJ
28.04.2005


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