liste des disques
Casey
Ennemi de l'ordre
Dooeen Damage / Anfalsh, 2006

 Casey - Ennemi de l'ordre

01. l'exclu
02. le fusil dans l'étui
03. ennemi de l'ordre
04. comme un couteau dans la plaie
05. dans nos histoires
06. travail de nègre

  

Je sais, je récapitule le même récital, mais avec ce style né au nord de la capitale

Casey : une écriture hors norme pour un ressassement incessant des mêmes douleurs et colères. Jamais le fond du propos et la forme de la rime ne se sont si parfaitement fondues que dans son rap hardcore. Ses mots et sa plume suivent en effet le même schéma : des variations autour d’un thème, d’un socle. Comme un couteau dans la plaie, Casey broie du noir.

Le thème central de ce disque est sans conteste l’oppression. Une oppression qui se décline sous toutes ses formes : domination sociale, ségrégation urbaine, écrasement psychique, mélanges toxiques et médicamenteux, violence des coups et des mots subis, continuum de la chape de plomb historique sur le présent. L’opprimé, le dominé ? Casey lui offre sa voix, un « je » qui est un « nous » et qui ne s’embarrasse pas du genre – pas d’homme ni de femme dans son rap. Elle lui propose ses armes, l’exclu devenant l’ennemi, celui en qui l’oppression fait monter la colère, la rage, la haine – et qui les crache comme il peut.

La haine me suit, là où je suis, j’ai du mal à garder le fusil dans l’étui
J’ai rempli le canon et puis il se peut qu’un beau jour, pour un rien, j’appuie


Et cette boucle thématique s’incarne dans chaque vers, quand les voyelles de Casey s’interchangent autour d’une même consonne : sa plume manie à merveille et systématiquement les allitérations, comme dans ce premier morceau en forme de litanie où les voyelles tournent autour des N et des M – le duel entre « haine » et « aime » étant trompeusement presque égal... Ou comme dans l’extraordinaire premier couplet de Dans nos histoires et ses S entêtants :

Aucune différence dans cette douce France entre mon passé, mon présent et ma souffrance
Être au fond du précipice ou en surface, mais en tout cas sur place, et haï à outrance
Mes cicatrices sont pleines de stress, pleines de rengaines racistes qui m’oppressent
De bleus, de kystes, de peines et de chaînes épaisses pour les indigènes à l’origine de leur richesse
On nous agresse, donc on agresse. Ils ont battu des nègres, violé des négresses
Donc nos plaies sont grosses et mon crâne endosse angoisse et moral en baisse dans mon blockhaus
C’est le blocus sur nos vies, en plus, on signale nos pedigrees dans nos cursus
Comment veux-tu que ma colère cesse, quand le colon est cruel comme le SS ?


Sombre, Casey l’est assurément. Comme son monde. Et qui criera à la gratuité des plaintes ou de la haine manquera l’époque, l’évidence, les symboles et la beauté d’une langue maniée comme une arme. Du grand art.

PJ
13.05.2007


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