liste des disques
La Caution
Peines de maures / Arc-en-ciel pour daltoniens
Kerozen, 2006

La Caution - Peines de maures / Arc-en-ciel pour daltoniens

cd 1 : peines de maures

01. player
02. pilotes automatiques
03. boîte de macs
04. monde libre
05. ligne de mire
06. bancs de poisons
07. peines de maures
08. revolver
09. bulletin météo
10. à la césarienne
11. thé à la menthe
12. glamour sur le globe
13. club de gym
14. majeurs a l'index
15. impossible
16. chômage, voitures, nuits blanches...
17. thé à la menthe (the lazer dance version)

cd 2 : arc-en-ciel pour daltoniens

01. connasse
02. dernier train
03. antimuse
04. je te hais
05. faut-il ?
06. livre de vie
07. comme un sampler
08. arc-en-ciel pour daltoniens
09. class 87
10. code barre
11. personne fusible
12. arcade
13. focus
14. poltergheist

  

Je suis une porte close qui ne se supporte plus
Je suis une porte close qui ne se supporte plus


Comment admirer un arc-en-ciel quand une tour se dresse devant ? Depuis 1999, La Caution a la réponse : frapper aux portes closes à coups de notes et les défoncer avec les mots. Virtuosité musicale et bombardement textuel, et vice versa. 31 titres pour embrasser l’étendue d’un art complexe, aux effets tantôt immédiats, tantôt à retardement, mêlant admirablement gravité dansante et humour noir, rage dénonciatrice et non-dits profonds. Mais aucun schéma, aucune règle, aucun plan, si ce n’est celui d’assaillir celui qui se dresse en travers du chemin – l’auditeur, l’ennemi, la tour – et de lui laisser (com)prendre ce qu’il voudra dans ce bordel organisé. Bordel organisé d’un rap qui porte le bitume comme une veste de scène, et d’une musique qui n’est qu’un livre de vie.

Ma musique est excessive, elle est à l’image de mes peines

Des peines et leurs images, des rimes parfumées à l’asphalte et leurs métaphores : plusieurs approches, plus ou moins poussées dans chacun des disques – deux disques cependant pas tant distincts qu’on pourrait le croire, qui ne clivent en rien les personnalités artistiques d’Hi-Tekk et Nikkfurie, mais les font au contraire voyager, se contaminer l’une l’autre, dans le fond et la forme, et proposer toujours plus de nuances de couleurs aux daltoniens qui se les réapproprieront.

Un périple qui secoue tant d’objets et balaie tant d’idées qu’il devient périlleux de le qualifier, si ce n’est en laissant la parole à quelques prouesses d’écriture, à plusieurs niveaux de lecture, plusieurs paliers dans la langue

Je pense voir la vie en vert, mais j’ai du noir sur le col
Ma chemise est teintée de rouge, si ma mémoire est bonne
J’ai vu deux avions pénétrer des tours, j’ai appris que des corps ont pénétré des fours
Je vois que tuer les miens fait péter les bourses et ne rend pas coupable
Hébété je cours


L’art d’émouvoir sans violons, et celui d’interpeller sans discours : Thé à la menthe comme Peines de Maures réussissent cet exercice, notamment ce dernier morceau, qui parvient à capter le stress en quelques couplets, de la politique américaine en Irak à l’islamophobie en France, et jusqu’à tellement plus…

Familles nombreuses considérées comme primitives…
J’décris mes peines de Maures, celles-ci avec minutie.
Je suis Maure mais pas « die », le turban orne mes batailles,
Ma parole est d’or, je n’ai pas d’arme, je ridiculise porcs et bâtards.
J’fais réagir corps et cœurs, accepte mes torts et pleurs.
Rien à foutre, rien à foutre que vous me considériez hors des mœurs !

Appelez-moi « indigène », « intégriste », « voyou », « trou de balle »,
Seulement capable de discerner une boule de football !
N’oubliez pas, je suis un énorme paranoïaque
Plein de mauvaise volonté, restant Arabe, dommage !


L’art de marier le rap à la pop, des samples de voix du monde entier au violon et à l’électro, les claviers aux guitares électriques. L’art d’écrire et de rapper ses textes en parvenant à offrir ce à quoi personne ne s’attend : le refus du cliché, l’invention débridée. Armes de celui qui se permettra de chanter mélodieusement le doux nom de Sarkozy, de faire des points de vue caricaturaux de samplers humains une matière à tordre son écriture et son flow, d’insérer une anecdote de flicaille au milieu d’un pur morceau d’egotrip, de traiter quelques rappeurs égarés de connasse, de parfaire un superbe refrain de pop, ou de manier la paranoïa sur quelques sujets brûlants en fin de disque, quand la musique se tait.

Vantez la peur, je la vends

De la crasse à l’art, sans négliger la crosse et l’arme… Punaises en poche mais de l’or dans la voix, sculptant dans le béton une musique tour à tour plurielle, difficile et accessible, La Caution affirme son talent en deux disques inépuisables, sommes d’une généreuse spontanéité et d’un travail acharné.

PJ
17.10.2006


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