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Psykick Lyrikah
Acte
Idwet, 2007

 Psykick Lyrikah - Acte

01. près d'une vie
02. histoires
03. la poursuite
04. l'aurore
05. les grands vides
06. rétines larges
07. un félin près du maître
08. patience
09. quand tout s'arrêtera

  

Bien plus loin…

Conçu comme un pont entre le premier et le second album de Psykick Lyrikah, Acte est une transition, un neuf-titres épuré témoin des évolutions actuelles et prochaines du groupe mené par Arm. Exit les productions de Mr Teddybear, qui avaient donné leur sublime cohérence à Des lumières sous la pluie (2004) : après avoir accompagné le groupe sur scène (et désormais lors de tous les concerts), l’hypercréatif guitariste Olivier Mellano offre à Arm ses compositions, agencées selon le principe de l’auto-sampling. Porteuses d’accords acérés (Les grands vides), de douces mélodies (L’aurore), créatrices de paysages lunaires (Un félin près du maître) ou encore mimétiques (des « scratchs » d’Histoires au train de Quand tout s’arrêtera), les cordes d’Olivier Mellano habillent seules la plume et la voix d’Arm, qui assemble anciens, nouveaux, et bribes de futurs textes.

Le regard…

On serait tenté de qualifier Arm d’hypersensible : c’est souvent d’un geste, une démarche, un regard, une ligne, un détail que partent les mots, comme dans ces deux chansons destinées à illustrer des scènes de « L’aurore » de Murnau (film muet de 1927), petits bijoux à la hauteur du chef-d’œuvre. Larges, vifs, souffrants, aimant, lointains, les yeux sont présents dans chaque texte. On dit parfois d’un regard qu’il en dit long ; Arm observe et dit ses regards, et chaque syllabe percute et donne à voir, malgré l’opacité déroutante des mots. Ce qui décuple leur puissance.

En fermant les yeux, inspirant les cieux pour ces nouvelles terres
Et parfois juste pour un aller simple…
D’abord, filer, est-ce figer nos heures ?
On les perd plus, ici, à espacer nos craintes


Obscures mais tellement évocatrices, ces quelques lignes portent plus loin encore la profondeur du titre-phare Des lumières sous la pluie, apothéose du premier album, simplement rebaptisé ici Patience : la création, l’attente et les promesses d’un ailleurs bien vague (« vers là-bas… ») face aux futilités d’ici (« du vent… »). Un ici bourré de « vides », de « feintes », de « styles factices » et de silhouettes qu’on veut voir sombrer, mais unique point de départ d’une écriture qui s’avère autant salvatrice qu’elle s’affirme vaine. Des mots d’une violence calme et d’une beauté rare, comme autant de pierres à l’édifice solide d’une œuvre qui se construit tant dans son époque qu’elle la fracasse et la dépasse. À des kilomètres.

Le regard se porte bien plus loin que ce que la terre entame

PJ
31.03.2008


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