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Katarsis
L'encre de nos plaies
Katarsis (autoproduction), 2007

 Katarsis - L'encre de nos plaies

01. pays malade
02. constellation
03. chaque jour
04. autopsie
05. saut d'humeur
06. almereyda
07. l'encre de nos plaies

  

L’amour s’essouffle à vouloir rattraper nos âmes...

Notre époque sordide en crescendo aura au moins eu ce charme de faire émerger de ses plaies des œuvres épousant le drame. L’Encre de nos plaies en est une. Ecrits quelque part entre l’embrasement de novembre 2005 et les retombées d’une catastrophique mascarade électorale, les sept morceaux de ce court disque purgent les souffrances d’une époque par le prisme de deux sensibilités – celles des rappeurs Almereyda et JP (ce dernier élaborant également la majeure partie des compositions) – creusant en elles-mêmes.

La patience d’un pionnier grattant la terre jusqu’au sang
Pour admirer une seconde l’éclat d’une poussière de diamants


Portés par des compositions sombres parfois agrémentées des belles complaintes de la guitare de Rey, les textes, d’une rare qualité, parviennent à une alchimie idéale entre regard sur le monde et regard sur soi, par des allers-retours, un va-et-vient entre malaise intérieur et malaise social, jusqu’à en confondre les sensations et les images.

Ecoute ces mots qui veulent aimer
Mais qui se complaisent à chanter l’impact du pavé dans la vitre


Si « le confort a réussi à couper les langues », celles de Katarsis demeurent pendues. De l’offensif brûlot post-émeute qui ouvre le disque à l’hymne à l’écriture qui le clôt, l’encre de Katarsis se fraie un chemin entre les débris de vies scandées par la lutte quotidienne, l’exploitation, le cafard, la colère, la violence ou le deuil. Elle coule dans les fissures d’une histoire gercée et d’une actualité brûlante – celles des coups et de l’exil, de guerres coloniales enfouies ou de fuites à flux rompus :

Une pince coupante entre les dents, écartant les barbelés,
Décharné jusqu’au sang pour atteindre le continent
L’espoir fait vivre mais, sans ailes
Aucun ange ne pourra voler pour échapper aux sentinelles


Le but affiché, celui d’imbiber par son encre des « plaies similaires », dessine un tableau noir – nuancé et bercé par un ultime morceau en guise d’ouverture, un slow où des coups de corde rythment le blues des deux voix et des solos de Rey, scandant l’introspection sombre et l’affirmation d’un besoin d’écrire, et ce soupçon de distance à soi possible chaque fois que le doute l’emporte sur les certitudes.

On placera L’Encre de nos plaies entre la lutte et la chute, entre le refus de la résignation individuelle et le regard lucide sur un devenir collectif qui sent le sapin, entre l’acte de naissance d’une pépite des sous-sols et l’oraison funèbre plantée sur le tombeau du puissant, de la France, du monde :

Aucun parfum de fierté n’embaumera ton cercueil
Même les fleurs se sont fanées, préférant la mort au deuil

PJ
14.05.2007


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LIENS
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» www.myspace.com/groupekatarsis




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